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Compte rendu

Marieke VAN ACKER, Ut quique rustici et inlitterati hec audierint intellegant . Hagiographie et communication verticale au temps des Mérovingiens (VIIe-VIIIe siècles), Turnhout, Brepols, 2007 ; 1 vol. in-8°, 662 p. (Corpus Christianorum. Lingua Patrum, 4). ISBN : 978-2-503-52613-3. Prix : € 250,00.

Page LIX

Citer cet article


  • Isaïa, M.-C.
(2008). Marieke VAN ACKER, Ut quique rustici et inlitterati hec audierint intellegant . Hagiographie et communication verticale au temps des Mérovingiens (VIIe-VIIIe siècles), Turnhout, Brepols, 2007 ; 1 vol. in-8°, 662 p. (Corpus Christianorum. Lingua Patrum, 4). ISBN : 978-2-503-52613-3. Prix : € 250,00. Le Moyen Age, Tome CXIV(2), LIX-LIX. https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzg.

  • Isaïa, Marie-Céline.
« Marieke VAN ACKER, Ut quique rustici et inlitterati hec audierint intellegant . Hagiographie et communication verticale au temps des Mérovingiens (VIIe-VIIIe siècles), Turnhout, Brepols, 2007 ; 1 vol. in-8°, 662 p. (Corpus Christianorum. Lingua Patrum, 4). ISBN : 978-2-503-52613-3. Prix : € 250,00. ». Le Moyen Age, 2008/2 Tome CXIV, 2008. p.LIX-LIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-2-page-LIX?lang=fr.

  • ISAÏA, Marie-Céline,
2008. Marieke VAN ACKER, Ut quique rustici et inlitterati hec audierint intellegant . Hagiographie et communication verticale au temps des Mérovingiens (VIIe-VIIIe siècles), Turnhout, Brepols, 2007 ; 1 vol. in-8°, 662 p. (Corpus Christianorum. Lingua Patrum, 4). ISBN : 978-2-503-52613-3. Prix : € 250,00. Le Moyen Age, 2008/2 Tome CXIV, p.LIX-LIX. DOI : 10.3917/rma.142.0369zzg. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-2-page-LIX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzg


Notes

  • [1]
    Sur l’une et l’autre, on gagne à consulter C. MÉRIAUX, Gallia irradiata. Saints et sanctuaires dans le nord de la Gaule du haut Moyen Âge, Stuttgart, 2006.
  • [2]
    La réécriture hagiographique dans l’Occident médiéval, Ostfildern, 2003 et Miracles, Vies et réécritures, Osfildern, 2006.

1 Avec l’application d’une doctorante douée, M. Van Acker s’attaque à la question de la communication à l’époque mérovingienne. Si l’expression semble hésiter parfois, c’est que l’A. pousse l’exigence jusqu’à justifier tous ses outils d’analyse : pour définir les relations entre la langue de l’élite cultivée qui compose des textes hagiographiques et celle du public qui les écoute, l’A. récuse ainsi le terme de diglossie – mise en présence de deux langues étrangères qui tentent de se comprendre – au profit du concept de communication verticale ; à l’intérieur d’une langue unique, le latin mérovingien, des niveaux de sens s’échelonnent en continu.

2 Quatre Vitae servent de supports à l’étude : elles sont choisies dans une période, les années 650-750, où la différence s’accentue entre une langue parlée plus romane et une langue écrite restée latine. La Vita Ia de saint Géry (BHL 3287), la Vita IIa de saint Léger d’Autun (BHL 4851)  [1], la Passio de saint Mémorius de Troyes, martyr d’Attila (BHL 5915) et la Vita Ia de saint Pardoux (BHL 6458) sont d’abord passées au crible d’une systématique « analyse langagière », p. 204-436. Celle-ci met en évidence combien la langue mérovingienne, conservatrice et homogène, a gardé des traits latins, qu’elle se présente comme volontairement rustique (Passio Leudegarii) ou soit maladroitement simpliste (Passio Memorii). La troisième partie, intitulée Viva voce, est plus amitieuse encore : l’A. réussit à y évaluer le degré de compréhension attendu des auditeurs, à défaut de pouvoir préciser leur compréhension réelle. Elle met en évidence une adaptation consciente des auteurs hagiographiques : ils compensent, par des phrases rythmées, organisées autour de blocs syntaxiques cohérents, la perte de compréhension spontanée de leurs auditeurs. Le caractère répétitif des Miracula n’a donc rien à voir avec un manque d’imagination : ces saynètes, volontairement répétitives, permettent à l’auditeur de relâcher son attention. La Renaissance carolingienne alors, qui privilégie la prononciation exacte des mots et de leurs désinences correctes aux dépends du colon rythmique et sémantique, anéantit les efforts de communication d’auteurs mérovingiens, dont on doit reconnaître qu’ils avaient créé une langue latine, pas fautive, mais adaptée aux besoins pastoraux.

3 M.V.A. démontre donc avec maîtrise tout le profit que les historiens peuvent tirer d’une analyse linguistique des textes hagiographiques. Surtout, son modèle théorique, qui met en valeur entre l’auteur et l’auditeur la médiation créatrice d’un lecteur capable de donner à la phrase son rythme signifiant, apporte un contrepoint mérovingien aux travaux sur la réécriture hagiographique initiés par M. Goullet et M. Heinzelmann  [2] : le lecteur de M.V.A., medium qui adapte à l’oral une Vita recherchée, devient remanieur à l’époque carolingienne, chargé, mais à l’écrit, de retoucher un original devenu incompréhensible. Le modèle de « communication verticale » serait-il la préhistoire ou le reflet inversé de cette réécriture carolingienne ? La chronologie est sans doute moins manichéenne et on attend avec impatience une synthèse qui la précisera–d’autant qu’une des Vitae étudiées par M.V.A., celle qu’Ursin a composée pour saint Léger, est la réécriture avouée d’une Vita prima.

4 Marie-Céline ISAÏA


Date de mise en ligne : 14/11/2008

https://doi.org/10.3917/rma.142.0369zzg