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Compte rendu

Jeannette RAUSCHERT, Herrschaft und Schrift. Strategien der Inszenierung und Funktionalisierung von Texten in Luzern und Bern am Ende des Mittelalters, Berlin-New York, De Gruyter, 2006 ; 1 vol. in-8°, 229 p. (Scrinium Friburgense, 19). ISBN : 3-11-018271-8. Prix : € 98,00.

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  • Richard, O.
(2008). Jeannette RAUSCHERT, Herrschaft und Schrift. Strategien der Inszenierung und Funktionalisierung von Texten in Luzern und Bern am Ende des Mittelalters, Berlin-New York, De Gruyter, 2006 ; 1 vol. in-8°, 229 p. (Scrinium Friburgense, 19). ISBN : 3-11-018271-8. Prix : € 98,00. Le Moyen Age, Tome CXIV(1), XLI-XLI. https://doi.org/10.3917/rma.141.0125zo.

  • Richard, Olivier.
« Jeannette RAUSCHERT, Herrschaft und Schrift. Strategien der Inszenierung und Funktionalisierung von Texten in Luzern und Bern am Ende des Mittelalters, Berlin-New York, De Gruyter, 2006 ; 1 vol. in-8°, 229 p. (Scrinium Friburgense, 19). ISBN : 3-11-018271-8. Prix : € 98,00. ». Le Moyen Age, 2008/1 Tome CXIV, 2008. p.XLI-XLI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-1-page-XLI?lang=fr.

  • RICHARD, Olivier,
2008. Jeannette RAUSCHERT, Herrschaft und Schrift. Strategien der Inszenierung und Funktionalisierung von Texten in Luzern und Bern am Ende des Mittelalters, Berlin-New York, De Gruyter, 2006 ; 1 vol. in-8°, 229 p. (Scrinium Friburgense, 19). ISBN : 3-11-018271-8. Prix : € 98,00. Le Moyen Age, 2008/1 Tome CXIV, p.XLI-XLI. DOI : 10.3917/rma.141.0125zo. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2008-1-page-XLI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rma.141.0125zo


1 Cette courte thèse de doctorat sur les rapports entre le pouvoir et l’écrit, déposée à l’université de Fribourg en Suisse, se situe résolument dans la ligne des recherches allemandes (H. Keller, L. Kuchenbuch) et suisses (R. Sablonier, S. Teuscher) des trois dernières décennies. À la suite de M. Weber, l’essor de l’écrit avait d’abord été vu comme élément du processus de rationalisation des gouvernements urbains. Aujourd’hui, c’est dans le cadre de la communication symbolique ou non verbale que les usages de l’écrit sont étudiés. Cela implique de concevoir l’écrit non pas seulement comme contenu à lire – comme texte –, mais aussi dans sa matérialité, ou encore dans ses multiples fonctions. La question centrale de l’A. porte ainsi sur la mise en scène des écrits dans la sphère publique à Lucerne à la fin du Moyen Âge. Elle étudie pour cela des « textes juridiques » de cette ville de Suisse centrale ; Berne, qui figure aussi dans le titre, n’apparaît en fait qu’aux marges du livre.

2 J.R. s’intéresse d’abord aux évolutions du Geschworener Brief (« charte jurée »). Cette charte de 1252 mettant fin à une faide entre la ville et les seigneurs de Rothenburg fut jusqu’à la fin du Moyen Âge et même au-delà constamment remaniée et étendue et joua finalement le rôle d’une constitution de la ville ; cette mutation se reflète dans la matérialité du texte, qui passa de la forme d’une charte à celle d’un codex, ainsi que dans la langue, l’allemand remplaçant le latin.

3 L’A. expose dans un deuxième temps les lieux et les institutions où les écrits étaient mis en scène, dans la sphère publique : la chapelle Saint-Pierre, la plus ancienne de la ville, où se réunissait le Conseil et où des textes étaient lus ; une illustration de la chronique lucernoise de Diebold Schilling le jeune représente le Schultheiss, élu dans cette chapelle, indiquant un codex que tient le tabellion. En présentant l’hôtel de ville, la chancellerie et son personnel, enfin les archives, l’A. parvient à montrer comment l’espace urbain et le champ politique furent « mis en écrit » (verschriftlicht). Le troisième chapitre constitue le cœur de l’ouvrage. Il étudie, en s’appuyant notamment sur les miniatures de la chronique de Schilling, comment la mise en scène de l’écrit et son intégration dans la communication orale contribuaient à légitimer le pouvoir du Conseil. Ainsi les chartes sont lues devant le commun et jurées ; tout un dialogue institutionnalisé est mis en place, dans lequel les frontières entre écrit et oral sont redéfinies. Cette mise en scène n’est efficace que lorsque les autorités parviennent à la contrôler : elles doivent pour cela maîtriser aussi bien la production des textes – et leurs variations éventuelles – que leur destruction, imposer le silence pendant les lectures publiques, ou encore choisir quels passages seront lus ou non (c’était la pomme de discorde lors du célèbre Twingherrenstreit à Berne en 1470, cf. p. 115-125).

4 Tout ne convainc pas dans l’argumentation de J.R ; certaines conclusions sont tirées par les cheveux et elle s’éloigne parfois de sa problématique, oubliant son sujet pour traiter plus généralement des rapports entre communication et pouvoir, ou abuse de formules vagues (le « contexte performatif » de la tradition orale de la charte jurée, p. 173). On peut également regretter qu’elle ait renoncé à toute présentation de la ville de Lucerne et en particulier des structures du pouvoir – sans parler de celle de Berne –, obligeant les lecteurs à s’informer ailleurs pour pouvoir suivre son propos. Cependant, son travail est novateur, en particulier pour l’espace germanique, et les points principaux – intérêt pour la matérialité des écrits, texte comme rituel – sont parfaitement menés. Enfin, son ouvrage a l’immense mérite de susciter de nombreuses questions invitant à d’autres recherches.

5 Olivier RICHARD


Date de mise en ligne : 22/07/2008

https://doi.org/10.3917/rma.141.0125zo