EADMER OF CANTERBURY, Lives and Miracles of Saints Oda, Dunstan, and Oswald , éd. et trad. Andrew J. TURNER et Bernard J. MUIR, Oxford, Clarendon Press, 2006 ; 1 vol. in-8°, CXXXIV-333 p. (Oxford Medieval Texts). ISBN : 0-19-925380-3. Prix : GBP 75.
- Par Alban Gautier
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Citer cet article
- GAUTIER, Alban,
- Gautier, Alban.
- Gautier, A.
https://doi.org/10.3917/rma.133.0693zy
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- Gautier, Alban.
- GAUTIER, Alban,
https://doi.org/10.3917/rma.133.0693zy
1 S’il est un point commun entre Eadmer de Cantorbéry et les trois personnages dont il écrit la vie et les miracles entre 1089 et 1116, c’est sans doute l’implication dans la diffusion de l’idéal bénédictin au-delà de la clôture du monastère. Figure de l’érudition anglo-normande, Eadmer est né vers 1060. Vers 1080, il est attesté comme scribe dans la communauté monastique de Christchurch, qui entoure l’archevêque de Cantorbéry. Évêque de St Andrews en 1120, il doit renoncer à son siège en raison de nombreux différends avec son métropolitain, l’archevêque d’York, qui était entré en conflit avec ce défenseur des prérogatives et des reliques de l’église primatiale. Revenu à Cantorbéry, il y serait mort vers 1128.
2 Compagnon de saint Anselme, il l’a suivi dans ses exils et a rédigé une vita de son patron, éditée en 1972 (dans la même collection) par R. Southern. C’est dans la continuité de ce dernier que ces deux historiens de l’université de Melbourne pré~sentent donc une édition et une traduction anglaise des vies de trois grands saints anglo-saxons identifiés à la « Réforme bénédictine » du Xe siècle, Eadmer faisant bien sûr de ces trois grands ancêtres des paradigmes de la réforme grégorienne, pourtant bien différente.
3 Le texte proposé ici se fonde avant tout sur un manuscrit de Cambridge, Corpus Christi College 371, qui depuis plusieurs décennies est reconnu comme autographe. En effet, les É. établissent de manière claire que ce témoin est non seulement auto~graphe, mais qu’il représente une révision tardive par l’auteur lui-même.
4 La vita Odonis est une œuvre courte, sans doute de jeunesse. Elle n’avait pas été éditée depuis le XVIIIe siècle (par les Bollandistes) – une édition qui en outre ignorait le manuscrit de Cambridge. Il s’agit du plus ancien ouvrage consacré au seul Oda, même si de nombreux chapitres de la vita Oswaldi (neveu d’Oda) par Byrhtferth de Ramsey donnaient déjà des informations sur cet archevêque de Cantorbéry (941-958). Cette édition vient ici combler une véritable lacune.
5 Dunstan, abbé de Glastonbury puis archevêque de Cantorbéry (959-988), est un des grands saints anglo-saxons. Eadmer a ici repris l’œuvre de son presque contem~porain et collègue de Christchurch, Osbern, en ajoutant seulement quelques mira~cles et en corrigeant quelques détails à partir de vitae antérieures. Les variantes, ici plus nombreuses (une dizaine), résulteraient de versions diffusées sur le Continent pendant les voyages de l’auteur : la plupart de ces manuscrits, conservés dans des fonds français, n’avaient que peu ou pas été utilisés par W. Stubbs, dernier éditeur du texte en 1873.
6 L’édition des textes concernant Oswald, évêque de Worcester, archevêque d’York (971-992) et fondateur de l’abbaye de Ramsey, était peut-être moins nécessaire : non seulement il s’agit en grande partie d’une reprise de la vita de Byrhtferth, mais une édition satisfaisante avait été donné par J. Raine en 1894. Mais le texte est clairement lié aux deux autres, et la présence de la traduction justifie à elle seule son inclusion dans le recueil.
7 La traduction est globalement satisfaisante, malgré quelques choix que l’on peut trouver contestables car ils ne tiennent pas assez compte des réalités de l’Angleterre anglo-saxonne. Ainsi de la traduction de comes : l’anglais moderne count, ici utilisé de manière systématique, ne correspond à aucune réalité du Xe siècle (où comes dé~signerait plutôt le thegn), et il est par ailleurs inusité par les spécialistes de l’époque anglo-normande qui, dans un contexte insulaire, emploient plutôt le mot earl (ce qui conviendrait p. 189) ou, quand ils souhaitent rester plus neutres, nobleman (à employer p. 203). Ceci est d’autant plus curieux que dux est correctement traduit par ealdorman.
8 Alban GAUTIER