Alexandre Pierre BRONISCH, Die Judengesetzgebung im katholischen Westgotenreich von Toledo, Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, 2005 ; 1 vol., 211 p. (Forschungen zur Geschichte der Juden, Sér. A, Abhandlungen, 17). ISBN : 3-7752-5626-1. Prix : € 35,00.
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Citer cet article
- SHATZMILLER, Joseph,
- Shatzmiller, Joseph.
- Shatzmiller, J.
https://doi.org/10.3917/rma.131.0157zq
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- Shatzmiller, Joseph.
- SHATZMILLER, Joseph,
https://doi.org/10.3917/rma.131.0157zq
1 Les juifs d’Espagne ont-ils soutenu les troupes nord-africaines lorsque celles-ci ont en 711 A.D. envahi la péninsule ibérique ? N. Roth, dans une étude qui lui a valu la médaille du mérite de l’Académie américaine du Moyen Âge, a soutenu la thèse selon laquelle il ne s’agissait là que d’un topos, un lieu commun, répandu chez les historiens d’hier et d’aujourd’hui, sans aucune valeur historique. Une semblable collaboration aurait toutefois été bien justifi ée après l’horrible « siècle des ténèbres » imposé aux juifs par le régime wisigoth, dès lors que ces conquérants germaniques avaient adopté la version catholique de la religion chrétienne en 587. Une série presque interminable de décrets draconiens témoigne d’une politique de persécution que l’on rencontre rarement, même dans l’histoire du peuple juif.
2 Il est ainsi assez naturel que depuis cent cinquante ans des historiens aussi célèbres que Graetz, Juster, Blumenkranz ou García Iglesias aient été attirés par cette documentation d’une abondance exceptionnelle et aient posé la question de la survie des juifs dans des conditions aussi cauchemardesques. A.P. Bronisch qui connaît des centaines de travaux sur cette question (cf. p. 188-204) et qui a exploré de longues années durant les sources concernant cette période, ne présente pas dans son « Judengesetz » une analyse de tous les aspects de ce sujet, mais plutôt une série d’explications bien précises. Pour les apprécier pleinement il est nécessaire de connaître l’immense bibliographie mentionnée plus haut.
3 Nous ne savons rien, ou presque, sur l’état des juifs espagnols du VIIe siècle. Leur nombre demeure inconnu, un lourd voile noir recouvre leurs activités : qu’il s’agisse de leur place dans l’économie, de leur statut juridique réel ou de leurs rapports avec les différentes couches de la société. Ont-ils eu une production littéraire ? Rien ne nous est parvenu. Connaissaient-ils l’hébreu ? Le Talmud était-il déjà disponible en Europe ? La législation nous apprend qu’ils ont été exemptés de la consommation de la viande de porc, même en étant des « nouveaux chrétiens ». La polémique de Julien de Tolède (était-il lui-même d’origine juive ?) fait référence à une fi èvre messianique qui les a saisis vers la fi n du siècle. Ce sont là pratiquement les seuls éléments dont nous disposons.
4 A.P.B. se penche avec raison sur deux problèmes majeurs dans cette triste histoire : la politique de persécution et de conversion forcée avait-elle été déclenchée sur l’initiative de l’église catholique ? Et les juifs mentionnés dans la documentation appartenaient-ils à la religion mosaïque ou étaient-ils en effet des convertis à la chrétienté (le terme « marrane » n’existait pas encore) ? En ce qui concerne l’Église, notre A. a tendance, tout au long de son livre, à atténuer son rôle. C’est ailleurs qu’il faut rechercher les raisons qui ont poussé les monarques wisigoths à agir ainsi. Tout comme leurs califes musulmans ils avaient conçu leur royauté en termes bibliques et devenaient par là même les agents sacrés de la Divinité sur terre. Un échec dans l’accomplissement de leur tâche aurait immanquablement appelé la colère de Dieu (« der Zorn Gottes », p. 145) et répandu des désastres sur le royaume. Ceci explique leur lutte acharnée contre ces « nouveaux chrétiens » qui n’avaient pas abandonné la religion de leurs ancêtres. Ce combat législatif contre la « trahison » (p. 116 s.) s’inscrivait en fait dans une forme de stratégie de défense.
5 Bien des questions demeurent cependant en suspens. Peut-être aurons-nous la bonne fortune, dans un proche avenir, de découvrir des textes inconnus qui nous permettront de les étudier et éventuellement d’apporter des réponses. Tous les espoirs sont permis. Entre-temps, il faut remercier A.P.B. pour les séduisantes perspectives qu’il nous ouvre.
6 Joseph SHATZMILLER