Hôpitaux et maladreries au Moyen Âge : espace et environnement. Actes du colloque international d’Amiens-Beauvais, 22,23 et 24 novembre 2002, éd. Pascal MONTAUBIN, Amiens, C.A.H.M.E.R., 2004 ; 1 vol., 362 p. (Histoire médiévale et archéologie, 17). ISSN : 0991-2894. Prix : € 23,00.
- Par Jean-Louis Roch
Page XV
Citer cet article
- ROCH, Jean-Louis,
- Roch, Jean-Louis.
- Roch, J.-L.
Citer cet article
- Roch, J.-L.
- Roch, Jean-Louis.
- ROCH, Jean-Louis,
1 Succédant au colloque de Créteil, de 1999, organisé par Fr. O. Touati, Archéologie et architecture hospitalières de l’Antiquité tardive à l’aube des Temps modernes, qui s’était intéressé à l’organisation interne de l’hôpital médiéval, le colloque d’Amiens a voulu replacer celui-ci dans son environnement local et régional. Au niveau local les grands hôtels-Dieu restent souvent liés au groupe épiscopal, proches de la cathédrale; d’autres hôpitaux s’implantent ensuite près des ponts, des rivières, des portes, le long des voies de communication. Ils jouent un rôle dans la structuration des quartiers et la sacralisation de l’espace ; ainsi à Barletta, dans le royaume de Naples (R. Hyacinthe), à Rome autour des deux pôles du Latran et du Vatican (É. Hubert), à Paris dans l’île de la Cité. À Amiens, le déplacement de l’hôpital épiscopal, au XIIIe siècle, dans le quartier Saint-Leu, permet d’éclairer la manière dont une institution d’assistance s’insère dans la croissance urbaine et devient un « pôle religieux attractif » (P. Montaubin). Les léproseries normandes sont parfois dotées de foires et s’intègrent dans des parcours processionnels (Br. Tabuteau, D. Jeanne). Hôpitaux et maladreries structurent ainsi l’espace qui les environne. Ils constituent aussi des enjeux entre les pouvoirs qui les surplombent. Au-delà même des quartiers, le concept de « centralité hospitalière », avancé par J.L. Fray, permet de replacer la ville dans sa région, son Umland, et l’hôpital au centre d’une série de cercles successifs : les bienfaiteurs, les bénéficiaires, les personnels, les biens fonciers, les quêtes. Chr. Jehanno donne un bon exemple de cette « nébuleuse » gravitant autour de l’Hôtel-Dieu de Paris. Au niveau régional, de nombreux articles recensent les institutions d’assistance et tentent de saisir la logique de leur répartition : l’Artois (B. Delmaire), le Calaisis (St. Curveiller), la Normandie (Fr. Neveux), la Franche-Comté (N. Brocard), les villes mosanes (P. De Spiegeler), le royaume de Naples (R. Hyacinthe); les recherches personnelles croisent aussi des programmes collectifs : la Bourgogne (A. Saint-Denis), la région Rhin-Meuse (M. Pauly, M. Uhrbacher). La question des « réseaux » a été analysée plus particulièrement par A. Saunier : il a existé des « lignages de statuts » se recopiant l’un l’autre, des échanges de personnels, et ici et là des micro-réseaux regroupant quelques établissements; et les ordres à vocation hospitalière, comme les antonins (A. Mischlewski), ont bien sûr constitué eux-mêmes des réseaux. Mais le Moyen Âge n’a pas connu d’organisation consciente et hiérarchisée de l’offre d’assistance. On préfèrera parler de trame ou de maillage, résultant d’initiatives dispersées. Et l’accent mis sur le donateur plus que sur le bénéficiaire est une autre entrave à l’émergence d’une demande, donc d’une offre, hospitalière pensée comme un tout. De là aussi les fréquents décalages entre l’offre et la demande d’assistance, accentués bien sûr par la conjoncture. La notion de réseau hospitalier demeure inadéquate avant les Temps modernes, avant que ne se mettent en place les hôpitaux généraux et les congrégations hospitalières (M.Cl. Dinet-Lecomte). Le lecteur apprendra par ailleurs qu’il n’a pas existé de réseau hospitalier sur le chemin de Compostelle, et que ces chemins eux-mêmes datent rarement du Moyen Âge. Les études régionales rassemblées ici permettent aussi d’éclairer les évolutions chronologiques, la part changeante des laïcs et des religieux, et les différences géographiques, d’entrevoir par exemple la profonde originalité de Rome, avec ses pèlerinages, ou de l’Italie du Sud, avec ses hôpitaux monastiques de type colonial. L’archéologie enfin n’est pas absente du colloque, avec les infirmeries monastiques (Ph. Racinet) et la maladrerie de Beauvais (J.M. Fémolant). Ce colloque, par les multiples pistes qu’il ouvre à la recherche, témoigne de la vitalité actuelle de l’histoire hospitalière.
2 Jean-Louis ROCH