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Compte rendu

Sybille SCHRÖDER, Macht und Gabe. Materielle Kultur am Hof Heinrichs II. von England, Husum, Matthiesen Verlag, 2004; 1 vol. in-8°, 336 p. (Historische Studien, 481). ISBN : 3-7868-1481-X. Prix : € 51,00.

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  • Lachaud, F.
(2006). Sybille SCHRÖDER, Macht und Gabe. Materielle Kultur am Hof Heinrichs II. von England, Husum, Matthiesen Verlag, 2004; 1 vol. in-8°, 336 p. (Historische Studien, 481). ISBN : 3-7868-1481-X. Prix : € 51,00. Le Moyen Age, Tome CXII(2), VIII-VIII. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-2-page-VIII?lang=fr.

  • Lachaud, Frédérique.
« Sybille SCHRÖDER, Macht und Gabe. Materielle Kultur am Hof Heinrichs II. von England, Husum, Matthiesen Verlag, 2004; 1 vol. in-8°, 336 p. (Historische Studien, 481). ISBN : 3-7868-1481-X. Prix : € 51,00. ». Le Moyen Age, 2006/2 Tome CXII, 2006. p.VIII-VIII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-2-page-VIII?lang=fr.

  • LACHAUD, Frédérique,
2006. Sybille SCHRÖDER, Macht und Gabe. Materielle Kultur am Hof Heinrichs II. von England, Husum, Matthiesen Verlag, 2004; 1 vol. in-8°, 336 p. (Historische Studien, 481). ISBN : 3-7868-1481-X. Prix : € 51,00. Le Moyen Age, 2006/2 Tome CXII, p.VIII-VIII. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-2-page-VIII?lang=fr.

1 La cour d’Henri II Plantagenêt (1154-1189) est l’une des cours les mieux documentées du XIIe siècl : en dépit de leur aspect fragmentaire, les comptes de l’Échiquier – les fameux « Pipe Rolls » – qui sont parvenus jusqu’à nous permettent en effet de tracer un tableau précis, même s’il demeure incomplet, des aspects matériels de la culture de cour. Compilés pour garder la trace de l’activité financière des sheriffs, ces documents jettent parfois un éclairage inattendu sur les achats opérés pour l’entourage royal, puisqu’un certain nombre de ces achats pouvaient, à l’occasion, être payés sur des sources de revenu gérées par les sheriffs, et non sur des revenus directement administrés par la Chambre royale. C’est tout le mérite de l’étude de S. Schröder que d’avoir su exploiter cette documentation souvent ingrate : comparant systématiquement les données des Pipe Rolls aux sources historiographiques, elle présente un certain nombre de facettes du monde des objets et de la consommation en milieu de cour dans la seconde moitié du XIIe siècle et démontre comment cette culture matérielle put contribuer à la représentation du pouvoir royal.

2 La première partie de l’étude propose une réflexion sur le vêtement d’Henri II et met en lumière les tensions qui existaient, dans la représentation royale, entre les exigences d’une apparence adéquate pour la fonction du roi et une tradition de simplicité vestimentaire qui reflète l’influence de modèles religieux, mais dont on peut retracer l’origine, dans les sources historiographiques, jusqu’au fameux portrait de Charlemagne par Éginhard. L’A. considère qu’il s’agit également d’un topos qui permet aux chroniqueurs de tracer le portrait d’un roi en mouvement perpétuel, à la tête de territoires multiples dont le contrôle nécessitait un pouvoir au caractère fonctionnel. Puis elle s’attache à la notion de libéralité, dont elle rappelle qu’elle fait l’objet d’un discours contradictoire chez les moralistes et les satiristes. Les grandes orientations des dons royaux sont ensuite retracées, vers les établissements ecclésiastiques, à l’intérieur même de la cour et vers les autres cours, mais le reste de l’ouvrage porte avant tout sur le monde des laïcs : un des mérites de l’étude est précisément de mettre en valeur le rôle de la culture matérielle dans la mise en ordre du milieu hétérogène que constituait la cour et, plus largement, dans la stabilisation des hiérarchies sociales. Ce thème a déjà été en partie traité pour les livrées vestimentaires, mais il est ici repris et approfondi, notamment par un recours à la thèse du rôle du luxe comme facteur d’intégration des élites. Un dernier chapitre présente les aspects diplomatiques des Pipe Rolls et revient sur le rôle de Londres et de ses élites mercantiles dans l’approvisionnement de la cour royale.

3 La seconde partie de l’ouvrage traite quatre exemples qui nous permettent de mieux saisir le rôle des objets et de certains produits alimentaires dans la représentation du pouvoir sous Henri II : le gibier, le vin et la cervoise, les textiles et les tentes de prix, dont l’étude nous permet d’entrevoir ce que devait être le décor de la cour. Les deux premiers thèmes sont sans doute les moins étudiés, et l’A. offre là des points de vue nouveaux. En particulier, l’analyse qu’elle propose de la convivialité curiale est particulièrement suggestive, et elle met en valeur l’influence des modèles christiques sur le banquet de cour. Elle retrace de manière attentive les procédés d’acheminement du gibier jusqu’à la cour, et nous offre la vision d’un roi possesseur de vastes réserves de chasse, qui fait venir à sa table les produits de ses forêts ou en envoie aux princes voisins.

4 Cette étude intéressante et novatrice fait le point de manière exhaustive sur les travaux déjà menés et ouvre des perspectives de recherche. Peut-être n’était-il pas nécessaire toutefois de reprendre dans les notes l’intégralité ou presque des données des Pipe Rolls. Ceux-ci sont tous disponibles, pour le règne d’Henri II, en édition imprimée : il s’agit là d’un parti qui alourdit considérablement le texte là où une simple analyse aurait suffi. En revanche, le choix assez restrictif des produits et objets étudiés par l’A. ne rend peut-être pas compte de l’ampleur de la culture de cour : S. Schröder justifie dans son introduction sa décision de ne pas traiter des objets utilisés pour les rituels royaux, mais les bijoux, les ornements et accessoires vestimentaires, ainsi que les pièces d’argenterie sont très peu évoqués, alors que la période est remarquable précisément pour la croissance voire l’explosion de la production de biens de luxe et d’objets les imitant à destination d’un marché de plus en plus ouvert. Certes, la cour d’Henri II peut être considérée comme une forme extraordinaire de la culture des élites, mais elle se situe bien dans un contexte européen de croissance de la production, d’ouverture commerciale et d’expansion des marchés.

5 Frédérique LACHAUD