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Compte rendu

Marc-André WAGNER, Le cheval dans les croyances germaniques. Paganisme, christianisme et traditions, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 976 p. (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 73). ISBN : 2-7453-1216-2. Prix : € 140,00.

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  • Grambo, R.
(2006). Marc-André WAGNER, Le cheval dans les croyances germaniques. Paganisme, christianisme et traditions, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 976 p. (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 73). ISBN : 2-7453-1216-2. Prix : € 140,00. Le Moyen Age, Tome CXII(1), XXXIX-XXXIX. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-1-page-XXXIX?lang=fr.

  • Grambo, Ronald.
« Marc-André WAGNER, Le cheval dans les croyances germaniques. Paganisme, christianisme et traditions, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 976 p. (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 73). ISBN : 2-7453-1216-2. Prix : € 140,00. ». Le Moyen Age, 2006/1 Tome CXII, 2006. p.XXXIX-XXXIX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-1-page-XXXIX?lang=fr.

  • GRAMBO, Ronald,
2006. Marc-André WAGNER, Le cheval dans les croyances germaniques. Paganisme, christianisme et traditions, Paris, Champion, 2005 ; 1 vol., 976 p. (Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge, 73). ISBN : 2-7453-1216-2. Prix : € 140,00. Le Moyen Age, 2006/1 Tome CXII, p.XXXIX-XXXIX. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2006-1-page-XXXIX?lang=fr.

Notes

  • [1]
    Ignis divinus. Le feu comme moyen de rajeunissement et d’immortalité : contes légendes mythes et rites, Lund, 1949, p. 82-131
  • [2]
    R.Th. CHRISTIANSEN, Die finnischen und nordischen Varianten des zweiten Merseburgerspruches. Eine vergleichende Studie, Hamina, 1914 et F. OHRT, De danske besværgelser mod vrid og blod Tolkning og forhistorie, Copenhague, 1922.

1 Cette thèse doctorale a été soutenue à l’Université de Paris IV le 23 mars 2003 sous la direction de Cl. Lecouteux. C’est une version très abrégée que M.A. Wagner présente aux lecteurs. Le cadre géographique comprend outre les pays de langues allemandes, les pays scandinaves, la Grande-Bretagne et la France. L’objectif de l’A. était d’analyser et d’interpréter en profondeur les croyances religieuses associées au culte du cheval dans l’espace germanique. Le cadre chronologique retenu a été très important pour voir les changements des conceptions dans l’espace et le temps. Il s’agit essentiellement du début de notre ère à la fin du Moyen Âge. Les sources utilisées par l’A. sont très variées : il a eu recours aux textes des auteurs classiques (romains essentiellement) et à ceux des clercs du Moyen Âge, il a aussi étudié de près certain textes de la littérature norroise, y compris les Eddas, Edda poétique dont le plus ancien témoin remonte au XIIe siècle, bien que le manuscrit conservé remonte au XIIIe siècle – et l’Edda en prose de l’historien islandais Snorri Sturluson († 1241). On trouve dans la bibliographie des sagas historiques, des sagas dites légendaires (fornaldarsögur), des thættir (narrations assez courtes) et des épopées. L’A. a eu recours à des données archéologiques et iconographiques pour élargir la perspective de son exposé. L’iconographie du livre comprend 50 illustrations.

2 Dans l’introduction générale, l’A. présente les définitions de ses termes techniques ou plutôt de ses mots clés. Il regarde comme croyances toutes les représentations vécues comme vraies et engageant fondamentalement l’existence. Entre les conceptions de « croyances » et de « superstitions » il voit surtout une distinction chronologique ; par le second terme il entend des survivances de croyances qui ne sont plus réellement comprises. La première partie du livre expose la phénoménologie du cheval dans la perspective du paganisme germanique. La deuxième partie interprète la relation existant entre le cheval et le cosmos. La troisième partie vise à analyser la position du cheval chez les tribus germaniques face à l’église. Certaines conceptions du paganisme ont été modifiées sous l’influence de l’évangélisation. Il y a donc une continuité des croyances sur ce point. Le livre aboutit a une conclusion générale suivie de plusieurs annexes : Hymne au cheval du sacrifice (Rig Veda I), textes encyclopédiques, corpus des exempla, corpus des charmes et conjurations pour chevaux, corpus de pratiques et superstitions allemandes liées au cheval et un index analytique des thèmes associés au cheval dans les mémorats germaniques. Par mémorats l’A. entend un certain genre folklorique que les Allemands appellent Sagen, les Norvégiens et les Danois sagn et les Suédois sägen. Cet usage spécifique du terme mémorat est insolite, de toute façon pas coutumier. Les folkloristes l’utilisent en général pour désigner ce qu’on appelle ich-Erzählungen en allemand. C’est un terme crée par le folkloriste suédois C. von Sydow. Enfin, il y a un index des auteurs et des œuvres.

3 L’A. décrit le cheval comme génie protecteur, animal psychopompe, animal doué de la faculté extraordinaire de voir et sentir les forces invisibles et secrètes de l’existence. Ainsi, le cheval peut être animal oraculaire. Pour accéder aux savoirs sacrés et cachés de l’autre monde, les hommes cherchent à imiter l’apparence du cheval : c’est une sorte de transe équestre que l’on veut obtenir. Peut-être l’A. est-il trop influencé par les idées présentées par l’éthnologue O. Höfler sur ce point ? Le cheval se trouve dans une double position : il appartient au cercle de la famille, mais en même temps il est lié aux forces mystérieuses, étrangères, et dangereuses du monde surnaturel. À vrai dire, le cheval peut bien être le symbole des forces bonnes ou mauvaises dans la vie. Ainsi un manichéisme significatif émerge du corpus étudié. Aux p. 94-96 l’A. nous présente une traduction de l’inscription tombale de Eggja. Il s’agit de l’inscription la plus fameuse et la plus longue en Scandinavie. La pierre se dresse dans une ferme d’Eggja dans le village de Sogndal (département Sogn og Fjordane en Norvège). Certains mots sont effrités et par conséquent illisibles. L’A. ne mentionne pas du tout ces difficultés particulières. Selon son opinion, cette pierre est peut-être la plus émouvante et la plus mystérieuse des évocations du cheval psychopompe des Germains. Les p.414-424 sont consacrées à une explication détaillée de la Deuxième conjuration de Mersebourg, charme énigmatique qui a suscité beaucoup de spéculations plus ou moins fondées sur la nature du paganisme germanique en général. L’A. associe la formule à la mort catastrophique du dieu norrois Balder. Son analyse à cet égard est suggestive, même audacieuse et surtout très novatrice. Grâce aux analyses de M.A.W. on voit émerger un vaste complexe d’idées sur la mort et la résurrection du dieu élégiaque de la fécondité. L’A. mentionne à cet égard les dieux Frøy (Freyr) et Balder, considérés comme des entités parallèlles. Aux p. 532-535 l’A. reproduit des contes et des légendes sur le saint équestre et forgeron Élois. Il est regrettable qu’il n’ait pas utilisé les renseignements précis sur ce saint trouvés dans le livre de C.M. Edsman [1]. À la p. 671 l’A. reproduit un exemple de la formule très répandue où le cheval du Seigneur souffre d’une foulure. Sur ce point il aurait dû lire la thèse doctorale de R.Th. Christiansen et l’ouvrage de F. Ohrt [2]. Notons aussi que l’A. n’a pas utilisé les ballades médiévales dans sa recherche bien que le cheval y joue un rôle important.

4 Une constante majeure traverse la longue période examinée : le cheval est bien associé à la vie guerrière, aux aspects politiques, religieux et économiques des sociétés germaniques, mais il est surtout lié à la conception de la fécondité. C’est la conclusion de cette excellente œuvre de grande envergure intellectuelle.

5 Ronald GRAMBO