Nicholas ORME, Medieval children, New Haven-Londres, Yale U.P., 2001; 1 vol., 387 p. ISBN : 0-300-09754-9. Prix : GBP 14,95.
- Par Didier Lett
Page XIX
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Notes
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[1]
L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, 1960, rééd., Paris, 1973.
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[2]
Pour des bilans récents voir B.A. HANAWALT, Medievalists and the Study of Childhood, Speculum, t. 77,2002, p. 440-460 et Enfances. Bilan d’une décennie de recherche, Annales de Démographie historique, 2001-2002 (pour le Moyen Âge occidental, voir p. 17-25 et 73-85).
1 Les travaux consacrés à l’enfance médiévale, très souvent en réaction contre les thèses défendues jadis par Ph. Ariès [1], ont connu un formidable essor en Europe depuis la fin des années 1980, permettant d’élaborer au cours des toutes dernières années quelques synthèses rédigées par des historiens français, anglo-saxons, allemands et italiens [2]. N. Orme, grand spécialiste de l’éducation au Moyen Âge, nous propose à son tour une synthèse, non pas, comme le titre trop général l’indique, sur l’ensemble des enfants médiévaux mais sur ceux qui ont vécu en Angleterre entre le XIIe et le milieu du XVIe siècle. S’appuyant sur une documentation très variée (hagiographie, traités de médecine et de pédagogie, coutumes monastiques, textes littéraires, relevés de fouilles archéologiques, etc.), son but principal est de démonter, qu’au moins à partir du XIVe siècle, existe une véritable culture enfantine et que se met en place des méthodes d’apprentissage scolaire spécifiques.
2 L’ouvrage est divisé en neuf chapitres, de la naissance au sortir de l’enfance, en passant par la vie de famille, les dangers et la mort, les chansons et les jeux enfantins, le rôle de l’Église et les apprentissages de la lecture. Incontestablement, les apports les plus neufs se trouvent dans les chapitres 4 (Words, Rhymes, and Songs), 7 (Learning to Read) et 8 (Reading for Pleasure) qui sont l’occasion pour N.O. de nous faire pénétrer dans les méthodes d’enseignement et de mémorisation, d’apprentissage progressif du langage (manière dont on apprend les syllabes, les mots puis les textes) et la culture orale enfantine (chansons et poèmes anglais aux sujets animaliers, sexuels ou scatologiques). On y apprend également beaucoup sur la participation des enfants aux grandes cérémonies et drames du calendrier liturgique (Noël, fête de saint Nicolas le 6 décembre et fête des saints Innocents le 28 décembre). Dans cette somme de travail très érudite, on appréciera la grande richesse, l’originalité et la variété des sources utilisées comme, par exemple, la page d’un cahier d’écolier datée des années 1430 contenant des phrases de la vie quotidienne en anglais et en latin (p. 145) ou les extraits de texte des Marian lullabies ou nursery rhymes (p. 132-143). On appréciera aussi la prudence de l’A. qui insiste sur la grande difficulté de l’historien à déterminer ce qui est destiné ou non uniquement aux enfants.
3 Cependant, l’ouvrage de N.O. n’est pas exempt de reproches. D’abord, même si l’A. le justifie en introduction (p. 10), le choix d’un plan strictement thématique pour traiter d’une période s’étalant sur cinq siècles (avec de fréquentes incursions dans la culture anglicane) n’est pas satisfaisant. Ensuite, sur beaucoup de thèmes, le livre se présente comme une accumulation d’exemples, un inventaire, une description sans réel décodage de la documentation utilisée. On sait trop peu de choses sur les conditions de production et de diffusion des traités de pédagogie ou des œuvres littéraires pour nous permettre de saisir les enjeux du discours sur l’enfance ou adressé à l’enfance. En outre, la très grande richesse du choix et de la reproduction des images ne peut faire oublier que ces dernières sont des documents à part entière et ne sont pas des « illustrations ». Dans l’ouvrage de N.O., parfois non datées, elles ne sont jamais replacées dans leur contexte iconographique et textuel et sont accompagnées de trop maigres commentaires. N.O. (hélas, il n’est pas le seul !) irrite lorsqu’en début de chaque chapitre (et parfois encore ailleurs), il compare la situation des enfants anglais de la fin du Moyen Âge à ceux d’aujourd’hui, ce qui n’apporte rien à la réflexion historique. Il est enfin regrettable que la bibliographie mélange sources et ouvrages historiques et surtout ignore la presque totalité des ouvrages et articles parus en français ou en italien sur l’enfance depuis les vingt dernières années. Même les références aux travaux écrits en anglais comporte de nombreuses lacunes : un seul article (ancien : 1989) de L. Hass est mentionné; les travaux de M.L. King ou de J.A. Schultz sont ignorés.
4 L’ensemble de ces critiques ne doit pas empêcher de considérer l’ouvrage de N.O. comme une synthèse importante sur l’enfance médiévale par la richesse des exemples proposés et pour les connaissances qu’elle apporte sur la culture enfantine. Il représente un outil très utile pour les générations futures désireuses de continuer à travailler sur l’enfance médiévale.
5 Didier LETT