Benoît CHAUVIN, Marquette-lez-Lille. À la redécouverte de l’abbaye de la comtesse Jeanne, Marquette-lez-Lille, Publ. de la Ville, 2002 ; 1 vol. in-4°, 476 p. ISBN : 2-904690-13-6.
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- MAILLARD-LUYPAERT, Monique,
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- Maillard-Luypaert, M.
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1 C’est la comtesse Jeanne de Flandre (Jeanne de Constantinople), sœur de Marguerite, qui (re)fonda en 1236, sur la rive gauche de la Deûle, l’abbaye de Marquette et en plaça les moniales sous la règle de Cîteaux, pour y accueillir les malades de la ville de Lille. Et c’est dans ce lieu qu’elle choisit de se retirer, au soir de sa vie, et de mourir, en 1244. Son corps y fut inhumé, aux côtés de son premier mari, Ferrand de Portugal, et ses restes y reposent probablement encore. Détruite en 1793 pendant la Révolution, Marquette se résuma alors à de pauvres ruines reconverties par la suite en industrie, ce qui en fait aujourd’hui « le site cistercien le plus surprenant de France » (Avant-propos), entre chimie et béton.
2 Chercheur au CNRS, Benoît Chauvin a été sollicité par les autorités municipales de Marquette-lez-Lille, soucieuses de réhabiliter progressivement le site, pour mener une étude préalable sur le bâti disparu de l’abbaye. Les résultats de ses recherches sont publiés dans un volumineux ouvrage destiné « à faire le point sur les potentialités archéologiques du site » (Introduction). Dans un premier temps, l’A. a réuni une documentation « disparate », la plus large possible, sur le bâti de l’abbaye détruite. Ce qu’il appelle une « quête d’informations éparses » est constitué des répertoires des sources connues et d’une bibliographie des travaux, au demeurant peu nombreux (20 titres), publiés à ce jour, suivis d’une présentation commentée des dépôts d’archives visités, avec une attention toute particulière portée au chartrier de l’abbaye. Aux sources écrites succèdent une centaine de témoignages antérieurs ou postérieurs à la Révolution, que l’A. qualifie de « sources orales ou assimilées », et un corpus d’illustrations fait de documents cartographiques et iconographiques étalés sur quatre siècles (en commençant par la superbe « vue » des Albums de Croÿ, de 1603, et par un plan, remarquable de détails, daté de 1686, aux p. 156-160). Dans un deuxième temps, l’A. a axé son étude sur une recherche des bâtiments disparus, à l’extérieur, puis à l’intérieur de l’enclos monastique (lieux de prière et de travail). Dans un troisième temps, il s’est attaché à opérer une synthèse de la redécouverte des bâtis successifs, au cours de quatre phases : l’abbaye médiévale, ses transformations entre le milieu du XVe et la fin du XVIe siècle, sa reconstruction au XVIIIe siècle, la reconversion industrielle aux XIXe -XXe siècles. Le tout débouchant sur un bilan archéologique global en vue des sondages ponctuels envisagés pour connaître l’état des vestiges » (Introduction). Et pourquoi pas « la création d’un jardin archéologique » là où, sans doute, repose pour l’éternité la « bonne comtesse » Jeanne de Flandre, se plaît à imaginer B.C. dans sa conclusion (p. 469).
3 Si l’on peut regretter l’absence d’un index des noms, qui eût permis de retrouver rapidement personnages et lieux à travers les six siècles d’existence de l’abbaye, on se doit néanmoins de dire que la méthodologie conçue et mise en pratique par l’A. de cet ouvrage, est en tous points exemplaire et force l’admiration. Un fort beau livre donc, abondamment illustré (150 ill.), qui, pour reprendre les termes de l’avant-propos, « permet à l’esprit de remonter le temps »… Si l’archéologue du bâti en fera son miel, l’historien de la vie monastique, qu’il soit médiéviste ou moderniste, ne le dédaignera pas, tant il est riche d’informations, particulièrement sur la civilisation matérielle.
4 Monique MAILLARD-LUYPAERT