Annegret HOLTMANN, Juden in der Grafschaft Burgund im Mittelalter, Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, 2003 ; 1 vol., X-502 p. (Forschungen zur Geschichte der Juden, Abteilung A : Abhandlungen, 12). ISBN : 3-7752-5621-0. Prix : €50,47.
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- SHATZMILLER, Joseph,
- Shatzmiller, Joseph.
- Shatzmiller, J.
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1 La Bourgogne n’occupe certes pas dans l’histoire des juifs de la France médiévale, une place comparable à celle du Languedoc ou de la Provence des XIIIe ou XIVe siècles. H. Gross dans sa Gallia Judaïca (1897, p. 108-110) ne fait référence qu’à un seul livre rédigé par un rabbin bourguignon et cite les noms de quatre autres savants à peine ou même pas du tout connus. Il est vrai qu’avec l’aide des documents d’archive nous pouvons décompter plus de 80 colonies juives, mais il ne s’agit que des installations temporaires d’une population clairsemée : dans la plupart des cas celles-ci n’étaient constituées que d’un, deux ou cinq foyers.
2 Cependant, si depuis plus d’un siècle les « Deux Bourgognes » attirent une vive attention de la part des chercheurs, c’est justement en raison du grand nombre de documents que conservent leurs archives. Deux registres de commerce du début du XIVe siècle (1300-1318) revêtent une importance toute particulière, ils sont rédigés en hébreu par les membres d’un consortium bancaire dirigé par Héliot de Vesoul et par son fils Vivant (p. 155-179). Ces registres anciens ont été décrits en détail en 1884 par I. Loeb dans la Revue des Études juives. Au cours des années 1970, le regretté G. Weil les avait confiés à l’un de ses élèves, M. Malka, qui a déchiffré un certain nombre de folios dans son mémoire de maîtrise. La disparition prématurée du professeur lyonnais a laissé inachevé un projet plus ambitieux. A. Holtmann se propose maintenant de relever le défi. En collaboration avec le germaniste Y. Guggenheim de Jérusalem, elle prépare une édition complète – ainsi qu’une traduction – de ces textes difficiles.
3 Dans un ouvrage récent, A.H. fait déjà référence à des informations émanant de ces deux « livres de commerce » (cf. surtout p.353-392). Elle les traite tout au long de son étude avec bien d’autres que des savants tels L. Gauthier ou B. Blumenkranz ont publiés ou cités. Bien sûr, elle s’appuie aussi sur une documentation qu’elle est parvenue à recueillir dans les Archives départementales de la Côte d’Or, du Doubs, de la Haute-Saône, et bien d’autres encore (cf. p. 324-328 ; 393-397). Son étude repose aussi sur une vaste bibliographie et fait souvent référence à des découvertes faites en dehors de la Franche-Comté, surtout en Dauphiné et en Provence.
4 Plus d’un tiers du texte (p. 22-152) de Juden in der Grafschaft Burgund im Mittelalter présente le résultats de recherches minutieuses sur la géographie des installations juives du comté. C’est là un exercice exemplaire de prosopographie médiévale. En annexe, six chartes y sont aussi consacrées. À l’instar de bien d’autres régions, on observe également en Bourgogne une apogée de la présence juive pour les deux générations qui ont précédé la Peste noire. Il existait alors certainement 31 colonies auxquelles on peut, probablement, en ajouter encore cinq (p. 78). A.H. ne manque pas, tout au long de son livre, d’observer le parallélisme entre l’activité des prêteurs juifs et celle des Lombards qui habitaient en grand nombre la région. Ce sont bien plus des relations de collaboration financière et commerciale qui s’établissent entre les membres de ces groupes d’« usuriers » qu’un esprit de compétition voire d’hostilité (p.274-284 et ailleurs). Contrairement aux Lombards, les juifs ne semblent pas avoir été investis de fonctions publiques. Par ailleurs, ils étaient présents dans l’industrie viticole de la région. A.H., à l’encontre de l’avis de B. Blumenkranz, opte pour une thèse selon laquelle c’étaient des intérêts économiques qui expliquaient cette présence et non des raisons d’ordre religieux (la production de vin « kasher », cf. p.242-292).
5 Les juifs de la Franche-Comté devaient faire face aux soupçons que nourrissait envers eux la société environnante. Ils furent chassés en 1348,1374 et en 1394 du comté. Les causes réelles des deux dernières expulsions ne sont pas claires. On note cependant qu’ils ne furent pas bannis en 1306 à l’encontre des autres juifs du domaine royal et qu’en 1348-1349 ils échappèrent au bûcher, ce qui fut le sort réservé aux juifs des autres régions. Les chercheurs disposent d’une documentation peu prolixe sur l’histoire politique de ces juifs et sur leurs rapports au quotidien avec les Bourguignons de souche. On ne dispose d’aucun élément sur leur vie communautaire ou sur un « self-governement ». Nous connaîtrons peut-être une chance meilleure lorsque les fameux registres de Vesoul seront publiés.
6 Joseph SHATZMILLER