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Compte rendu

Jean Chapeaville (1551-1617) et ses amis. Contribution à l’historiographie liégeoise, éd., trad., ann. phil. René HOVEN, introd. et ann. hist. Jacques STIENNON, descr. bibl. et notes compl. Pierre-Marie GASON, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2004 ; 1 vol. in-8°, 265 p. (Coll. des Anciens Auteurs belges, in-8°, n.s., 12). ISBN : 2-8031-0206-4. Prix : €27,00.

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  • Joris, A.
(2005). Jean Chapeaville (1551-1617) et ses amis. Contribution à l’historiographie liégeoise, éd., trad., ann. phil. René HOVEN, introd. et ann. hist. Jacques STIENNON, descr. bibl. et notes compl. Pierre-Marie GASON, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2004 ; 1 vol. in-8°, 265 p. (Coll. des Anciens Auteurs belges, in-8°, n.s., 12). ISBN : 2-8031-0206-4. Prix : €27,00. Le Moyen Age, Tome CXI(3), XXXII-XXXII. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-3-page-XXXII?lang=fr.

  • Joris, André.
« Jean Chapeaville (1551-1617) et ses amis. Contribution à l’historiographie liégeoise, éd., trad., ann. phil. René HOVEN, introd. et ann. hist. Jacques STIENNON, descr. bibl. et notes compl. Pierre-Marie GASON, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2004 ; 1 vol. in-8°, 265 p. (Coll. des Anciens Auteurs belges, in-8°, n.s., 12). ISBN : 2-8031-0206-4. Prix : €27,00. ». Le Moyen Age, 2005/3 Tome CXI, 2005. p.XXXII-XXXII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-3-page-XXXII?lang=fr.

  • JORIS, André,
2005. Jean Chapeaville (1551-1617) et ses amis. Contribution à l’historiographie liégeoise, éd., trad., ann. phil. René HOVEN, introd. et ann. hist. Jacques STIENNON, descr. bibl. et notes compl. Pierre-Marie GASON, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2004 ; 1 vol. in-8°, 265 p. (Coll. des Anciens Auteurs belges, in-8°, n.s., 12). ISBN : 2-8031-0206-4. Prix : €27,00. Le Moyen Age, 2005/3 Tome CXI, p.XXXII-XXXII. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2005-3-page-XXXII?lang=fr.

Notes

  • [1]
    S. BALAU, Les sources de l’histoire de Liège au Moyen Âge. Étude critique, Bruxelles, 1903, p. 514 n. 2 et Jean Chapeaville, p. 14.
  • [2]
    Problème de l’incroyance au XVIe siècle : la religion de Rabelais, Paris, 1942, p. 20,24, etc.
  • [3]
    Ibid.
  • [4]
    Cf. JEAN DE HOCSEM, Chronicon, éd. G. KURTH, Bruxelles, 1927, p. XII et 79.
  • [5]
    Ibid., p. XIII et 119.
  • [6]
    Leodium (Liège/Luik), Series episcoporum ecclesiae catholicae occidentalis, Series V, Germania, t. I, Archiepiscopatus Coloniensis, Stuttgart, 1982, p. 43-83 (-1200).

1 La collection des anciens auteurs belges s’est-elle « enrichie » avec ce nouveau volume ? Il est permis d’en douter. On comprend certes la nostalgie de J. Stiennon, véritable animateur du volume, envers les exercices de textes modernes destinés aux apprentis-historiens des premières années de guerre. On la partage, non sans mélancolie, mais enfin était-il bien nécessaire de reproduire dans une édition dite critique – sans grand risque – et de traduire en français les préfaces pompeuses, redondantes, obséquieuses et peu originales du Qui Gesta […] Leodiensium scripserunt auctores praecipui (1612), dues à la plume du laborieux et sans génie Jean Chapeaville (et non Chapeauville comme le reproche avec quelque agacement le maître d’œuvre à Mgr G. Simenon, pourtant oncle, sauf erreur, de son grand homonyme liégeois dont la renommée en d’autres domaines est peu contestable (p.25 n. 1,243).

2 Ni la carrière très banale de ce vicaire général du puissant Ernest, prince de Bavière et d’Empire, entre autres, archevêque de Cologne et chargé à ce titre de défendre cette place catholique contre le dangereux usurpateur protestant G. Truchsess qui en avait occupé le siège de 1577 à 1583, ni ses préoccupations philologiques conformes à l’enseignement tout récent et fort orienté des jésuites, ni son souhait de lutter contre l’anathème jeté par les redoutables Centuriateurs de Magdebourg sur les vies de saints et les chroniques pleines de miracles, n’autorisent à le mettre en parallèle avec son contemporain – et quasi voisin – Jean Bolland, créateur des Bollandistes et initiateur des Acta Sanctorum, dont l’envergure sur le plan de la méthode et des résultats est incomparable. Il suffira de feuilleter le présent volume, pour glaner réflexions et considérations naïves dont la bonne foi désarme. Il s’agit en fait des premiers balbutiements de la Réforme catholique, fort affairée à rétablir la qualité des écrits d’hommes« sérieux et de bonne foi », desservis malheureusement par « un style “peu” soigné » (p.59) qui en fait des « écrivains barbares », bien que « saint Augustin et saint Jérôme, hommes très éloquents, n’ont pas craint d’aller sciemment à l’encontre de certaines règles grammaticales pour mieux expliquer certains passages de l’Écriture » (p.61). S’il nous a conservé plusieurs auteurs liégeois anciens – et c’est là à coup sûr son grand mérite – le traitement que l’humaniste a infligé à Gilles d’Orval ou à Hocsem n’est certes pas à l’abri des critiques. S. Balau, pourtant « curé de Pepinster », en a émis quelques-unes [1] et, à l’usage, j’ai pu constater qu’elles étaient largement fondées. C’est grâce à lui certes que l’on a conservé quelques textes qui mériteraient une édition moderne, telle la chronique de Raoul de Rivo († 1403), prolongement de celle d’Hocsem pour la fin du XIVe siècle, dont jadis la Commission royale d’Histoire de Belgique avait confié la responsabilité à J.S. Le mérite n’est pas mince.

3 Une troisième partie est composée d’une couronne de poésies latines dues à ce que L. Febvre appelait avec lucidité les « Apollons de collège ». Avec lui, on peut ajouter qu’à Liège aussi, ce « microcosme est mal connu […] » et que « l’ennui de lire tant de laborieuses prosodies […] semble passer de beaucoup le profit ». Parfois lucides, certains d’entre eux avaient conscience de n’avoir produit que des « riens (nugae) [2] ». C’est le cas ici. Suivant toujours L. Febvre [3], « il n’y a point là, en jachère, un chapitre d’histoire de l’esprit humain ». Les notices sur les chroniqueurs dues à Chapeauville sont à vérifier de près. Par exemple, Jean de Hocsem († 20 oct. 1348) n’a pu étudier à Louvain, université fondée en 1425 [4], comme le dit Chapeauville, p.177, ni à Rome comme le croit J.S. (p. 53 n. 43), même s’il rencontre la cour pontificale de Clément V, encore itinérante, à Lyon en 1305 [5].

4 La dernière partie reproduit l’incontournable traité sur l’origine de la Fête-Dieu et sur l’action de sainte Julienne, d’après Chapeaville, dans la traduction simple et fidèle de R. Hoven (p. 191-229). En général, d’ailleurs, celle-ci garde partout un accent très humaniste, attentive au bon latin (arx se traduit par « citadelle » alors que les « châteaux de Huy et Bouillon » sont plus connus sous cette appellation) et rend parfaitement le caractère ampoulé et obséquieux du style. La liste des évêques de Tongres-Liège, bourrée d’erreurs et d’anachronismes, corrigée depuis par J.L. Kupper [6], n’a qu’un intérêt anecdotique, tandis que la description bibliographique de l’édition originale, par P.M. Gason (p. 235), est conduite très consciencieusement. La bibliographie moderne et celle de l’annotation sont réduites au minimum et, de plus, ignorent – volontairement ? – certains auteurs de valeur jugés personae non gratae. Ce qui est fort regrettable dans un livre édité sous les auspices de l’Académie thérésienne.

5 Tout compte fait, et quoi qu’il en coûte, on est bien forcé de conclure que l’on se trouve en présence d’une publication qui, contenant et contenu, témoigne – pour paraphraser une fois de plus L. Febvre, déjà cité – d’une « forme d’histoire qui n’est plus la nôtre ».

6 André JORIS