Samantha KELLY, The New Solomon. Robert of Naples (1309-1343) and Fourteenth-Century Kingship, Leyde-Boston, Brill, 2004; 1 vol. in-8°, XVIII-339 p. (The Medieval Mediterranean. Peoples, Economies and Cultures, 400-1500, 48). ISBN : 90-04-12945-6. Prix : €95,00; USD 128.
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- SHATZMILLER, Joseph,
- Shatzmiller, Joseph.
- Shatzmiller, J.
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1 Robert « le Sage » était le troisième fils de l’angevin Charles II (1285-1304), après Charles Martel, mort en 1245 et Saint Louis d’Anjou, décédé deux ans plus tard. Cependant Charles Martel avait laissé un fils, Carobert, roi de Hongrie, mais qui de longues années durant avait nourri des prétentions sur la couronne de Naples. Avec Robert, le monde politique de la première moitié du XIVe siècle se trouvait une fois de plus devant un acteur majeur dont toutefois la légitimité était mal assurée. De plus, à l’instar des deux fondateurs de la dynastie qui l’avait précédé, il était le seul souverain européen de son temps à être dépendant de la papauté. Par conséquent, sa situation de vassal du pape le ridiculisait aux yeux de ses adversaires. Ses préoccupations spirituelles, son inclination pour la prédication – 266 de ses sermons nous sont parvenus – ont été mal comprises par certains de ses contemporains. Dante notamment l’accusait de médiocrité intellectuelle et de prétention gratuite. D’autres considérèrent sa piété excessive et son soucis des questions religieuses comme autant d’entraves qui l’empêchaient de se consacrer exclusivement aux tâches pour lesquelles il avait été élu, c’est-à-dire diriger et régner.
2 Alors que le grand spécialiste de la question, R. Caggese (en 1922 et 1930) était prêt à souscrire à ces reproches, S. Kelly emprunte un chemin tout en demi-teintes. À son avis, Dante avait des raisons tout à fait personnelles d’être sévère envers Robert. Pétrarque – elle le cite maintes fois – quant à lui n’avait dans son arsenal que des louanges pour ce dernier grand angevin : le « Nouveau Salomon » comme certains de ces contemporains appelaient Robert, avait réussi à attirer à sa cour des artistes et des savants parmi les plus remarquables de son temps. Ainsi le grand maître du Moyen Âge, le peintre Giotto, avait-t-il séjourné quelques années à Naples, bénéficiant du mécénat du monarque. La bibliothèque de Robert qu’il avait méticuleusement constituée au fil des années représentait pour lui un instrument de travail : ses livres l’ont aidé à rédiger ses sermons et traités théologiques et étaient une source de renseignements lorsqu’il recevait des ambassadeurs étrangers.
3 Bien plus : ce que certains considéraient comme de l’immobilisme, de la paresse même, est conçu par S.K. comme le témoignage d’une extrême prudence et de sagesse politique. Robert, selon les documents et l’analyse qu’elle en fait, n’hésita pas à affronter l’autorité dont il relevait – le redoutable pape Jean XXII – lorsque celui s’attaqua aux franciscains rigoureux (« spirituels ») ou après qu’il eut publié sa théorie étrange – disputée et rejetée par presque tous les théologiens – sur la « vision béatifique ». Champion des Guelfes, notre monarque angevin avait su collaborer avec les Gibelins de plusieurs villes de la péninsule, tant et si bien qu’il était sollicité pour se présenter comme unificateur de l’Italie. Ses relations avec l’Empire germanique étaient plus nuancées que l’on imaginait. Il est vrai qu’Henri VII, une fois élu empereur, était descendu en Italie pour affronter militairement le protégé du pape. Mais il est également vrai que Robert était prêt, peu de temps auparavant, à négocier un mariage – qui s’inscrivait dans une politique à long terme – avec la maison de Luxembourg, projet qu’il a réalisé par la suite avec les Habsbourg. Loin donc d’être un naïf, le « Nouveau Salomon » de S.K. apparaît comme l’incarnation du célèbre Augustus, se donnant pour mission de garder et de nourrir une « Paix angevine » en Italie et ailleurs. Ceci explique non seulement l’admiration exprimée durant sa vie, mais aussi le mythe du roi philosophe qui a charmé les cours européennes au long des siècles qui ont suivi sa mort, même si son royaume à la suite de sa disparition est tombé dans un état d’anarchie navrante.
4 Joseph SHATZMILLER