Comunità forestiere e nationes nell’Europa dei secoli XIII-XVI, sous la dir. de Giovanna PETTI BALBI, Naples, Liguori Editore, 2001 ; 1 vol. in-8°, XXIII-373 p. (Quaderni di Europa Mediterranea, 19). ISBN : 88-207-3249-1. Prix : € 30,00.
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- BRAUNSTEIN, Philippe,
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- Braunstein, P.
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1 Le titre du recueil indique la diversité des situations que l’examen des sources (privilèges, statuts, actes notariés) fait apparaître lorsqu’on s’interroge sur la présence, le rôle, l’intégration d’étrangers dans les communautés urbaines de l’Europe à la fin du Moyen Âge et au début des Temps modernes.
2 Évitant de s’enferrer, à propos du terme « nation », sur le débat touchant à l’origine des mouvements identitaires, le volume, dès la mise au point introductive de G. Petti Balbi, tente avec bonheur de replacer la création de groupements d’étrangers, parfois numériquement modestes, dans la nébuleuse des mouvements de circulation et d’installation dans une ville ou une région considérée. Comme le montrent plusieurs contributions, certains étrangers préfèrent exercer leur liberté en obtenant les mêmes droits que les nationaux, alors que d’autres, plus ou moins contraints d’accepter les conditions d’installation et de contrôle qui leur sont faites, revendiquent un statut privilégié et tentent de jouer de leur présence en plusieurs lieux à la fois.
3 Les étudiants sont naturellement représentés dans ce volume, les Universités devant leur naissance à la conjonction d’intérêt entre l’Église universelle et les pouvoirs politiques : la tension s’impose entre une vision internationale de l’apprentissage intellectuel et le souci de regroupement selon les origines, la langue et les filières de recrutement aux plus hautes dignités ecclésiastiques et politiques. Hors de ce cas exemplaire, l’accent est mis sur le monde marchand, plusieurs A. soulignant le fait que les groupes qui se constituent le font à des niveaux différents de l’entreprise. Certaines migrations marchandes ont de toute évidence appui sur des artisans et des techniciens de même origine : cela a été mis en évidence pour les communautés allemandes à l’étranger, qui comportent des négociants et les représentants de grandes firmes, mais aussi dans certains secteurs de l’économie, comme le textile à Florence, à Vérone et à Vicence, un grand nombre d’ouvriers.
4 Le thème de l’homme d’affaires qui monnaie sa présence mais dont le destin personnel est suspendu au bon vouloir du prince, est largement représenté. C’est le cas précaire des Occidentaux en Égypte au XVe siècle, celui, beaucoup plus assuré, des bailes vénitiens et podestats génois à Constantinople ; à Paris, parmi les Lombards qui paient la taille à la fin du XIIIe siècle, on trouve à la fois des artisans et de puissantes sociétés ; certains personnages, comme Biche et Mouche, ont probablement contribué à définir la politique monétaire du roi Philippe IV. En Savoie, des membres de familles « lombardes » entrent au service de l’administration princière, et on connaît depuis longtemps le rôle des Toscans installés en Flandre comme prêteurs et marchands-banquiers du comte, ou en Angleterre, comme investisseurs et créanciers du roi. Moins connus que Tommaso Portinari ou Antonio Pessagno, des marchands génois, mais aussi des patrons de navires des Rivières génoises installés dans les villes de Provence obtiennent la création de consulats de plus en plus patrimonialisés ; des Lombards sont considérés à Fribourg en Suisse commecomburgenses; les Allemands à Milan tentent en vain d’obtenir l’équivalent du Fondaco vénitien, et établissent avec le souverain des liens personnels fondés sur des lettres de familiarité. Enfin, la compagnie des faquins bergamasques a réussi à se faire réserver l’exclusivité du transport des marchandises et de la surveillance des magasins dans le port de Gênes. La capitale ligure est bien servie dans ce volume, dont la dernière partie regroupe des contributions relatives à Gênes, « dedans et dehors ». À chacun des articles qui composent l’ensemble est rattachée, à la fin du livre, une bibliographie complète. Le voyage effectué avec les A. à travers l’Europe met parfaitement en lumière l’extrême diversité de la présence étrangère dans les villes, grandes et petites, et offre un paysage contrasté sur les choix individuels et collectifs de l’expatriation : l’attachement à ses origines se traduit par la référence linguistique, symbolique, religieuse ou politique, mais comporte d’indispensables concessions aux règles juridiques et à la vie sociale des lieux d’accueil.
5 Philippe BRAUNSTEIN