Jacques FONTAINE, Isidore de Séville. Genèse et originalité de la culture hispanique au temps des Wisigoths, Turnhout, Brepols, 2000 ; 1 vol. in-8°, 486 p, fig. (Témoins de notre temps, 8). ISBN : 2-503-50955X. Prix : € 32,00.
- Par Jean Meyers
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1 Au terme d’un demi-siècle de recherches fécondes, J.F. nous donne un ouvrage d’ensemble sur Isidore de Séville et son temps, la première synthèse, en langue française, depuis le petit livre, aujourd’hui complètement dépassé, que J.C.E. Bourret avait publié sur le même sujet en 1855. J.F. indique, dans ses remerciements, qu’il a écrit son ouvrage d’abord pour ses collègues, collaborateurs et amis qui ont suivi et encouragé ses travaux sur Isidore. Pourtant son livre, en dépit de la somme de recherches et d’érudition sur laquelle il repose, n’est pas qu’un ouvrage pour spécialistes ; il est conçu comme une initiation « sérieuse mais lisible, délibérément dépouillée de tout appareil scientifique d’annotations », dans laquelle les citations d’Isidore sont presque toujours données en traduction française. Le sous-titre du livre indique clairement la double orientation : l’A. veut éclairer la personnalité d’Isidore et ses diverses œuvres, dans l’espace et dans le temps, pour mieux en percevoir l’originalité propre. Dix-neuf chapitres, répartis en quatre grandes parties allant de l’amont vers l’aval et de l’extérieur vers l’intérieur, poursuivent ce but. La première partie (L’espace et le temps de l’Espagne du Sud) rappelle les civilisations et les conquêtes qui ont préparé, dans la péninsule, le destin hispanique, toile de fond sur laquelle se détache la figure d’Isidore, héritier de ce long et riche passé. La deuxième partie (Une vie mouvementée et bien remplie) montre que ce passé a fructifié à la faveur d’une conjoncture tourmentée coïncidant à peu près exactement avec la vie du Sévillan, marquée par un drame familial de dépossession et d’exil forcé et par la disparition prématurée de ses parents. Dans la troisième partie (Diversité et unité d’une œuvre originale), l’A. présente les œuvres d’Isidore en les regoupant sous les cinq grands thèmes (grammaire, exégèse, devoirs et fonctions du chrétien, histoire et spiritualité) qui reflètent l’homogénéité et la constance des orientations majeures du Sévillan et en tenant compte des principaux genres littéraires auxquels elles appartiennent. Ce chapitre a ainsi pour mérite de ne pas « écraser la nébuleuse fragile des petits traités sous la masse imposante des vingt livres des Étymologies » et de faire bien voir qu’Isidore, à son époque, est loin de n’être qu’un auteur de dictionnaire étymologique (ce à quoi on l’a souvent réduit par la suite). Enfin, la quatrième et dernière partie (Catégories et valeurs de la pensée isidorienne) tente de montrer que toutes les œuvres d’Isidore sont traversées par un ensemble d’idées, de méthodes et de formes qui constituent les structures d’une pensée cohérente. L’A. y éclaire notamment les conceptions isidoriennes du temps, ainsi que les méthodes de la compilation, conçue comme un certain art d’écrire. Il y montre enfin les valeurs d’une nouvelle hispanité, fruit du métissage politique, social et culturel entre Hispano-romains et Wisigoths. L’épilogue explore la réception et la survie d’Isidore dans l’Europe médiévale, un domaine encore plein de terre incognitae, qui attendent des défricheurs que ce livre, selon les vœux de l’A., voudrait mieux inciter au travail.
2 Avec cette synthèse, J.F. nous offre un grand et beau livre, richement illustré, ce qui lui permet d’évoquer aussi par l’image (des images longuement et savamment commentées comme sait si bien le faire l’A.), les formes plastiques de l’Espagne chrétienne et wisigothique. À la fin de son introduction (p. 16), J.F. se demande si au terme d’un demi-siècle d’analyses, on lui pardonnera « d’avoir osé quelques pages de synthèse ». Non seulement on lui pardonnera, mais on le félicitera d’avoir donné sur Isidore et son temps un livre qui restera sans doute pendant longtemps un grand livre de référence et un modèle pour tant d’autres synthèses dont rêvent les spécialistes du haut Moyen Âge.
3 Jean MEYERS