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Compte rendu

André BONNERY, Mireille MENTRÉ, Guylène HIDRIO, Jérusalem, symboles et représentations dans l’Occident médiéval, Paris, Éd. Jacques Grancher, 1998 ; 1 vol. in-8o, 322 p. (Mémoires des bâtisseurs).

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  • Paul, J.
(2003). André BONNERY, Mireille MENTRÉ, Guylène HIDRIO, Jérusalem, symboles et représentations dans l’Occident médiéval, Paris, Éd. Jacques Grancher, 1998 ; 1 vol. in-8o, 322 p. (Mémoires des bâtisseurs). Le Moyen Age, Tome CIX(3), XLIV-XLIV. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-3-page-XLIV?lang=fr.

  • Paul, Jacques.
« André BONNERY, Mireille MENTRÉ, Guylène HIDRIO, Jérusalem, symboles et représentations dans l’Occident médiéval, Paris, Éd. Jacques Grancher, 1998 ; 1 vol. in-8o, 322 p. (Mémoires des bâtisseurs). ». Le Moyen Age, 2003/3-4 Tome CIX, 2003. p.XLIV-XLIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-3-page-XLIV?lang=fr.

  • PAUL, Jacques,
2003. André BONNERY, Mireille MENTRÉ, Guylène HIDRIO, Jérusalem, symboles et représentations dans l’Occident médiéval, Paris, Éd. Jacques Grancher, 1998 ; 1 vol. in-8o, 322 p. (Mémoires des bâtisseurs). Le Moyen Age, 2003/3-4 Tome CIX, p.XLIV-XLIV. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-3-page-XLIV?lang=fr.

1 Un livre bien conçu et bien écrit est un plaisir assez rare surtout lorsqu’il aborde un thème susceptible de larges échos. On est bien dans ce cas cette fois. L’intention des A. est évidente : faire un inventaire réfléchi des traces laissées par Jérusalem dans les œuvres des lettrés et des artistes du Moyen Âge. C’est simple et c’est essentiel. Un tel programme se révèle à la fois riche et très complexe. Jérusalem est une ville réelle à laquelle pèlerins et croisés ont accès. Ils peuvent la décrire et ce n’est pas simplement travail de l’imagination. Elle renferme les lieux les plus sacrés du christianisme, objets permanents de dévotion dans toute l’Église. Elle a également une signification majeure pour les autres grandes religions monothéistes. C’est aussi une ville symbolique sur laquelle la réflexion ne cesse jamais, puisque l’Au-delà est une Jérusalem céleste. S’il faut admettre que tous ces aspects sont liés, le programme est immense.

2 Les A. commencent par le concret. Ils suivent l’évolution de la ville, de sa topographie et de son cadre monumental, du début de notre ère jusqu’à la fin de la domination latine sur la ville, dans la première moitié du XIIIe siècle. Ce préalable n’entend pas faire de révélation, mais offrir une mise au point indispensable à la compréhension de tout ce qui suit. Ces pages, illustrées par quatre plans, sont à la fois claires, précises et fort bien venues. Le lecteur s’y réfère sans cesse tout au long de sa lecture.

3 La deuxième partie a encore un caractère très concret, puisqu’il s’agit du témoignage d’un certain nombre de visiteurs. La compréhension de ces textes, fort bien traduits au demeurant, exige déjà un commentaire historique minutieux sous peine d’en perdre le sens. Égérie qui fait une description de la liturgie de la Semaine sainte, la situe de fait dans un cadre urbain bien défini qui est un certain état de la ville, Arculfe, évêque gaulois qui a effectué un voyage vers 680, laisse par l’intermédiaire de l’abbé Adamnanus d’Iona une description remarquable illustrée par quelques dessins qui s’avèrent de première importance pour la compréhension de la topographie du saint Sépulcre. Ils sont reproduits plus loin dans ce volume. Le récit d’Ernoul est un compte rendu de voyageur, précis à souhait, sur l’état de Jérusalem au début du XIIIe siècle. Les A. de l’ouvrage, prenant en compte le caractère pluri~confessionnel de la ville, donnent également la traduction de quatre textes, deux de visiteurs juifs et deux de pèlerins musulmans. Moins connus que les précédents, ils apportent un autre éclairage et font percevoir des situations humaines difficiles, sinon dramatiques. Tous ces témoignages ont un intérêt historique, mais ce n’est peut être pas l’essentiel. Ils n’ont pas été sélectionnés pour des raisons anecdotiques, mais parce qu’ils donnent des murailles, des rues, des monuments et des différents lieux sacrés, une description assez précise pour être datée. Le dessein est ici de nourrir l’histoire de la ville par une connaissance exacte, période après période, de l’état des monuments et de la topographie.

4 La troisième partie entraîne du côté des représentations, puis de l’imaginaire. Il est d’abord question de plans et de figurations. De nombreux dessins et diverses reproductions viennent appuyer les propos. Cette abondante illustration est capitale car elle fait saisir, par une vue directe très convaincante, que les récits reposent sur des réalités, quelles que soient les déformations. On ne saurait trop insister sur l’importance des travaux exécutés sur le tombeau du Christ à l’époque de l’empereur Constantin. Ils donnent naissance à un édicule qui devient le signe symbolique de Jérusalem et de la résurrection du Christ. Il apparaît sous différentes formes dans de nombreuses œuvres figurées occidentales longuement étudiées. Bref, les pages consacrées aux différentes représentations du tombeau de Jésus seront utiles à tous ceux qui s’intéressent à l’iconographie médiévale.

5 Cette troisième partie traite encore de l’imitation de l’ensemble monumental édifié autour du Golgotha dans l’architecture occidentale. Reproduire les monuments les plus saints de Jérusalem donne un cadre particulièrement évocateur à la liturgie de la Semaine sainte. Les A. étudient Santo Stefano de Bologne, Saint-Riquier, Saint-Michel de Cuxa et de bien d’autres constructions. Ce thème, déjà connu, est ici traité dans son ensemble. On retiendra également les quelques pages consacrées aux reproductions de l’édicule contenant de saint Sépulcre. Celui de Narbonne est particulièrement évocateur.

6 La quatrième partie intitulée Événements et espérances liés à Jérusalem lie le passé de la ville aux entreprises médiévales. Surévaluer Jérusalem comme lieu parce que Jésus-Christ y est mort et ressuscité suppose la rencontre d’une foi religieuse, universelle en elle-même et donc peu localisée, avec une certaine conscience topographique et archéologique. Alors que les liturgies à travers les symboles réduisent le lieu d’origine à un espace simplement évoqué, le pèlerinage y conduit concrètement alors qu’il n’a pas de valeur sacramentelle. Il y a là un paradoxe surprenant qui est à l’origine de bien des essais d’adaptation. C’est aussi le principe d’un désengagement militaire et religieux qui n’a jamais été intellectuellement admis.

7 La fin des temps et la Jérusalem céleste introduisent en permanence un élément de réflexion et de sensibilité attachée à l’avenir. À ce titre la ville concrète ne peut être traitée comme aucune autre. Même lorsqu’elle est sous domination musulmane elle nourrit l’imagination des chrétiens parce qu’elle permet d’évoquer d’autres cieux.

8 Jacques PAUL