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Compte rendu

Medieval Frontiers : Concepts and Practices, ed. David ABULAFIA et Nora BEREND, Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol., 308 p. ISBN : 0754605221. Prix : GBP 47,50. Identitad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XV), éd. Carlos DE AYALA MARTINEZ et Philippe JOSSERAND, Madrid, Casa de Velásquez, 2001 ; 1 vol., X-341 p. (Coll. de la Casa de Velazquez, 75).

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  • Richard, J.
(2003). Medieval Frontiers : Concepts and Practices, ed. David ABULAFIA et Nora BEREND, Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol., 308 p. ISBN : 0754605221. Prix : GBP 47,50. Identitad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XV), éd. Carlos DE AYALA MARTINEZ et Philippe JOSSERAND, Madrid, Casa de Velásquez, 2001 ; 1 vol., X-341 p. (Coll. de la Casa de Velazquez, 75). Le Moyen Age, Tome CIX(3), XIII-XIII. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-3-page-XIII?lang=fr.

  • Richard, Jean.
« Medieval Frontiers : Concepts and Practices, ed. David ABULAFIA et Nora BEREND, Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol., 308 p. ISBN : 0754605221. Prix : GBP 47,50. Identitad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XV), éd. Carlos DE AYALA MARTINEZ et Philippe JOSSERAND, Madrid, Casa de Velásquez, 2001 ; 1 vol., X-341 p. (Coll. de la Casa de Velazquez, 75). ». Le Moyen Age, 2003/3-4 Tome CIX, 2003. p.XIII-XIII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-3-page-XIII?lang=fr.

  • RICHARD, Jean,
2003. Medieval Frontiers : Concepts and Practices, ed. David ABULAFIA et Nora BEREND, Aldershot, Ashgate, 2002 ; 1 vol., 308 p. ISBN : 0754605221. Prix : GBP 47,50. Identitad y representación de la frontera en la España medieval (siglos XI-XV), éd. Carlos DE AYALA MARTINEZ et Philippe JOSSERAND, Madrid, Casa de Velásquez, 2001 ; 1 vol., X-341 p. (Coll. de la Casa de Velazquez, 75). Le Moyen Age, 2003/3-4 Tome CIX, p.XIII-XIII. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2003-3-page-XIII?lang=fr.

1 Le mot de « frontière », qui a fourni te thème de deux colloques tenus en 1998, l’un à Cambridge, l’autre à Madrid, réunissant respectivement 13 et 14 communicants, recouvre des réalités très diverses ; c’est ce que soulignent les deux introductions dues l’une à D. Abulafia (qui parle de « sept types d’ambiguïtés »), l’autre à P. Toubert.

2 Celui de Cambridge s’est attaché à montrer toute la diversité des problèmes. Nous voyons comment le passage d’un chef musulman au service d’un roi chrétien d’Espagne ne choque pas les hommes du IXe siècle ; deux siècles plus tard, l’historiographie atteste que la notion de « guerre sainte » s’est durcie. L’empire byzantin a supporté les amputations territoriales que lui infligeaient Slaves et Arabes dès lors que les symboles de l’autorité impériale n’étaient pas contestés et, lorsque reprit son expansion, il s’est accommodé d’accords de voisinage exprimant une soumission formelle, sans entretenir un réseau rigide de forteresses, et en laissant souvent l’initiative aux chefs militaires. Dans le royaume latin de Jérusalem, fidélités et obligations ne se recouvrent pas toujours, et la coexistence est de règle. Nous doutons ici que l’expression rex Jerusalem Latinorum traduise une « identité ethnique » : pour nous il s’agit plutôt de distinguer la lignée des rois latins de la royauté davidique. Le mot italianisé tuazo n’est pas d’origine arabe : c’est le français « tuage », redevance due pour l’abattage des bêtes. Et, s’il n’y a pas de mention de qadi en terre franque, les attributions judiciaires de celui-ci n’étaient-elles pas exercées à Tyr par le « raïs des Sarrasins ». À Chypre, les Latins (et les Syriens) paraissent privilégiés par rapport aux Grecs ; ceci tient sans doute à leur statut coutumier. À Caffa, face à un empire mongol qui n’est peut-être pas un « inorganic world », nous voyons une ville génoise, mais qui admet des formes intermédiaires. Au Danemark, malgré l’historien Saxo qui les regardait comme des païens, objet d’une guerre totale, les Wendes entrent dans la population du royaume. Face aux Lithuaniens qui résistent à la christianisation, leurs voisins chrétiens sont portés à admettre les pouvoirs des dieux païens. En Mazovie, on rencontre au XVIe siècle une campagne de définition des limites des terroirs imposée par la royauté polonaise. Le roi Bela IV de Hongrie écrit au pape, en 1250, que si on ne lui accorde pas certaines concessions, son royaume pourra cesser de se faire le rempart de la chrétienté face aux Mongols. On cherche même à traduire en termes de « frontière » les oppositions qui se manifestent dans les Îles britanniques face à la réforme ecclésiastique des XIIe et XIIIe siècles… Et la découverte des peuples primitifs des îles Canaries amène Boccace et Pétrarque à chercher comment ils se situent au regard de l’humanité : pour le premier, ils vivent en état d’innocence, pour le second, ils sont proches de l’animalité.

3 En face de cette diversité d’horizons et de points de vue, le colloque madrilène apparaît comme beaucoup plus centré sur l’espace ibérique, et le problème de la « frontière » y concerne avant tout ce qu’on appelle depuis 1059 la frontera de Moros. Il n’en aborde pas moins des questions très variées. D’abord l’évolution même de la notion de frontière : terre de marche, zone militaire pour chrétiens et musulmans, et assez perméable, se prêtant à la conclusion d’alliances entre les uns et les autres, elle devient plus linéaire, se hérisse de fortifications qui servent d’appui à des concessions féodales. Les royaumes chrétiens finissent par définir une certaine unité d’action, assez tardive dans le cas de la Navarre. La réaction musulmane qui commence avec Al-Mansûr a favorisé la naissance d’un climat d’hostilité permanent. Mais la nouvelle définition de la frontière s’accompagne d’une « población » dans la conception de laquelle s’insère un élevage extensif et transhumant. Les ordres religieux militaires, qui se sont très tôt dégagés de leur implication en Terre sainte qui était assez générale à l’origine, deviennent des instruments de la politique royale et contribuent à la mise en valeur des terres reconquises. Il n’est pas jusqu’à un prélat, capturé par les Maures de Grenade et qui composa un traité pour fournir des arguments à ses coreligionnaires captifs exposés au prosélytisme musulman, qui, en rassemblant tout un arsenal aux éléments souvent contestables, ne nous apprenne que sa fréquentation des Sarrasins ne l’a pas disposé à entrer dans les voies d’une amicale controverse… Ainsi c’est tout un ensemble de perspectives fort variées, dans un cadre plus limité que celui qu’envisageait le colloque cantabrigien, qui vient enrichir lui aussi l’étude des diverses données qui se laissent englober dans le concept de « frontière ».

4 Jean RICHARD