Pierre DE BLOIS, Tractatus duo : Passio Reginaldi principis Antiochie ; Conquestio de dilatione vie Ierosolimitane , éd. R.B.C. HUYGENS, Turnhout, Brepols, 2002 ; 1 vol. in-8o, 133 p. (Corpus christianorum. Continuatio mediaevalis, 194).
- Par Jean Richard
Page XLV
Citer cet article
- RICHARD, Jean,
- Richard, Jean.
- Richard, J.
Citer cet article
- Richard, J.
- Richard, Jean.
- RICHARD, Jean,
1 Au moment de la Troisième Croisade, Pierre de Blois, qu’on disait un « excellent théologien » a écrit deux œuvres qui peuvent rentrer dans la catégorie des excitatorie. R.B.C.H. a réalisé une édition critique sans défaut de la Passion de Renaud, prince d’Antioche et de la Plainte sur le retard de la croisade, deux textes qui se placent parmi les sources de l’histoire de cette expédition. La Conquestio, primitivement écrite à l’intention d’Henri II Plantagenêt, fait état de la prise de croix de Frédéric Barberousse et de Philippe Auguste et expose, avec une débauche d’érudition, les raisons qui militent pour un prochain départ. La Passio, écrite à Acre, exalte la figure du prince Renaud de Châtillon, mis à mort pour sa foi, modèle pour les croisés. Les thèmes de la rhétorique y abondent, mais le texte apporte des précisions que Pierre tenait de ses informateurs, un Lusignan, les Templiers et les Hospitaliers, et que les historiens du prince d’Antioche devenu sire d’Outre-Jourdain n’ont pas toujours retenues. Ainsi pour les origines familiales de celui qu’on a parfois regardé comme un aventurier sans fortune : Pierre rappelle qu’issu d’une grande lignée (celle des Donzy), il avait des droits sur Semur-en-Brionnais, Bourbon-Lancy et Châtillon-sur-Loing et que le duc de Bourgogne aurait même envisagé de lui donner sa fille, si Renaud n’avait pas tenu à partir en Terre Sainte. À propos de sa mise à mort par Saladin, chroniqueurs chrétiens et musulmans font état de la haine que lui portait ce dernier qui tenait à assouvir sa vengeance en le mettant à mort. Pierre nous révèle que le prince musulman lui avait d’abord offert sa liberté en échange de l’abandon de ses forteresses de Transjordanie et que Renaud s’y refusa ; or nous savons que Saladin procéda de même à propos de tel de ses autres captifs et notamment de son beau-fils Onfroi, du sire de Gibelet et d’autres. C’est seulement sur son refus d’accepter un rachat au prix de la livraison des forteresses de la chrétienté (à quoi les seigneurs francs s’étaient jusque-là toujours refusé) que Saladin le mit en demeure d’opter entre la mort et le reniement, ce qui modifie quelque peu les données des historiens. Pierre de Blois nous a donc donné non seulement un beau morceau d’éloquence nourrie d’une forte culture théologique, mais une source d’information non négligeable.
2 Jean RICHARD