A Companion to the Anglo-Norman world, éd. Christopher HARPER-BILL et Elisabeth VAN HOUTS, Woodbridge, Boydell, 2003 ; 1 vol., IX-298 p. Prix : GBP 40.
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- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
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- Lachaud, Frédérique.
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1 Le titre un peu trompeur de cet ouvrage recouvre une dizaine de mises au point, par des spécialistes de la question, sur l’Angleterre et la Normandie aux XIe et XIIe siècles. L’originalité de l’ouvrage est d’envisager dans le même cadre les développements insulaires et l’évolution de la Normandie, et d’élargir le débat aux rapports avec la Scandinavie ou à la présence normande en Méditerranée, sans pour autant tomber dans le piège d’une prétendue « supériorité normande ». Certains auteurs ont choisi de s’arrêter en 1154, d’autres sont allés jusqu’au début du règne de Jean sans Terre voire jusqu’en 1204, ce qui ôte un peu de sa cohérence à l’ouvrage et fait souhaiter la présence de considérations plus étendues, pour la période postérieure à 1154, sur les autres territoires angevins. On peut également regretter que les É. aient choisi de laisser de côté les contacts avec les autres régions des îles britanniques ou encore le domaine de l’histoire sociale – à moins que l’on ne choisisse de faire rentrer dans ce cadre l’article de M. Chibnall, déjà paru en 1999, sur la seigneurie et la féodalité : l’histoire urbaine et d’autres secteurs comme l’histoire de la culture matérielle sont ainsi délibérément ignorés. En dépit de ces quelques réserves, ce companion pourra rendre d’immenses services au spécialiste comme au non-spécialiste des régions sous influence normande aux XIe et XIIe siècles, qui doivent faire face à une production historiographique exponentielle dans ce domaine. La première partie de l’ouvrage comprend plusieurs contributions qui fournissent un cadre chronologique en même temps qu’une mise au point sur l’historiographie des développements politiques. A. Williams offre une étude classique de l’évolution politique de l’Angleterre au XIe siècle, mais s’interroge aussi sur l’historiographie récente des causes de la défaite anglaise de 1066 : tout en faisant une place aux avancées administratives du gouvernement anglo-saxon, et à la thématique de l’« État » anglo-saxon, elle rappelle le déséquilibre des pouvoirs introduit par la montée en puissance des Godwine, devenus plus riches et plus puissants que la dynastie royale, et le fait que ce fut, paradoxalement, leur accession au trône qui put faciliter la mainmise des Normands sur le royaume. Les rapports entre la Scandinavie, l’Angleterre et la Normandie sont étudiés par L. Abrams, qui précise que les sources, plus abondantes à partir du début du XIe siècle, nous permettent de voir que si la Normandie continuait à faire partie, à certains égards, du monde scandinave, c’était avant tout par le biais des influences insulaires. La menace hégémonique présentée par Cnut contribua à détériorer les sentiments amicaux des Normands pour leurs cousins scandinaves, tout comme l’enjeu que représentait l’Angleterre, avec pour conséquence des tensions croissantes entre les Norvégiens, les Danois et les Normands. L’évolution politique de la Normandie fait l’objet de deux contributions. C. Potts et D. Power mettent en valeur l’unité en fait relative du duché, avant comme après la mainmise des Angevins sur la Normandie en 1144 : les lignes de fracture nombreuses, en particulier dans les régions frontalières, et une identité et un pouvoir normands plus incertains que ce que la terminologie laisserait penser, contribuent largement à rendre compte de la perte de la Normandie par les Angevins. Mais la période angevine fut importante pour le renforcement des structures administratives de la Normandie, sur le modèle de celles qui existaient en Angleterre, lesquelles contribuèrent ensuite à donner à cette région son originalité au sein du royaume de France.
2 La seconde partie du volume est composée d’une série de tableaux sur la question linguistique et la production littéraire, l’écriture de l’histoire, l’architecture ecclésiastique, l’administration et le gouvernement, et l’Église anglo-normande. I. Short confirme l’importance de la Conquête comme point tournant sur le plan culturel et le terrain favorable que constituait un milieu multilingue et multiculturel pour la production littéraire. L’article d’E. Mason est une présentation chronologique, depuis les travaux de J. Le Patourel, des développements historiographiques sur l’évolution administrative de l’Angleterre et de la Normandie : étant donné la complexité de la question, ce choix, qui peut à première vue déconcerter, s’avère en fait d’une lecture pratique. L’élégante et riche étude de Chr. Harper-Bill sur l’Église anglaise s’intéresse à l’évolution des structures ecclésiastiques depuis le Xe siècle – période des grandes réformes à la suite des destructions opérées par les Scandinaves – jusqu’à la fin du règne d’Étienne, et souligne en particulier les modalités de l’introduction des idées réformatrices en Angleterre. La contribution de R. Plant dépasse presque le cadre de l’ouvrage : il s’agit d’une importante synthèse sur l’évolution de l’architecture en Angleterre et en Normandie depuis le début du XIe siècle et la coexistence des deux côtés de la Manche de traditions architecturales tout à fait opposées, reflet de modes de patronage et de pratiques liturgiques différentes, jusqu’à la fin du XIIe siècle, qui vit l’adaptation des solutions architecturales gothiques dans les édifices insulaires dans un esprit « national ». L’étude la plus stimulante du volume est peut-être, cependant, celle d’E. Van Houts sur l’écriture de l’histoire en Angleterre et en Normandie : une succession d’excellentes analyses sur les principaux ouvrages historiques de la période met en valeur les ressorts de l’écriture de l’histoire, et en particulier le besoin de préserver une tradition ancienne et des droits menacés, en particulier en milieu monastique, ou au contraire de justifier les entreprises de conquête.
3 Frédérique LACHAUD