Les fortifications dans les domaines Plantagenêt, XIIe-XIVe siècles. Actes du Colloque international tenu à Poitiers du 11 au 13 novembre 1994, sous la dir. de Marie-Pierre BAUDRY, Poitiers, Centres d’Études Supérieures de Civilisation Médiévale, 2000 ; 1 vol. in-4°, 138 p. et pl. (Civilisation Médiévale, 10). ISBN : 2-9514506-3-X. Prix : FRF 220.
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- LACHAUD, Frédérique,
- Lachaud, Frédérique.
- Lachaud, F.
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1 Peut-on parler d’une architecture militaire « Plantagenêt », comme certains parlent d’une architecture « philippienne » ? Cette question fut au cœur du colloque qui se tint à Poitiers en 1994, dont les actes viennent seulement d’être publiés. Le volume rassemble neuf communications, et des comptes rendus de travaux en cours viennent compléter l’ensemble. Une étude introductive d’A. Debord rappelle les conditions – très contrastées selon que l’on se trouve en Normandie, en Anjou, ou en Aquitaine – de la politique de fortification dans les terres relevant de la dynastie, mais postule un début de territorialisation du pouvoir dans ses principautés. Haut lieu de la présence anglo-angevine en Normandie, Château-Gaillard relève en fait, comme le montre Chr. Corvisier, de l’apparat plutôt que des nécessités de la défense : le mythe qui s’est construit autour de la forteresse de Richard Cœur de Lion est habilement démonté par la mise en valeur de l’influence des contraintes du site sur le plan adopté, et du caractère expérimental, voire insolite ou incohérent, de certains éléments de la fortification. M.P. Baudry montre par contre que le château de Niort, étroitement associé au port, fut marqué davantage par sa fonction de défense et d’entrepôt que par celle de résidence. Quelques caractéristiques architecturales, ainsi les mâchicoulis sur arcs et les archères, tout comme la qualité de la construction et les moyens financiers consentis, permettent d’associer directement, pour l’auteur, la construction du château au patronage de la famille angevine, les tours jumelles du donjon étant même peut-être la transcription architecturale de la co-souveraineté de Henri II et de Richard comte de Poitou. Dans son étude des vestiges des fortifications de Poitiers, Ph. Durand propose de dater l’enceinte du règne de Henri II, peut-être avant les années 1170-1180, le château ayant sans doute été élevé plus tard par Philippe Auguste : Poitiers serait ainsi un des premiers exemples de l’architecture militaire angevine en Aquitaine. Finalement, l’étude de B. Le Cain sur les fortifications de Harfleur au début du XVe siècle vient rappeler l’importance de l’investissement anglais – dans le cas de Harfleur, la tour Perdue, et l’adaptation des fortifications à l’arme à feu – dans les ouvrages normands pendant la période d’occupation des Lancastre. J. Miquel, dans sa communication sur l’armement des châteaux dans la Gascogne anglaise entre 1250 et 1325, apporte un contrepoint utile : c’est aussi, sinon davantage, la force en hommes et la qualité des combattants qui font la supériorité d’une fortification.
2 Deux communications portent sur l’espace des îles Britanniques. D. Renn examine les constructions royales en Angleterre du début du règne d’Étienne à la mort de Jean sans Terre. L’intervention de Henri II se caractérisa par la limitation des constructions baronniales, par le renforcement de constructions en place (quatre-vingt-dix châteaux royaux, dont Londres et Douvres, bénéficièrent, à un moment ou à un autre, de campagnes de travaux), et par la construction sur plusieurs sites de donjons rectangulaires et dans quelques cas polygonaux, la seule construction entièrement nouvelle étant le château d’Orford (Suffolk). L’archaïsme de la construction est un trait dominant de la période angevine en Angleterre, ce qui contraste avec les innovations perçues par les historiens des fortifications angevines dans l’espace français : ainsi, ce ne fut qu’après 1200 que l’archère devint commune dans les constructions militaires anglaises. T.E. McNeill examine les limites du pouvoir Plantagenêt en Irlande, et ce à plus d’un titre, puisque les rois d’Angleterre cédèrent le pas, dans la politique de construction, aux grands nobles sur cette terre périphérique : les seules constructions royales anglaises importantes sont dues à l’initiative de Jean sans Terre, qui construisit Dublin et fit agrandir Carrickfergus, lançant également une campagne de travaux, mais sans pouvoir la terminer, à Limerick. L’introduction au volume par J. Mesqui et son étude sur les tours à archères tentent de dégager les « aspects identitaires », des réalisations des Plantagenêt, expression du pragmatisme, de la coutume et de l’usage, de la reconnaissance des caractères locaux, et Ph. Durand postule dans la conclusion « une recherche d’identité à travers l’architecture castrale ». La lecture des différentes communications oblige à reconnaître l’importance de la défense active des constructions édifiées dans l’espace français sous le patronage des Plantagenêt. Mais il est dommage peut-être que les séries financières disponibles pour l’Angleterre ne le soient pas au même degré pour les terres françaises de la dynastie angevine, dans la mesure où elles auraient permis de recourir à d’autres modèles d’explication, comme les modes de recrutement des maçons ou la circulation des techniques et des styles d’un chantier à l’autre.
Frédérique LACHAUD