Laura BALLETTO, Liber Officii provisionis Romanie (Genove, 1424-1428), Gênes, Glauco Brigati, 2001 ; 1 vol. in-8o, LXXVI-515 p. (Università degli Studi di Genova, sede di Acqui Terme, collana di Fonti e Studi, 6).
- Par Pierre Racine
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1 La richesse des Archives gênoises est bien connue des chercheurs qui se consacrent non seulement à l’histoire de l’Italie médiévale, mais surtout à l’histoire méditerranéenne. Il n’est malheureusement pas possible de tout éditer, mais à tout le moins, de temps à autre, surgit de la pénombre un document précieux pour qui se dédie à l’histoire des possessions gênoises de « Romanie », c’est-à-dire de Méditerranée orientale et de Mer Noire. Le Liber Officii provisionis Romanie en fait assurément partie, qui révèle pour une période relativement brève certaines des méthodes administratives de ce qu’il est possible d’appeler avec quelque réticence l’État gênois.
2 Le titre du document attire l’attention sur l’un des bureaux qui s’occupent des établissements gênois en Romanie. Il est, sinon l’unique, l’un des rares registres qui a été conservé de l’activité de cet Officium, et comprend une documentation de caractère strictement épistolaire. Il s’agit de 297 lettres échangées entre le doge ou le gouverneur de Gênes (lorsque la ville est sous domination milanaise), ou le Conseil des Anziani et les bureaux ou les fonctionnaires chargés de l’administration des établissements « coloniaux », afin de les mettre au courant de l’élection des nouveaux membres de l’Officium, les informer sur la situation politique de la mère patrie ou leur mander des instructions quant à leur comportement avec les États du Proche Orient. Comme pareille documentation est pour nous la seule source dont nous disposons quant à l’activité de l’Officium, il était d’autant plus important d’en fournir la révélation tant aux chercheurs qu’au public cultivé.
3 C’est L. Balletto qui s’est chargée d’une telle publication, qui ne manquait pas de difficultés. Élève de G. Pistarino, à qui est d’ailleurs dédié l’ouvrage, elle a consacré depuis de nombreuses années son activité de chercheur à la diaspora des Gênois en Méditerranée orientale. Son maître, grand connaisseur de l’expansion commerciale gênoise, a par ailleurs donné une préface, qui situe l’Officium dans la lignée des autres bureaux gênois attachés à l’administration de la Romanie. La difficulté majeure qui s’est présentée à l’A. quant à la transcription des 297 lettres du document résidait dans le fait de savoir s’il lui fallait suivre l’ordre chronologique de ces lettres ou celui du document tel qu’elle l’avait trouvé dans les archives gênoises. Elle a finalement tranché dans le sens de sa reproduction pure et simple, sans en altérer la disposition, quitte à fournir un régeste des lettres en ordre chronologique, de manière à faciliter des recherches éventuelles. Il est manifeste que le désordre chronologique résulte d’ailleurs du fait que le travail de rassemblement des lettres provient des personnes diverses qui ont été appelées à les recueillir au sein du Liber.
4 Les quelques reproductions de fragments du document prouvent les difficultés de lecture qu’a dû surmonter l’A. quant à leur transcription contemporaine. Certaines de ces lettres étaient déjà connues par des éditions antérieures, soit en totalité, soit partiellement, et l’A. les signale, comme elle rappelle les diverses études qui ont pu leur être consacrées, par exemple par N. Iorga ou S. Karpov. Les règles traditionnelles, voulues par l’Istituto italiano di studi per il Medioevo, sont appliquées et respectées par un A. rompu à cette discipline. La description du Liber donnée dans l’introduction permet de se faire une idée précise de la manière dont il se présente au cœur des Archives d’État gênoises.
5 À travers les lettres ainsi rassemblées se lit ainsi l’histoire d’une institution appelée à durer jusqu’en 1453, à tout le moins pour la période 1424-1428, avec ses divers membres, issus généralement de l’aristocratie gênoise, même au temps de la domination milanaise. Le Liber s’ouvre d’ailleurs par la citation des 12 membres de l’Officium en 1424, renouvelés par moitié pour l’année suivante. Apparaissent en fond de tableau les problèmes liés à la vie des établissements de la Romanie, sous la menace désormais des Turcs. La prudence est recommandée aux représentants du gouvernement gênois vis-à-vis des États du Proche Orient, et là se marque l’un des traits majeurs de la politique gênoise, plus prompte à négocier qu’à combattre, mais il faut reconnaître que les forces gênoises sont bien faibles pour pouvoir s’opposer à l’avance turque. Il n’en ressort pas moins que ce n’est pas l’un des moindres mérites de l’ouvrage que de mettre le lecteur en face des difficultés du gouvernement gênois à assumer son rôle alors que Constantinople est de plus en plus menacée.
6 Un tel ouvrage ne saurait se concevoir sans un index fourni : noms de personnes, de fonctions et de professions, noms de lieux, mais aussi de navires, marchandises, mesures, monnaies. Fallait-il les réunir en un seul ? N’aurait-il pas été plus sage de dresser des tableaux de monnaies, de mesures, de séparer personnes et lieux et repousser dans un index rerum marchandises, navires et objets divers, voire les fonctions et professions ? Quoi qu’il en soit, l’index, tel qu’il figure dans l’ouvrage, permet au lecteur de retrouver assez aisément la ou les lettres susceptibles de l’intéresser.
7 Que soit remerciée L.B. d’avoir ainsi mis à disposition des chercheurs passionnés d’histoire méditerranéenne un document qui touche aussi bien l’histoire économique que sociale, institutionnelle que politique des relations entre Gênes et ses établissements de Romanie.
Pierre RACINE