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Compte rendu

Vom Kloster zum Klosterverband. Das Werkzeug der Scriftlichkeit, éd. Hagen KELLER et Franz NEISKE, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1997 ; 1 vol. in-8°, 486 p. (Münstersche Mittelalter Schriften, 74). Prix : DEM 98.

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  • Henriet, P.
(2002). Vom Kloster zum Klosterverband. Das Werkzeug der Scriftlichkeit, éd. Hagen KELLER et Franz NEISKE, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1997 ; 1 vol. in-8°, 486 p. (Münstersche Mittelalter Schriften, 74). Prix : DEM 98. Le Moyen Age, Tome CVIII(2), XVI-XVI. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2002-2-page-XVI?lang=fr.

  • Henriet, Patrick.
« Vom Kloster zum Klosterverband. Das Werkzeug der Scriftlichkeit, éd. Hagen KELLER et Franz NEISKE, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1997 ; 1 vol. in-8°, 486 p. (Münstersche Mittelalter Schriften, 74). Prix : DEM 98. ». Le Moyen Age, 2002/2 Tome CVIII, 2002. p.XVI-XVI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2002-2-page-XVI?lang=fr.

  • HENRIET, Patrick,
2002. Vom Kloster zum Klosterverband. Das Werkzeug der Scriftlichkeit, éd. Hagen KELLER et Franz NEISKE, Munich, Wilhelm Fink Verlag, 1997 ; 1 vol. in-8°, 486 p. (Münstersche Mittelalter Schriften, 74). Prix : DEM 98. Le Moyen Age, 2002/2 Tome CVIII, p.XVI-XVI. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2002-2-page-XVI?lang=fr.

1 L’intensification du processus d’écriture à partir du XIIe siècle est un thème général d’histoire culturelle et sociale, qui retient ordinairement davantage l’attention en Allemagne et dans les pays anglo-saxons qu’en France. Les termes de « Schriftlichkeit » ou de « Literacy » sont intraduisibles en français. Dans le monde monastique, cette intensification est intimement liée à une évolution majeure : la constitution de congrégations ou, dans un premier temps, d’associations, progressivement systématisées, structurées, institutionnalisées. Le présent volume, conçu par une équipe du Sonderforschungsbereich 231 de Münster, précisément dédiée à l’étude de la « pragmatische Schriftlichkeit » au Moyen Âge, traite les deux questions à partir de la notion de « Klosterverband ». Les dix-sept études réunies dans cette perspective ont plus ou moins bien intégré cette problématique, aussi riche que complexe.

2 La règle de saint Benoît ou les écrits de Grégoire le Grand ne connaissent pas le principe de la fédération monastique. Un monastère est une communauté fermée qui se suffit à elle-même. Partant de ce constat, A. Angenendt (Kloster und Klosterverband zwischen Benedikt von Nursia und Benedikt von Aniane, p. 7-35) passe en revue les premières formes d’association : monastères du Jura, Klosterparochia irlandaise, fondations colombaniennes, église monastique royale avec la reine Bathilde, réseaux mal définis de Willibrord, Pirmin ou Boniface… Normalement fondées sur la personne d’un fondateur/réformateur et sur une observance plus ou moins commune, ces regroupements sont éphémères. En 762, l’association de prières d’Attigny marque un tournant : la memoria devient, pour des siècles, le fondement d’associations qui, à défaut d’être juridiques, vont dans le sens d’une certaine unification du monachisme occidental. Cette plasticité des fédérations monastiques au cours du haut Moyen Âge est illustrée par divers cas d’espèce. C.M. Kasper (Von der exhortatio zur regula. Von mündlicher Regelung zu schriftlicher Regel im Mönchtum von Lérins, p. 36-55) traite le cas du monachisme lérinien. À Lérins en effet, pour la première fois en Occident, une codification écrite du mode de vie permet de s’émanciper de la figure d’un fondateur charismatique et d’offrir un modèle à d’autres communautés. La circulation de l’Écrit favorise alors les relations (Cassien, Paulin de Nole, Sidoine Apollinaire, Césaire d’Arles, Ennode de Pavie, Jean de Réome…). Mais celles-ci restent personnelles et non institutionnelles. T. Lehmann examine le lien entre Sulpice Sévère et Paulin de Nole (Martinus und Paulinus in Primuliacum (Gallien). Zu den frühesten nachweisbaren Mönchsbildnissen (um 400) in einem Kirchenkomplex, p. 56-67). Alors que les représentations de saints ou de figures historiques sont encore rares dans les églises, le premier fait représenter le second sur les murs du baptistère de Primulacium, de son vivant et aux côtés de saint Martin de Tours. Quelques siècles plus tard, c’est l’exemption, généralement étudiée dans une toute autre perspective, qui permet les rapprochements. B. Rosenwein (Association through exemption : Saint-Denis, Salonnes, and Metz, p. 68-87) montre à partir du cas de Salonnes, près de Metz, comment cette forme particulière de liberté monastique peut alors fonder une sorte de partenariat à trois entre le monastère, l’évêque et le roi (ici, Fulrad de Saint-Denis, Angilramm, évêque de Metz, et Charlemagne). Mais la tendance à l’association a bien d’autres fondements. A. Zettler (Fraternitas und Verwandschaft. Verbindungslinien und Wirkkräfte des Austauchs zwischen frühmittelalterlichen Klöstern, p. 100-117) rappelle les liens entre les deux grands monastères de la « Bodensee » au IXe siècle, Saint-Gall et Reichenau, liens fondés certes sur la memoria commune, mais aussi, et on le dit moins souvent, sur les liens de parenté entre moines. Enquête à poursuivre et à étendre : Heito, abbé de Reichenau, a aussi un frère moine à Saint-Martin de Tours. Ces liens de parenté, dans certains cas, aident aussi à comprendre la circulation des livres. Celle-ci est un aspect important du rapprochement entre personnes et monastères, ainsi que V. Von Büren le rappelle à partir de l’exemple de Solin (Vom Nutzen Handscriften als historische Quellen. Das Beispiel der Solintradition im 9. Jahrhundert, p. 88-99). À l’origine de la constitution d’une bibliothèque importante, on trouve de complexes nœuds de relation (cf. ici le cas de Cluny). Relations et livres, encore, dans l’étude d’E. Overgaauw (Die ältesten Martyrologien der Diözeze Hildesheim, p. 118-146), qui montre comment les évêques ont longtemps imposé leur martyrologe (un Adon de Vienne originaire de Selz, en Alsace, et adapté à Georgenberg) aux monastères situés sous leur protection. Les choses ont évidemment changé lorsque les abbayes ont commencé à appartenir à des « ordres ».

3 Cluny, qui n’occupe dans ce recueil qu’une place relativement discrète, est bien sûr un terrain privilégié lorsqu’il s’agit de traiter des Klosterverband. M. Hillebrandt (Abt und Gemeinschaft in Cluny. 10.-11. Jahrhundert, p.147-172) aborde la question des relations entre moines et abbé, pour montrer que pendant longtemps, les frères ne se réunissent guère en concilium autour de leur supérieur que pour des questions liturgiques. Les choses changent progressivement, à partir des XIIe-XIIIe siècles, mais sans cadre juridique. B. Tutsch (Texttradition und Praxis von Consuetudines und Statuta in der Cluniacensis Ecclesia. 10.-12. Jahrhundert, p. 173-205) étudie les modalités selon lesquelles les coutumes clunisiennes se sont diffusées au sein de l’Ecclesia cluniacensis. En matière de coutumes, il y a la théorie, qui fait dire à Pierre le Vénérable que Saint-Martin-des-Champs est un autre Cluny, velut simulacrum cere impressum, et il y a la réalité, qui fait dire à Lanfranc de Canterbury que nulla fere aecclesia imitari aliam per omnia potest. L’adoption des usages clunisiens est un phénomène complexe, qui n’implique pas le renoncement à toute particularité locale. À Polirone, où le coutumier mêle Bernard et Ulrich, on n’hésite pas à écrire que in Cluniaco autem ita fit. Apud nos vero… Au sein du monde clunisien, les relations entre établissements sont complexes. Moissac, Saint-Martial de Limoges ou Saint-Martin des Champs, étudié ici par A. Sohn (Vom Kanonikerstift zum Kloster und Klosterverband. Saint-Martin-des-Champs in Paris, p. 206-238) sont dans une Ecclesia/congrégation et à la tête d’une autre.

4 Au XIIe siècle, les congrégations se multiplient. Les chanoines constituent ainsi de vastes associations, dont C.D. Fonseca rappelle qu’elles s’inspirent, dans leurs codifications écrites, du monde monastique et en particulier de la Carta caritatis cistercienne (Constat… monasterium esse tam canonicorum et monachorum. Le influenze monastiche sulle strutture istituzionali delle canoniche e delle congregazioni canonicali, p. 239-251). Rares sont alors les nouvelles congrégations qui se dotent d’une règle nouvelle, à l’image des inclassables grandmontains étudiés par G. Melville (Von der Regula regularum zur Stephansregel. Der normative Sonderweg der Grandmontenser bei der Auffächerung der vita religiosa im 12. Jahrhundert, p. 342-363). Tout aussi originales, les nouvelles congrégations féminines examinées par F.J. Felten (Verbandsbildung von Frauenklöstern. Le Paraclet, Prémy, Fontevraud mit einem Ausblick auf Cluny, Sempringham und Tart, p. 277-341). Des expériences comme Le Paraclet, dans la forme que lui donne Héloïse, Prémy, issue de la mouvance victorine, ou encore Fontevraud, sont des modèles sans lendemain. Le contre-exemple cistercien montre que les organisations féminines soustraites à la domination masculine restent l’exception. En tout état de cause, la papauté a favorisé la constitution de congrégations. Dans le monde clunisien, le terme congregatio apparaît pour la première fois, en tout cas d’un point de vue institutionnel, dans un privilège de Grégoire VII pour Polirone. Ce n’est qu’à partir d’Innocent III qu’ordo pourra signifier « ordre monastique ». Attention aux anachronismes… Ces informations, rassemblées par Fr. Neiske (Papsttum und Klosterverband, p. 252-276), rappellent que l’évolution a été lente. Bien des zones d’ombre demeurent par ailleurs. Et pour commencer, que signifie exactement congregatio? Ce n’est en tout cas pas le privilège par lequel Pascal II souhaite, à propos de Camaldoli, que congregationes diversae in unam congregationem [] convenirent, qui nous aidera à répondre.

5 Les différents processus d’écriture et d’association ont également contribué à tisser des liens entre monastère et monde extérieur. Trois communications illustrent ce thème. J.M. Berger (Gastfreunschaft und Gastrecht in hochmittelalter Orden, p. 364-405) étudie l’hospitalité des cisterciens et montre qu’en théorie au moins, la fonction du monastère a changé par rapport à ce qui se faisait avant. L’hospitalité est désormais dirigée vers l’intérieur, vers l’« ordre », plus que vers les visiteurs réellement extérieurs. M. Petitjean (Conflits de justice entre l’abbaye Saint-Bénigne et la mairie de Dijon aux XIVe-XVe siècles, p. 406-422) développe le cas d’un monastère, Saint-Bénigne de Dijon, situé au cœur de la ville. Le duc de Bourgogne, qui est à la fois protecteur de Saint-Bénigne et fondateur de la commune, joue naturellement le rôle d’arbitre entre deux communautés aux intérêts souvent divergents. Situation radicalement différente à Lübeck, ville pour laquelle D. Poeck (Klöster und Bürger. Eine Fallstudie zu Lübeck (1225-1531), p. 423-451) étudie les relations entre « bourgeois » et couvents des ordres mendiants. Il est clair que pour les habitants, la prospérité de la ville passe par celle de ses couvents. La « topographie sacrale » de Lübeck est bâtie sur le modèle de la Jérusalem céleste, selon un schéma dont quelques bribes survivent à la Réforme. À la fin du XVIe siècle, en effet, on restaure une fresque de l’hôtel de ville représentant la victoire obtenue contre les Danois en 1227. Or cette victoire avait été rendue possible par l’intercession de Marie-Madeleine, à laquelle était précisément dédié le couvent des dominicains. Aux yeux des bourgeois médiévaux, les Klosterkirchen étaient bien le corps spirituel de la ville.

6 L’objet poursuivi par les organisateurs était double : associations monastiques et Schriftlichkeit. Les diverses communications mettent tantôt l’accent sur l’un ou sur l’autre aspect de cette problématique et le recueil, dans sa globalité, permet de faire progresser celle-ci. Un très bel exemple, en définitive, de la façon dont les études monastiques peuvent générer des questions d’intérêt général. La structuration de communautés humaines et le rôle de l’Écriture dans leur organisation sont des sujets qui ne peuvent laisser aucun médiéviste indifférent.
Patrick HENRIET