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Compte rendu

La trace médiévale et les écrivains d’aujourd’hui, sous la dir. de Michèle GALLY, Paris, P.U.F., 2000 ; 1 vol. in-8°, 256 p. (Collection Perspectives Littéraires).

Page XIV

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  • Cazanave, C.
(2001). La trace médiévale et les écrivains d’aujourd’hui, sous la dir. de Michèle GALLY, Paris, P.U.F., 2000 ; 1 vol. in-8°, 256 p. (Collection Perspectives Littéraires). Le Moyen Age, Tome CVII(3), XIV-XIV. https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2001-3-page-XIV?lang=fr.

  • Cazanave, Caroline.
« La trace médiévale et les écrivains d’aujourd’hui, sous la dir. de Michèle GALLY, Paris, P.U.F., 2000 ; 1 vol. in-8°, 256 p. (Collection Perspectives Littéraires). ». Le Moyen Age, 2001/3 Tome CVII, 2001. p.XIV-XIV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2001-3-page-XIV?lang=fr.

  • CAZANAVE, Caroline,
2001. La trace médiévale et les écrivains d’aujourd’hui, sous la dir. de Michèle GALLY, Paris, P.U.F., 2000 ; 1 vol. in-8°, 256 p. (Collection Perspectives Littéraires). Le Moyen Age, 2001/3 Tome CVII, p.XIV-XIV. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2001-3-page-XIV?lang=fr.

1 Se situer exprès hors du strict enclos chronologique qui circonscrit le Moyen Âge afin de le considérer de loin. Ce qui fonde la coalition et le propos de ce recueil, délibérément tourné vers la période contemporaine, consiste à ouvrir une large enquête sur ce qui demeure de la «matière médiévale » quand justement «ce qui l’a produit – onde, vision – a disparu ». Pour mieux poser ce dont on parlera, M. Gally jette à la volée un mot distingué et conceptuel, celui de rémanences, terme dérobé au domaine scientifique (utilisation à propos de laquelle on se demande vraiment si c’est pour dérider les fronts, les faire se plisser, ou bien pour inciter les cerveaux à davantage s’activer qu’un réflexe universitaire assez répandu croit nécessaire de lancer dans l’aire des lettres et l’air de la terminologie moderne ce type de faux néologisme différantiel?). Le vulgaire quant à lui peut préférer s’en tenir à la première indication, celle qu’offre le titre de l’ouvrage, plus simple, moins maniérée et banalement (serait-ce un défaut ?) compréhensible.

2 Cinq regroupements de témoignages ou d’études se relaient, et, comme au théâtre, l’organisation prévoit de farcir le programme sérieux d’intermèdes récréatifs, particules littéraires fournies en accompagnement comme autant de pièces à conviction chargées de prouver que la médiévité, comme on tiendra à l’appeler, se maintient en pleines formes et reste à l’ordre du jour.

3 À tout seigneur tout honneur : la parole est d’abord confiée aux écrivains. Y. Bonnefoy rend compte du fort attrait qu’ont exercé sur lui les romans bretons. La littérature arthurienne est avant tout poésie; elle donne à rêver et maintient le mystère d’un sens à trouver jamais défini par avance, grâce à quoi elle sait fasciner et façonner le poète en devenir. P. Lartigue se tournera vers Arnaut Daniel pour prendre et nous donner une leçon de sextine ; les formes qu’il saisit dans les œuvres médiévales, il les fait siennes. Dûment averti, le lecteur pourra reconnaître dans ses Beaux Inconnus plusieurs éléments d’influence remontant aux troubadours ou au roman de Flamenca. Puis le degré d’intimité des confidences émises se renforce: quand F. Delay a rencontré J.Roubaud, elle est tombée amoureuse de… Gauvain et la vue du travail de L. Ronconi sur l’Orlando furioso a propulsé sur des roulettes son envie d’écrire: tant d’émotions heureusement combinées ont abouti à Graal Théâtre, né en soixante-treize. Enfin, pour J. Darras, prendre son nom de famille au pied de la lettre a établi son programme d’études: Adam de la Halle, les Beaumanoir, tous les Picardiseurs et les Picardisants ont su l’accrocher au terroir nominal et rendre cet Arrageois arrangé « plus arrageois», avoue-t-il, « que les Arrageois mêmes».

4 Le deuxième groupe d’articles se plaît à réunir certaines Paroles d’aujourd’hui recouvrant quelques Formes d’hier. P.M. Joris note que le Moyen Âge du poète Ch.A. Cingria conduit de Dante à Saint-Gall pour rebondir des moines de Saint-Gall jusqu’à James Joyce. L. Flieder constate l’existence de multiples points de concordance entre la recherche des Grands Rhétoriqueurs et les pratiques ludiques de modernes bon teint (tels que Cocteau, Desnos, Aragon, etc.). Pour M.Bacilupo, Pound et Eliot offrent deux types contrastés de relation avec le Moyen Âge.

5 Passons maintenant aux démarches plus conscientes et volontaires perçant dans les réécritures ou les exercices de «variations à partir de…». A. Corbellari se penche avec objectivité sur l’exemple français le plus représentatif (le célébrissime Tristan du romancier Bédier). Que du côté anglais The Lord of the Rings puise une vaste part de son inspiration dans le Moyen Âge ne sera pas, en soi, une révélation, mais les précisions que V. Ferré apporte sont multiples (quantité de passerelles relient, en effet, l’univers de Tolkien aux textes médiévaux). La dernière de ces trois analyses se fixe sur une production romanesque plus récente et détermine comment, en 1989, M. Rio a, dans son Merlin « reformul[é] un mythe médiéval à la lumière du désenchantement contemporain » (M. Séguy).

6 Puisque la bande dessinée et le théâtre ont ceci de commun qu’ils « donnent à voir», ils deviennent pour cette raison Les Compagnons du Groupuscule numéro quatre du recueil. On saute directement de l’album du Dernier Chant des Malaterre de F. Bourgeon – dans lequel J.J. Vincensini regarde quel sort est dessiné au mythe mélusinien – aux cinq mansions du Martyre de saint Sébastien de d’Annunzio, quand J. Lacroix ressuscite pour nous ce mystère moderne de 1911. Le Roi Pêcheur vient ensuite dans les années 40 lancer au Graal un cortège de questions pointues, soigneusement déchristianisées et déplacées sur un nouveau terrain, celui du rapport de l’homme au monde, mais, comme le fait valoir J.Ch. Huchet, la quête de reconnaissance de la pièce auprès du public échouera: le rendez-vous manqué de J. Gracq avec le théâtre a incité le dramaturge vexé à renoncer à ce type d’écriture (tout se passant comme si l’auteur héritait après coup de la blessure d’Amfortas et du mutisme de Perceval).

7 Le Moyen Âge propre à J. Gracq revient sur le devant de la scène en version élargie avec M. Murat, qui sonde maintenant toute l’œuvre de l’écrivain. E.Angel-Perez montre, elle, comment les dramaturges contemporains anglais ont utilisé à des fins politiques plusieurs apports du théâtre médiéval, tandis que L. Giavarini nous invite à découvrir la variété des modes d’approche avec lesquels l’art cinématographique s’est laissé impressionner par la matière de Bretagne.

8 Après quoi l’épilogue de M. Gally réfléchit de manière pointue sur le fond des problèmes soulevés et synthétise les grandes leçons à tirer de tous ces examens de passage(s). Le bilan est abondant et chaque secteur entrevu appelle une conclusion nuancée. Bref ce livre dynamique, parce qu’il a l’excellente idée de limiter son champ opératoire au seul XXe siècle et la belle énergie d’examiner les multiples retombées de notre rapport poétique au Moyen Âge, vient démontrer une fois de plus à quel point « le Moyen Âge dans la modernité» est un sujet passionnant, dont on n’aura jamais fini d’envisager tous les aspects.
Caroline CAZANAVE