Elizabeth A. ANDERSEN, The Voices of Mechthild of Magdeburg, Oxford-Berne-Berlin-Bruxelles-Francfort-New York-Vienne, Lang, 2000 ; 1 vol. in-8°, 255 p. ISBN : 3-906765-60-1. Prix: BEF 1560.
- Par Florence Bayard
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Le titre exprime d’emblée la complexité de l’auteur que E.A.A.
se propose de présenter puisqu’il s’agit d’entendre
les voix de Mechthild de Magdebourg
(ca 1207-ca 1282), et ce essentiellement à travers son
œuvre, Das Fließende Licht der
Gottheit [La lumière ruisselante de la
Déité]. Quatre chapitres nous guident dans cette exploration. Le
premier est une introduction générale qui replace Mechthild de Magdebourg dans
son contexte social, culturel et historique. C’est l’occasion d’évoquer le
paysage religieux dans lequel elle évoluait et le mouvement des béguines. Le
deuxième chapitre présente Mechthild de Magdebourg comme l’auteur d’un livre dont l’unité n’est pas évidente au premier
abord, puisqu’il se compose de notes accompagnées de poèmes et de proses
rythmées, et dans lequel Mechthild de Magdebourg insiste souvent sur la source
divine de ses écrits, effacement et modestie qui relèvent de la tradition, mais
aussi sur le fait que tout ce qu’elle dit se fonde sur sa propre expérience. Un
troisième chapitre est consacré aux influences exercées par les textes qui
entraient dans l’éducation des femmes religieuses aux XIIe
et XIIIe siècles, surtout les Psaumes et le Cantique des
cantiques. Des premiers, Mechthild de Magdebourg reprend un fond prophétique
qui enseigne, admoneste et encourage et, du second, une inspiration
mystico-extatique. Elle apparaît ainsi à la fois comme mystique et prophète et
E.A.A réussit à la sortir du cliché dépréciatif de la
Nonnenmystik puisque, à côté de la
mystique de l’amour, se dégage une métaphysique selon laquelle Dieu est Être et
qu’il faut devenir cet Être, identification qui mit Mechthild de Magdebourg en
péril et explique que, à la fin de sa vie, elle se soit réfugiée dans un
couvent cistercien à Helfta afin de se mettre à l’abri des calomnies et des
persécutions. N’oublions pas, en effet, que des femmes, comme Marguerite Porete
(†1310), connurent le supplice du feu pour leurs propos et leurs écrits. Un
quatrième chapitre, enfin, analyse la représentation complexe du temps dans une
sélection représentative des récits de visions offerts dans le
FLdG, d’où il ressort que le salut
s’inscrit dans un temps linéaire et l’éternité dans un temps circulaire. Ainsi,
E.A.A nous remet en mémoire l’importance de la spiritualité féminine au Moyen
Âge et particulièrement de cette femme dont les textes rédigés en langue
vernaculaire transmirent des pensées qui, jusque-là, étaient l’apanage des
clercs et qui participèrent donc à une laïcisation, ce qui leur valut la menace
d’être mis au feu. Elle met en lumière une religieuse qui représente le
deuxième sommet de la théologie charismatique au Moyen Âge après Hildegarde de
Bingen.
Florence BAYARD