Article de revue

De l’extraconjugalité contemporaine

Pages 59 à 63

Citer cet article


  • Smadja, É.
(2015). De l’extraconjugalité contemporaine. Le Journal des psychologues, 326(3), 59-63. https://doi.org/10.3917/jdp.326.0059.

  • Smadja, Éric.
« De l’extraconjugalité contemporaine ». Le Journal des psychologues, 2015/3 n° 326, 2015. p.59-63. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2015-3-page-59?lang=fr.

  • SMADJA, Éric,
2015. De l’extraconjugalité contemporaine. Le Journal des psychologues, 2015/3 n° 326, p.59-63. DOI : 10.3917/jdp.326.0059. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2015-3-page-59?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/jdp.326.0059


1Au-delà des strictes considérations sociales sur ce que d’aucuns nomment « l’infidélité », l’extraconjugalité relève dans sa complexité à la fois de déterminants socio-culturels, historiques et intrapsychiques. Cela, avec des organisations propres aux couples contemporains.

2D’ordinaire, il est d’usage de parler d’« adultère », d’« infidélité », de « tromperie », de « trahison », d’ « aller voir ailleurs », lorsqu’un des partenaires conjugaux vit une expérience ou une aventure sexuelle et-ou sentimentale, hors de son couple, avec une tierce personne, hétéro ou homosexuée, appartenant ainsi au « monde des autres » (Parat, 1967). Il s’agit d’expressions courantes corrélatives d’une représentation du couple fondée non seulement sur la dimension narcissique du « contrat conjugal » – comportant l’exigence de la monogamie et le désir d’éternité conjugale, établi implicitement et-ou explicitement par les deux partenaires –, mais aussi sur la conception chrétienne du mariage et sur la constitution historique récente d’une sphère de l’intimité différenciée de la sphère publique. Dans cette dernière s’inscrit désormais le couple devenu un espace non plus seulement de reproduction, mais aussi d’attentes et de satisfactions multiples (sexuelle, affective, communicationnelle et intellectuelle notamment). Ce phénomène relève d’un processus de civilisation de l’Occident, selon le sociologue Norbert Elias (1939). En outre, ces expressions usuelles se rapportent généralement à des aventures de nature sexuelle. Aussi, quelques questions et réflexions s’imposent. Mais, au préalable, qu’est-ce que le couple et quelle en est notre représentation personnelle ?

Qu’est-ce que le couple ?

3Il s’agit, bien évidemment, d’un questionnement historiquement et socio-culturellement déterminé. Avant d’envisager la notion contemporaine de couple et sa réalité vivante, il a fallu passer par l’institution du mariage et ses règles, contrôlée au fil de l’histoire, par divers pouvoirs extérieurs en conflit, qu’il s’agisse des familles, des États et des Églises, puis par différentes étapes parmi lesquelles : le développement occidental d’une sphère de l’intimité s’opposant à une sphère publique – bien mis en évidence par Norbert Elias (1939), à travers son concept de « processus de civilisation » – ; le « libre » choix du conjoint fondé principalement sur le sentiment amoureux ouvrant l’accès au modèle du mariage d’amour ; enfin, la promotion de l’individu et de l’idéologie individualiste caractérisant notre société occidentale contemporaine, mais s’associant néanmoins à un courant paradoxal latent d’uniformisation et d’homogénéisation sociales.

Notre représentation du couple

4Selon moi, le couple est une réalité, historiquement et socio-culturellement déterminée, vivante et composite – corporelle - sexuelle, socio-culturelle et psychique – en interrelations diverses et variables. Elle comporte plusieurs personnages transférentiels investis sur un mode ambivalent et jouant des rôles multiples au sein de cette organisation dynamique intertransférentielle déterminée par une compulsion de répétitions de « prototypes infantiles ». M’inspirant de Freud au sujet du transfert analytique, je soutiens que le couple crée et constitue une névrose intertransférentielle, présentant néanmoins des virtualités psychotiques, en particulier lors d’événements et de périodes critiques qui réactivent alors les positions schizoparanoïde et dépressive de chacun des partenaires. Elle se déploie et évolue selon une temporalité intriquée conjuguant les temporalités historique et socio-culturelle, corporelle et psychique, cette dernière étant multiple, faite de mouvements progrédients et régrédients, de fixations, de compulsions de répétition, mais aussi d’après-coups. En outre, le devenir de tout couple est inévitablement scandé par des étapes critiques, mutatives et maturantes.

5Le couple, investi sur un mode ambivalent, est alors structurellement et dynamiquement aussi bien conflictuel que critique.

6Sa réalité corporelle - sexuelle comporte deux êtres humains, et leur corps sexué, mais aussi deux « organisations psychosomatiques », vivant ensemble avec le projet implicite ou explicite de « se reproduire », participant ainsi au vaste programme de conservation de l’espèce. Il s’agit donc d’une unité biologique de procréation. Ces deux corps sexués et « organisations psychosomatiques » communiquent entre eux, entre elles, selon des modalités variées, verbale et non-verbale (mimogestuelle, comportementale, fantasmatique et sexuelle). Il y a vis-à-vis du corps de l’autre des courants réciproques d’investissements pulsionnels (narcissique, érotique, tendre et agressif) ; des représentations (conscientes, préconscientes et inconscientes) ; des mouvements projectifs et identificatoires, mobilisant la bisexualité psychique de chacun, qui participent à l’élaboration d’un « couplage psychocorporel » ou plutôt d’un « fantasme de couplage psychocorporel ». L’acte sexuel, pour sa part, réaliserait, en particulier, le fantasme groupal de « corps commun imaginaire », corps fantasmatique inconscient, bisexué. De plus, il actualise le désir régressif d’union narcissique conférant à tous deux un état de complétude narcissique (Grunberger, 1971).

7Sa réalité socio-culturelle se caractérise par la présence de deux individus vivant ensemble et constituant une unité sociale de production et de coopération économiques, de reproduction sociale et d’éducation des enfants pour le couple devenu parental. M’inspirant de la notion de « groupe de travail » introduite par Bion (1953), je considère qu’ils forment un « couple de travail » assurant ses moyens matériels d’existence. Enfin, ils appartiennent à un groupe social, occupent une position dans la structure sociale, sont dotés de rôles et de fonctions. Leur couple peut être institutionnalisé par le mariage comme par d’autres formes de reconnaissance sociale.

8Enfin sa réalité psychique consiste en composantes psychiques fondamentales assurant sa « consistance psychique » (Kaës, 2007) faite, notamment, d’une pluralité de conflits dynamiques, de courants d’investissements pulsionnels, de fantasmes de désir, de relations d’objets, d’un jeu croisé d’identifications et de projections, d’imagos, d’angoisses et de mécanismes de défense corrélatifs multiples, mis en œuvre dans la structuration et le fonctionnement de cette dyade conjugale.

9Nous inspirant de René Kaës (2007), nous envisageons trois « niveaux logiques » ou composants structuro-fonctionnels dans notre approche de la réalité psychique conjugale :

  • le groupal, réalité psychique commune et partagée par ses membres, avec ses organisateurs spécifiques et ses formations ;
  • la relation intersubjective, avec ses modalités et niveaux variables de relations d’objet, ses alliances inconscientes (structurantes, défensives, voire offensives), la mise en rapport des complexes d’Œdipe et fraternel, notamment. La triangulation assurée, au sein de la relation intersubjective amoureuse, par la cocréation du groupe conjugal, être vivant fantasmatique commun et partagé et berceau psychique du futur enfant à naître, contribuerait, selon moi, à la consolidation de l’organisation œdipienne des partenaires ;
  • l’individuel intrapsychique, avec ses propres conflits entre le Moi et son objet interne amoureux (« objet-trauma », Green, 1983), entre ses deux objets psychiques spécifiques, l’objet amoureux et l’objet-couple, mais aussi entre le Moi et le groupe - couple déterminant une tension entre la similitude et la différence des espaces psychiques.

10Cette réalité conjugale, historique, est animée d’antagonismes, de conflictualités multiples, tant internes qu’externes, qui sont dans un rapport de tension permanente entre elles.

Quelques questions et nécessaires réflexions

11Comment circonscrire le champ de l’extraconjugalité ? Ainsi, le recours au commerce du sexe, la fréquentation des lieux spécifiques, seul(e) ou en couple – clubs « BD SM », « libertins », « saunas » et autres lieux de prestations sexuelles –, s’inscrivent-ils dans le cadre de l’extraconjugalité ?

12Un polymorphisme de l’extraconjugalité est-il envisageable ? Concernant l’un ou les deux partenaires, à des périodes similaires ou différentes, elle peut s’exprimer par un « acting érotique » unique ou des acting répétés au cours de l’histoire personnelle et conjugale de l’auteur, déterminés par des motifs inconscients, semblables ou différents. Au demeurant, que pourrait bien exprimer ou symboliser l’acting érotique ou relation de nature purement sexuelle ? Nous savons que la sexualité est aussi bien polymorphe que polysémique.

13Elle peut également prendre la forme d’une ou plusieurs aventures ou même d’histoires amoureuses, satisfaisant des besoins, multiples et non satisfaits au sein du couple, d’ordre narcissique, érotique, tendre, mais aussi communicationnel ou intellectuel, en particulier. Il peut également s’agir de la construction d’un autre couple, officiel ou officieux, à l’instar de la double institution conjugale des Romains et des Germains, par exemple, que nous aborderons plus loin.

14Une relation purement affective et intellectuelle, d’ordre amical, inhibée quant au but sexuel, s’inscrit-elle dans ce cadre de l’extraconjugalité ? Ou doit-elle comporter nécessairement une composante sexuelle ?

15Penser l’extraconjugalité en fonction d’une différenciation des sexes, aussi bien dans ses formes d’expression, ses déterminations, ses fonctions et incidences ? Penser l’extraconjugalité en fonction de l’âge de chacun des partenaires et de celui du couple ?

16Nous pourrions, corrélativement à ce polymorphisme, concevoir nécessairement l’existence d’une polysémie. Ce que nous ferons dans notre approche psychanalytique notamment. Nous pouvons interroger la surestimation de l’extraconjugalité en tant qu’expression d’ « infidélité », de « trahison » chez les couples contemporains occidentaux aux attentes et exigences bien plus significatives que jadis à l’endroit du partenaire et du couple, de même que la surestimation de la dimension érotique de l’extraconjugalité eu égard à la centralité sociale contemporaine de la sexualité.

Contextualisation multiple de l’extraconjugalité

17En outre, pour une meilleure appréhension de cette problématique, il conviendrait également de situer l’extraconjugalité au sein de plusieurs cadres et contextes. L’histoire personnelle de l’auteur, homme et-ou femme, marquée en particulier par des étapes et périodes critiques en constitue un. Il faut aussi observer les trois registres possibles de la vie érotique de tout sujet, partenaire conjugal : intraconjugal, auto-érotique et extraconjugal. Plus généralement, évoquons l’économie psychique de chacun et les voies de satisfactions pulsionnelles hors de l’espace conjugal qui ne peut combler toutes les attentes et tous les besoins des deux partenaires. Ces satisfactions sont de natures multiples : narcissique, érotique, prégénital et génital, tendre, agressif, mais aussi sublimatoire. Si la famille, la vie amicale et professionnelle, les activités de loisirs, la vie sociale dans son ensemble, procurent des satisfactions libidinales, homo et hétérosexuelle, inhibées quant au but et sublimées, elles ne peuvent remplir les besoins érotiques en dehors du partenaire conjugal. Aussi, outre le renoncement pulsionnel, la satisfaction auto-érotique avec des medias servant de support fantasmatique, l’inhibition quant au but comportant l’attitude de séduction s’accompagnant de satisfactions sur le plan fantasmatique, les activités d’éconduction ou de décharge pulsionnelle telles que les activités sportives, et les activités sublimatoires, il ne reste plus que la solution des relations sexuelles extraconjugales, dans le cadre de « prestations commerciales » ou dans des contextes autres.

18À cela s’ajoute le rapport de chacun des partenaires et du couple avec le « monde des autres » (Parat, 1967) qui, dans « l’organisation œdipienne du stade génital », nous éclaire en particulier sur la distribution des affects et des investissements pulsionnels, chez chaque sujet ayant pu dépasser le conflit œdipien, entre son couple et le « monde des autres ». Dans le registre conjugal intertransférentiel, qui représente le partenaire conjugal et le partenaire extraconjugal. De quelle compulsion de répétition - réactualisation s’agit-il ? Reste enfin la culture conjugale élaborée par les deux partenaires. Il s‘agit d’une autre notion que nous avons introduite dans Le couple et son histoire (2011).

Perspectives pluri et interdisciplinaire de l’extraconjugalité

19Nous pensons que l’intelligence et l’exploration de ce vaste et si complexe champ de l’extraconjugalité nécessitent la mise en place d’une perspective pluri et interdisciplinaire, sans laquelle les quelques réponses offertes par chacun des domaines de savoir spécialisé ne pourraient qu’être parcellaires et généralisatrices, conduisant inévitablement à une conception erronée car réductrice. De fait, les contributions de l’anthropologie, de l’histoire, de la sociologie et de la psychanalyse, en particulier, devraient permettre de mieux la contextualiser et de découvrir ses aspects latents, collectifs et individuels donc d’ordres socio-culturel et intrapsychique.

20Ainsi, pour tout sujet, homme et femme, formant un couple, il convient d’envisager son rapport à lui-même, à son corps, au partenaire conjugal, au couple et au « monde des autres », l’ensemble des « personnages tiers », extérieurs au couple. Animé par la recherche de satisfactions de nature plurielle, « tâche économique de sa vie » affirme Freud (1930), comment distribue-t-il ses investissements, narcissiques et libidinaux, homosexuels et hétérosexuels, prégénitaux et génitaux, sublimés et non sublimés, parmi tous ces secteurs objectaux ? Cette distribution étant inévitablement historiquement et socio-culturellement déterminée, quel(s) statut(s) et quel(s) rôle(s) attribuer à l’extraconjugalité au sein de cette configuration ?

Aspects historiques et socio-culturels

21Ils sont assurément distincts chez nos couples contemporains en comparaison avec ceux des couples dits « historiques », compte tenu de l’évolution des fonctions et des représentations du couple au fil de l’histoire de même que des besoins comme des attentes différents à son endroit comme à celui du partenaire conjugal. Rappelons également la nécessaire prise en considération d’une différence des sexes et des âges, tant de chaque partenaire que du couple. Aussi, considérons que l’extraconjugalité représenterait une des voies possibles de satisfaction et d’écoulement pulsionnel pour tout partenaire conjugal, bien que celles-ci soient guidées par des normes de conduite, des prescriptions, des interdits, sous-tendus par des idéaux collectifs. Ce qui souligne la dimension historique et socio-culturelle de la polysémie et du polymorphisme de l’extraconjugalité. En conséquence, nous ne pouvons pas interpréter de la même manière l’extraconjugalité dite « historique » et celle de nos couples contemporains. Tant que le mariage ou le couple n’était pas déterminé par un libre choix mutuel des partenaires, sa visée était procréatrice, financière, politique, sociale, mais non fondée sur le sentiment amoureux et le plaisir érotique. Aussi, l’extraconjugalité dite « historique » permettait de compenser les manques inévitables, d’ordres affectif et sexuel, en particulier. Elle a probablement une part socio-culturelle et institutionnalisée, en particulier au sein de certaines catégories sociales telles que la noblesse et la bourgeoisie.

22En revanche, lorsque le libre choix conjugal a pu être admis par la société et les instances de pouvoir, familles, Églises et États, le contexte socio-culturel de l’extraconjugalité est différent et acquiert des significations autres et multiples, en particulier psychologique. Ainsi, chez les couples contemporains, les dimensions individuelle, sexuée, masculine et féminine, intertransférentielle et groupale semblent prévalentes, confortées par les caractéristiques de notre société et ses valeurs dominantes qu’elle érige par la voie des médias : les métamorphoses de la femme et de l’homme, les rapports entre les sexes devenus égalitaires, la centralité nouvelle de la sexualité, la recherche de l’épanouissement personnel et d’une fidélité à soi-même, la valeur de mobilité et du changement, la médicalisation et la psychologisation de notre vie sociale véhiculant des modèles conjugaux, des normes de pensée et de conduite, l’affaiblissement de la morale extérieure et des « garants métapsychiques et métasociaux », institutions et pouvoirs symboliques traditionnels. Les représentations, attentes et exigences à l’endroit du couple et du partenaire conjugal, donc leurs fonctions au service de satisfactions multiples, sont devenues par trop nombreuses et les frustrations inenvisageables.

23En conséquence, l’extraconjugalité vécue avec un « troisième personnage » de l’organisation œdipienne du couple, en serait un symptôme d’échec qui représenterait un message de souffrance personnelle et conjugale déclencheur d’une crise qui réactiverait certaines conflictualités sous-jacentes à toute organisation conjugale, mais aussi réanimerait le noyau conflictuel œdipien, provoquant ainsi une « nouvelle traversée ». En fonction des capacités du couple de supporter et négocier leur période critique, conditionnées pour partie, par l’existence d’une « bonne organisation masochique conjugale », l’évolution sera différente : vers la rupture, vers une permanence de la crise réorganisant la vie conjugale sur ce mode de fonctionnement figé ou vers de nouveaux compromis, remaniements donc vers un changement et une maturation conjugale.

24Par ailleurs, nous observons chez nos couples contemporains une crise des modèles identificatoires. Le modèle traditionnel de leurs couples parentaux entre en conflit et en concurrence avec leur désir de s’en affranchir pour inventer, créer leur « modèle conjugal » répondant à des aspirations strictement individuelles et subjectivantes, mais aussi en « conformité » avec les nouveaux modèles véhiculés par les médias. D’où une crise contemporaine des « modèles conjugaux » productrice de changements et de transformations se traduisant par l’émergence de multiples formes de conjugalités et d’extraconjugalités.

Perspective psychanalytique

25L’ « acting extraconjugal », ou aventure, ou histoire amoureuse extraconjugale, peut surgir à différents moments de l’histoire du couple, chez l’homme et-ou chez la femme.

26En effet, il ou elle peut survenir à titre préventif, pour limiter d’emblée la densité de la relation amoureuse, donc comme modalité protectrice contre des fantasmes prégénitaux, tel que celui d’être absorbé, dévoré par l’objet amoureux et celui d’être envahi par l’objet - couple, mais également contre des fantasmes œdipiens, incestueux.

27L’extraconjugalité constitue ainsi une solution défensive à l’égard de quelques dangers d’ordres aussi bien fantasmatique que dépressif s’inscrivant alors dans un registre intertransférentiel et groupal. Ce qui conduit, notamment, à multiplier les partenaires secondaires.

28En dehors d’une période critique, individuelle ou conjugale, si le partenaire le ou la donne à voir et à savoir, avec une dimension exhibitionniste, cela peut s’inscrire dans le cadre d’un jeu pervers, tant exhibitionniste - voyeuriste que sado-masochiste, avec son conjoint que celui-ci peut rejeter ou accepter implicitement. Dans ce dernier cas, il pourra, par identification à son partenaire, en tirer une satisfaction fantasmatique – ce scénario répondrait alors à une distribution inconsciente des rôles où l’un est désigné pour agir le fantasme de l’autre, (fonction phorique de Kaës, 2007), les deux se satisfaisant selon deux modes différents, direct et fantasmatique.

29En revanche, s’il ou si elle reste secret(e), sans dimension conjugale notable, il pourrait avoir une signification symptomatique plus individuelle, telle qu’une modalité défensive contre l’angoisse de castration, une relation orale primaire perturbée se traitant par une relation génitale compulsive, un désir de conquête ou la crainte du fantasme incestueux. Il peut aussi se comprendre par une insatisfaction débutante, avec impossibilité d’introduire des composantes perverses dans la vie érotique conjugale, donc de satisfaire certains fantasmes.

30En période de crise, individuelle et-ou conjugale, s’il y a fragilisation personnelle, mouvement dépressif ou disconfirmation narcissique par le partenaire, il ou elle peut rechercher cette réassurance et-ou cette confirmation narcissiques perdues auprès d’un(e) autre. Dans ce cas, la quête d’apport et de confirmation narcissiques prévaut sur la satisfaction érotique. Il peut en résulter des effets bénéfiques, notamment de relibidinisation des liens conjugaux, donc revitalisant le couple installé alors dans un état d’extinction mortifère.

31Mais l’on peut aussi rechercher un état amoureux perdu et impossible à revivre avec son conjoint, cette « lune de miel », cette « illusion groupale » largement émoussée. L’érotique se combine alors au narcissique.

32Cet acting ou cette histoire peuvent également avoir une visée hostile, cherchant à disqualifier l’autre devenant un objet de haine, support de projection des parties mauvaises et récusées de soi.

33Il ou elle peut survenir après la naissance d’enfant(s), les amants devenant des parents. Ce qui suppose un bouleversement de l’économie libidinale du couple, la nouvelle mère surinvestissant son ou ses enfants avec un possible et relatif désinvestissement, tant érotique que narcissique de son conjoint, dont la nouvelle figure de père réveillerait la crainte du fantasme incestueux et il pourrait en être ainsi, réciproquement, pour l’homme.

34Il peut aussi exister chez un sujet un désir d’affranchissement du contrôle et de l’emprise de son partenaire, donc un désir de séparation - individuation, d’émancipation, voire de subjectivation qui prend un langage érotique, génitalisé mais aussi sadomasochique. Ce qui ne peut être verbalisé s’exprimera par ce type d’acting érotique notamment.

35Évoquons également chez un partenaire conjugal hétérosexuel l’existence d’acting(s) ou d’histoire(s) extraconjugal ou extraconjugaux avec des partenaires homosexués. Cette situation complexe trouve un éclairage dans l’économie pulsionnelle de tout sujet, et ses remaniements au fil des événements de sa vie, sous-tendus par la mobilité de ses investissements libidinaux, tant homosexuels qu’hétérosexuels. D’autres voies de compréhension seront bien évidemment à investiguer.

36En conséquence, l’extraconjugalité présente, sur le plan psychique, une organisation bipolaire, avec sa dimension de satisfaction et sa dimension défensive, non exclusives l’une de l’autre, et qui renvoie, au reste, à la bipolarité du choix d’objet conjugal. Mais arrêtons-là notre exploration de l’extraconjugalité si complexe par son polymorphisme, sa polyvalence fonctionnelle et sa polysémie, de même que par son déterminisme pluriel, historique, socio-culturel et psychique, individuel et conjugal.

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Date de mise en ligne : 25/03/2015

https://doi.org/10.3917/jdp.326.0059