Alain VIALA
- Par Pierre Bruno
Pages 151 à 152
Citer cet article
- BRUNO, Pierre,
- Bruno, Pierre.
- Bruno, P.
https://doi.org/10.3917/lfa.214.0151
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- Bruno, P.
- Bruno, Pierre.
- BRUNO, Pierre,
https://doi.org/10.3917/lfa.214.0151
1Alain Viala, professeur à la Sorbonne puis à Oxford, est décédé le 30 juin dernier à Paris. Il a beaucoup contribué à l’enseignement de la littérature française, explorant plus particulièrement les paradigmes historique et sociologique. Il a souvent contribué à notre revue, et dernièrement dans une interview, « Corpus, savoirs et choix de textes : à quand les fondamentaux réels ? », parue dans le n° 125 de 2014, recueillie et mise en forme par Pierre Bruno à qui nous avons demandé cet hommage.
2Il est toujours délicat de parler de quelqu’un que l’on a connu et estimé, d’autant qu’il est difficile d’évoquer avec pertinence l’ensemble des activités d’Alain Viala. Pour ce faire, on pourra se reporter aux deux volumes de Pour Alain Viala publiés en 2018 chez Artois Presses Université.
3Je me permettrai juste de rappeler en quoi les travaux d’Alain Viala gardent, pour moi, toute leur actualité. La sociologie de la littérature à laquelle il a contribué (Paul Aron et Alain Viala, Sociologie de la littérature, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 2006 ; Le Dictionnaire du littéraire, sous la direction de Paul Aron, Denis Saint-Jacques et Alain Viala, Presses universitaires de France, 2002) s’inscrit dans la continuité de celle initiée par Robert Escarpit (1992), quelques décennies plus tôt. Si ce dernier, et plus largement l’école de Bordeaux, avait mis l’accent sur les inscriptions matérielles du livre de sa conception à sa réception en passant par son inégale distribution, les travaux d’Alain Viala insisteront sur la constitution du champ littéraire et son influence sur l’évolution des formes littéraires ou des stratégies d’auteur, plus particulièrement au XVIIe siècle (Naissance de l’écrivain. Sociologie de la littérature à l’âge classique, Paris, Minuit, 1985 ; Racine, la stratégie du caméléon, Paris, Seghers, 1990). Ces travaux rappelant la quasi-absence de vérité littéraire et le caractère éminemment conflictuel de ce champ, substituaient à la défense de valeurs arbitraires, la compréhension des luttes pour l’imposition de valeurs, la hiérarchisation des textes et l’obtention ou le maintien des places et des avantages qui leur sont liés. Par-delà la progression des savoirs et une meilleure compréhension des textes, les travaux d’Alain Viala avaient comme intérêt majeur de permettre une critique des pouvoirs intellectuels, de l’évidence de leur supériorité morale comme de l’excellence des corpus établis, sans céder jamais à quelque forme d’anti-intellectualisme réactionnaire – permettre, de fait, par un retour à un sain matérialisme rationnel, une critique progressiste du progressisme (ou, plus précisément, celle des institutions et groupes qui s’en réclament) dont on peut aujourd’hui constater la faiblesse.
4Dans ses travaux plus tardifs La France galante (Presses universitaires de France, 2008) et La Galanterie : une mythologie française (Seuil, 2019), Alain Viala poursuivait l’étude du concept de galanterie de la Révolution française jusqu’à nos jours, étudiant l’inégale popularité du terme et sa polysémie (d’une certaine sophistication des rapports entre hommes et femmes jusqu’aux formes les plus triviales de la prostitution) tout en mettant en perspective l’évolution de ses définitions avec les logiques de reproduction ou de contestation des hiérarchies sociales. Dans ces ouvrages, Alain Viala montrait à quel point il nous faut nous garder tant de concepts assénés à priori, confirmés par un choix d’exemples arbitrairement choisis, que de modèles théoriques, toujours partiels et partiaux, dont les limites se mesurent aux nombres de faits dont ils ne peuvent rendre compte. À la lumière de l’actualité, il est bon de rappeler la complexité des logiques de domination sociale, leur caractère perpétuellement changeant, mais aussi les ruses utilisées pour les maintenir parfois sous couvert de la dénonciation de leurs formes les plus archaïques, devenues inopérantes.