Article de revue

Les incertitudes du temps libre

Pages 65 à 74

Citer cet article


  • Yonnet, P.
(2002). Les incertitudes du temps libre. Le Débat, 121(4), 65-74. https://doi.org/10.3917/deba.121.0065.

  • Yonnet, Paul.
« Les incertitudes du temps libre ». Le Débat, 2002/4 n° 121, 2002. p.65-74. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-le-debat-2002-4-page-65?lang=fr.

  • YONNET, Paul,
2002. Les incertitudes du temps libre. Le Débat, 2002/4 n° 121, p.65-74. DOI : 10.3917/deba.121.0065. URL : https://shs.cairn.info/revue-le-debat-2002-4-page-65?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/deba.121.0065


Notes

  • [1]
    Je veux dire ici ma dette vis-à-vis du livre fondamental d’Olivier Marchand et Claude Thélot, Le Travail en France, 1800-2000, Paris, Nathan, 1997.
  • [2]
    Se reporter au tableau A 11, dans O. Marchand et C. Thélot, Le Travail en France, ibid., p. 240.
  • [3]
    Voir ibid., pp. 188-189.
  • [4]
    Notons que les gains d’espérance de vie ont eu un double effet contraire : dans un premier temps, ils augmentent le nombre d’années passées au travail et, alors, ne diminuent en aucune manière la proportion du travail dans la vie d’un homme. C’est seulement quand le prolongement de la vie permet de jouir de la retraite, donc d’une période de l’existence exonérée du travail, que les gains d’espérance de vie jouent un effet inverse, de diminution de la proportion du travail dans la vie d’un homme.
  • [5]
    Source : Olivier Marchand, Claude Minni et Claude Thélot, « La durée d’une vie de travail, une question de génération ? », Premières synthèses, DARES, 98.12-n° 50.2.
  • [6]
    Source : ibid.
  • [7]
    P. A. Muet, « La persistance du chômage en Europe », Le Figaro, 8 juillet 1994.
  • [8]
    La commission était présidée par Jean Boissonnat. Le rapport, dû à René Mabit, assorti d’une préface de Jean Boissonnat, a été publié par les éditions Odile Jacob et La Documentation française en 1995.
  • [9]
    Ibid., p. 11.
  • [10]
    Françoise Dumontier, Jean-Louis Pan Ké Shon, « En 13 ans, moins de temps contraints et plus de loisirs », Insee première, n° 675, octobre 1999, et Françoise Dumontier, Jean-Louis Pan Ké Shon, Enquête emploi du temps 1998-1999, Insee Résultats, n° 693-694, janvier 2000.
  • [11]
    Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, rééd., Paris, Climats, 1994. Voir aussi Paul Yonnet, Travail, loisir. Temps libre et lien social, Paris, Gallimard, 1999, pp. 19-35.
  • [12]
    L’augmentation de l’amplitude de la journée de travail entre 1986 et 1999 est une conséquence mécanique de la progression des emplois de cadres et de la diminution du nombre et de la proportion des ouvriers. Les premiers ont en effet des journées de travail plus longues que les seconds. Les dispositions ayant institué des réductions autoritaires du temps de travail vont avoir des effets paradoxaux. Sans doute une diminution du temps de travail annuel des cadres, mais il est également probable que l’on assistera à une concentration du temps de travail sur les jours ouvrés. Ainsi la diminution du temps de travail n’atteindrait guère le niveau actuel de l’amplitude des journées de travail, par le fait même que celles-ci seraient resserrées sur quelques jours par semaine.
  • [13]
    Pierre Boisard et Jean-David Fermanian, « Publicprivé : les écarts des durées du travail réellement pratiquées », 4 pages, n° 36, novembre 1999, Centre d’études pour l’emploi.
  • [14]
    En France, la diminution du temps de travail n’a pas été uniforme, mais sinusoïdale. Après la Seconde Guerre mondiale, la durée annuelle du travail a fortement augmenté avant d’amorcer une baisse importante. Aux États-Unis, au Canada, la durée du temps de travail, loin de diminuer, a augmenté avec l’arrivée d’une période de grande prospérité économique, au cours des années 1980.
  • [15]
    Cf. P. Yonnet, « Théorie ethnographique du loisir. Force de travail et force de loisir », in Travail, loisir, op. cit., pp. 10-132.
  • [16]
    Les Grandes Vacances, de Francis Ambrière, fut publié aux éditions de la Nouvelle France en 1946. Il reçut cette année-là le prix Goncourt 1940. Le jury avait en effet décidé de réserver le prix de l’année 1940 à un prisonnier. Une édition définitive, modifiée par l’auteur, fut publiée en 1951 aux éditions de l’Imprimerie nationale de Monaco.
  • [17]
    Fr. Ambrière, Les Grandes Vacances, éd. citée de 1946, pp. 306-311.
  • [18]
    Dominique Méda, « Travailler moins pour vivre mieux ? », in Bernard Brunhes, Denis Clerc, Dominique Méda, Bernard Perret, 35 heures : le temps du bilan, Paris, Desclée de Brouwer, 2001, pp. 85-134.
  • [19]
    P. Yonnet, op. cit., pp. 63-64.

Le xxe siècle a connu un basculement formidable, celui de l’entrée dans une société où le temps de loisir est devenu le temps le plus long de la vie, loin devant le temps de travail. Nous ne sommes pas seulement entrés dans une société à temps de loisir dominant, mais dans une société où le lien social se reconstitue dans le loisir. On se propose ici de scruter ce nouveau couple travail-loisir pour éclairer les vicissitudes parlantes qu’a rencontrées l’application des lois de réduction du temps de travail.
Avec l’avènement du loisir, de nouveaux usages de la vie collective se sont installés. Mais, précisément, en quoi consistent-ils ? Comment cela « fonctionne-t-il » ? Où en sommes-nous de leur développement et vers quelle économie de relations entre le temps libre et les temps contraints se dirige-t-on ? En un mot, les hommes vont-ils devoir apprendre à vivre sans travailler ? En ont-ils fini avec cette grande contrainte primaire et vitale ? Va-t-on à brève échéance vers « la fin du travail », la dictature sans partage du loisir ? « L’âge de la paresse » et « l’ère du vide » sont-ils advenus ? Bref, quel est le sens général du développement de la société dite « des loisirs » ?
Au xxe siècle, la durée annuelle du travail a considérablement diminué ; elle a été divisée par deux. À la vérité, de nombreux indices recoupés me laissent penser : par un peu moins de deux. Avançons un chiffre, sachant qu’il ne s’agit que de moyennes hétérogènes, mélangeant travail paysan et travail industriel, ouvriers et fonctionnaires, des astreintes et des mondes différents, travail à temps complet et travail à temps partiel : on passe d’environ 2 950 heures en 1900 à environ 1 600 heures de travail annuelles en 200…


Date de mise en ligne : 01/01/2011

https://doi.org/10.3917/deba.121.0065

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