(sous la dir.) FLORIAN HOUSSIER, Le sport à l’adolescence. Entre violence et sublimation, Editions In Press, 2017, 152 pages, 18 €
- Par Adrien Blanc
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- BLANC, Adrien,
- Blanc, Adrien.
- Blanc, A.
https://doi.org/10.3917/lcp.214.0014b
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1 Sous la direction de Florian Houssier, avec la participation de Jean-Marie Brohm, Vincent Cornalba, Aziz Essadek, Philippe Gutton, Laetitia Petit et Stéphane Proia.
2 « L’adolescent en souffrance trouve une issue dans le sport » est la thèse que les auteurs proposent de déployer et de questionner durant l’entièreté de l’ouvrage collectif à travers des chapitres historiques, cliniques ou métapsychologiques rebattant les cartes habituelles opposant activité musculaire et voie mentale afin de poser les bases d’un possible débat dialectisant « l’issue » dans le sport, ne pouvant se résumer à une bipolarité opposant violence et sublimation. Ainsi, l’ouvrage fait la part belle aux processus pubertaire et adolescents chers à Gutton, ancrés dans une clinique contemporaine et en lien avec des séquences cinématographiques, tout en les articulant à la redécouverte de l’infantile à l’adolescence… Sans oublier que le sport est également politique (et polémique), inscrit dans le social et dans l’Histoire des hommes et qu’il doit se questionner, se rencontrer en prenant en compte la dimension de la figure du « héros » populaire magnifiant les transformations et les liens aux idéaux grandioses et aux figures parentales ainsi que comme médium pour rencontrer l’autre, allié et adversaire, mais nécessairement un autre soi.
3 Dans cette perspective, nous retrouvons débattus les rapports entre l’adolescent en souffrance et en proie à un processus de subjectivation jamais aisé avec le Sport, celui avec un S majuscule, en tant qu’institution et institutionnalisation d’un rapport au corps et à la performance loin d’être neutre pour ceux le pratiquant, irréductible à l’activité sportive de tout un chacun. En effet, le sport inclut un principe de réalité fondateur et régulateur qu’est la compétition systématique imposant un entraînement régulier et une structure institutionnelle contrôlant et régulant ladite activité l’éloignant de celui pratiqué seul, sans licence.
4 Le sport, loin d’être résumable à une décharge, peut permettre, sous certaines conditions débattues et discutées par les auteurs, d’être une extériorisation potentiellement constructive pour l’intime et le pulsionnel, où l’adresse à l’autre, avec et à travers l’autre, permettrait d’en élaborer une relation à soi et aux objets et ainsi ouvrir à une conflictualisation possible des différents enjeux de l’adolescence comme ceux de l’intégration du corps sexué et des changements et remaniements relationnels aux parents et aux pairs sans oublier les processus de séparation et de deuil…
5 Ces questions sont épineuses mais nécessaires si nous voulons penser la réalité de nos adolescents consultants autant dans le cadre d’une psychothérapie analytique et les impacts pour la situation transférentielle que si nous pensons aux professionnels travaillant au quotidien avec ces adolescents en souffrance et en quête identitaire accueillis dans les groupes de prévention ou thérapeutiques dans les centres de consultations recourant de plus en plus à des médiums pouvant être symbolisant pour ces jeunes incluant donc « le sport » ou l’activité « sportive ».
6 Partant de l’impasse freudienne concernant le sport – ou plutôt de l’activité sportive – autour de laquelle Freud théorise soit du côté de la décharge du trop plein d’excitations pulsionnelles, soit du côté d’un déplacement satisfaisant dans le sens d’un détournement par substitution organisé socialement, les auteurs proposent de poser les bases permettant de traiter leur thèse du côté d’une sublimation possible en élaborant autant autour des risques et symptômes possibles et existants, qu’à travers les conditions même d’un changement d’objet et de but pulsionnels à proprement parler. En effet, le sport peut aussi offrir les clés à un jeu liant les libidos narcissiques et d’objet et les pulsions libidinales et agressives dans un espace de rencontre et de confrontation à l’autre.
7 L’autre, l’adversaire comme le coéquipier existe et ne peut s’oublier si nous souhaitons étudier la question du sport qui n’existerait pas en soi « seul », si ce n’est dans les moments de confrontation à soi-même, à ses limites et à son corps. L’abord de l’autre, l’abord de la rencontre elle-même avec l’altérité doit également se dialectiser avec celui du « choix ». Effectivement, appartient-il aux parents ? A l’enfant devenant adolescent puis adulte ? Ou paradoxalement aux deux et à aucun des deux, intégrant la dimension transitionnelle dans ce choix pouvant être aliénant et enfermant en ouvrant aux pulsions partielles et auto-érotiques de l’infantile ou au contraire favoriser la différenciation en s’appuyant sur un autre pour s’éloigner de ses premiers objets et ainsi déployer des capacités contenant et ouvrant des voies de sorties aux tensions générées par la rencontre amorcée entre l’infantile et le pubertaire à l’adolescence.
8 Au-delà tous ces aspects particulièrement prégnants et contemporains, les auteurs, à l’aune de leurs cliniques et théorisations, abordent en un fil rouge métapsychologique la question de la sublimation à une époque où, malgré l’imposant travail coordonné par Sophie de Mijolla-Mellor, la question reste entière sur les limites voire même sur une définition univoque du mécanisme (ou processus ?) de sublimation. En effet, sans être un idéal, le spectre de la sublimation est dans toute pratique psychanalytique. Une coordination ou un débat plus franc entre les auteurs autour de cette notion aurait pu être attendu dans cet ouvrage où les contributeurs n’en entendent pas nécessairement toujours la même assertion mais ont le mérite de la questionner. Ils abordent les dimensions de l’acte et de l’élaboration mais également les contraintes sportives « à la sublimation » avec par exemple la question du féminin ou de l’homophobie dans le sport. Une réflexion est engagée entre refoulement et sublimation des « tendances homosexuelles » potentiellement à l’origine des sentiments homophobes dans le sport où cette dimension semble également puiser dans des contraintes idéologiques et sociétales à une époque où de plus en plus de grands sportifs font un coming out.
9 Si sublimation il y a… elle ne semble pas libre et créatrice mais conditionnée par une structure institutionnelle et sociétale s’imposant au sportif et venant s’articuler ou se conflictualiser avec son identité et ses identifications en cours de déploiement et rencontrer les dimensions latentes, familiales ou œdipiennes de l’investissement sportif et du choix, tant sportif, relationnel que sexuel.
10 Retenons que l’ouvrage, tout en posant des bases à de futurs travaux, recherches et théorisations, aborde – et c’est toute son originalité et sa puissance – les conditions et les risques de l’investissement et du choix à l’adolescence d’un sport, alors que l’effraction du pubertaire et les enjeux adolescents apparaissent au grand jour dans le développement et l’investissement du corps, dans la construction de sa subjectivité et dans son rapport à l’autre, qu’est l’adversaire, mais que sont aussi ses groupes d’appartenances et ses parents. L’ouvrage invite ainsi à repenser le sport comme un objet intermédiaire au sens plein du terme, entre soi et les parents, potentiellement créatif et symbolisant, en posant les risques et les conditions propices à un travail pour le moins dégageant voire sublimatoire.
11 Adrien Blanc
12 Psychologue clinicien, Docteur en psychologie, CMP Compoint