Aspects de la situation sociolinguistique de la Corse
Les apports de l'Enquête Famille
Pages 9 à 32
Citer cet article
- MORACCHINI, Georges,
- Moracchini, Georges.
- Moracchini, G.
https://doi.org/10.3917/ls.112.0009
Citer cet article
- Moracchini, G.
- Moracchini, Georges.
- MORACCHINI, Georges,
https://doi.org/10.3917/ls.112.0009
Notes
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[1]
Les documents d’accompagnement conseillent d’utiliser la variable poidsm7pour des pondérations régionales, mais le coefficient de pondération manque pour certains individus ce qui fait que les résultats pondérés obtenus dans les tableaux croisés peuvent différer selon la procédure employée. En conséquence, nous avons utilisé la variable de pondération poids, donnée comme identique à poidsm7 mais qui s’avère ne pas présenter l’inconvénient des lignes de pondérations manquantes. Ces valeurs gardent néanmoins un caractère purement indicatif, surtout quand elles sont basses et qu’elles portent sur les décimales.
-
[2]
Application de l’article 6 « Sous réserve des dispositions des articles40,56,76,97 et 99 du code de procédure pénale, les renseignements individuels d’ordre économique ou financier figurant dans les questionnaires revêtus du visa prévu à l’article 2 ne peuvent, sauf décision de l’autorité administrative, prise après avis du comité du secret statistique, faire l’objet d’aucune communication de la part du service dépositaire avant l’expiration d’un délai de trente ans suivant la date de réalisation du recensement ou de l’enquête. » Loi n°51-711 du 7 juin 1951 (version consolidée du 7 août 2004).
-
[3]
D’autres contrées disposent d’un corpus de données confortable et de nombreuses publications sur le sujet (quelques références figurent en bibliographie pour l’Alsace, la Bretagne, le pays Basque, mais il faudrait renvoyer aussi aux pratiques démolinguistiques catalanes ou québécoises).
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[4]
Cette classification correspond à une variable dans le tableau de données et permet de comparer les résultats des diverses exploitations.
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[5]
Le tableau complet intitulé “NAT2-Nationalités (caractéristiques démographiques)” est disponible sur hhttp :// www. recensement. insee. fr/ FR/ ST_ANA/ R94/ NATTAB-NAT2ANAT2A5R94FR. html. L’effectif total est 260149 habitants
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[6]
hhttp :// www. recensement. insee. fr/ FR/ ST_ANA/ R94/ POPTABPOP1APOP1A2R94FR.html
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[7]
C’est le parti que nous prenons pour le reste de ce texte.
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[8]
« L’INED a longtemps posé, dans toutes ses enquêtes, la question : “Utilisez-vous en ce moment une méthode contraceptive ? “ Les résultats, que le simple croisement des réponses avec le sexe permet d’observer, sont édifiants et en disent long, par conséquent, sur les fréquentes aberrations incontrôlables des questions d’opinion : 14 % d’hommes déclarent prendre la pilule et 2 % utiliser le stérilet (ce qui doit être douloureux)… La polysémie est ici dans la dispersion des significations attribuées aux mots vous, ce moment, et méthode contraceptive. Les individus ont répondu, en l’espèce, pour leur partenaire, ce qui montre bien que les sujets de l’attribut peuvent être divers et ne sont pas toujours l’individu singulier que l’on interroge. » (Juan 1999 : 178)
-
[9]
pour les tranches d’âges les plus élevées, on nous permettra d’interpréter cette sous représentation évidente des corsophones en fonction de leur milieu familial et de leur statut social ultérieur : un statut élevé, allant de pair avec l’usage privilégié du français, a pu garantir une meilleure longévité. Il faudrait pouvoir redresser rétrospectivement les données pour estimer leurs poids relatifs à l’époque, et non en 1999.
-
[10]
Et quand bien même, ce serait a contrario la preuve d’une discrimination.
-
[11]
Expression utilisée, depuis un article du Wall Street Journal de 1986 et des recherches anglo-saxonnes sur la situation des femmes dans le management, pour désigner le complexe des préjugés et des entraves comportementales et organisationnelles, qui empêchent les femmes mais aussi les minorités d’accéder aux plus hautes responsabilités. Le terme de “glass ceiling” est entré rapidement dans le langage commun avant d’être officialisé par un texte de loi intitulé “The Civil Rights Act of 1991” qui a mis l’accent sur la discrimination pour raisons de sexe et créé une commission (the U.S. Federal Glass Ceiling Commission ou FGCC) destinée à identifier les causes de discrimination et à proposer des solutions pour en venir à bout.
1En 1999, à l’occasion du recensement de la population, près de 380000 personnes de plus de 18 ans ont répondu à un questionnaire administré en France sous l’égide de l’Institut National d’Études Démographiques et qui portait sur leur situation et leur histoire familiale (enquête Étude de l’Histoire Familiale, abrégée en EHF ou en Enquête Famille). La partie socio-biographique proprement dite du questionnaire concernait la vie familiale et professionnelle, et son volume ainsi que sa richesse, dix-neuf questions sur vingt-deux, font contraste avec la partie langagière.
2Cependant, pour la première fois, à l’échelon national, cette enquête adoptait une perspective plus large (interrogeant aussi les hommes), plus profonde (avec les plus de 64 ans), et trois questions s’intéressaient explicitement aux phénomènes de transmission et de pratique des langues.
Transmission familiale des langues et des parlers (figure 1)
• Question 19 : En quelles langues, dialectes ou « patois » vos parents vous
parlaient-ils d’habitude quand vous étiez enfant, vers l’âge de 5 ans ?
Votre P ÈRE ou l’homme qui vous a élevé
1. vous parlait d’habitude en…
2. et aussi en……………………
Votre MERE ou la femme qui vous a élevé
1. vous parlait d’habitude en…
2. et aussi en……………………
• Question 20 : En quelles langues, dialectes ou « patois » parliez-vous à vos
jeunes enfants quand ils avaient 5 ans (ou leur parlez-vous maintenant s’ils sont
plus jeunes) ?
1. Vous leur parliez d’habitude en…
2. et aussi en…………………………
• Question 21 : Et actuellement, vous arrive-t-il de discuter avec des proches
(conjointe, parents, amis, collègues, commerçants…) dans d’autres langues que
le français ?
OUI ? => si oui laquelle ou lesquelles ?
1.
2.
NON ?
La question 19 est pourvue d’une aide, située dans un cartouche accolé à
droite de la zone à renseigner :
Exemples : Alsacien, basque, breton, catalan, corse, créole, flamand, gallo, occitan,
picard, platt, provençal, arabe, espagnol, kabyle, portugais, langue des signes
(LSF)…
Pour le français, notez simplement « F »
En cas de dialecte ou « patois », précisez de quel endroit (picardie, béarn, rouergue,
moselle)
Pour les langues étrangères ne notez pas la nationalité mais la langue
Exemples : ne dites pas Algérien, Marocain, Sénégalais mais Arabe, Kabyle, Wolof,
etc.
4Couplée au recensement, l’EHF est indirectement nominative car utilisant les identifiants de localisation mis en œuvre lors du recensement, mais avec une garantie de confidentialité en raison de son acheminement direct auprès des délégués du recensement, sans transit par les mairies. La taille de l’échantillon total a été fixée de façon à ce que l’enquête soit « régionalisée, dans le sens où un effectif minimal par région est souhaité; les zones périphériques sont surreprésentées pour l’étude de la transmission familiale des langues » (INSEE 2002 : 30). C’est le cas pour le Nord, l’Alsace, la Corse, le Pays Catalan, le Pays Basque et la Bretagne.
5Les données du fichier des réponses ont fait l’objet d’une pondération destinée à restituer la structure de la population (par sexe, par région), à représenter la population dans son ensemble, «380000 personnes interrogées représentent les 44 millions d’adultes vivant en France métropolitaine » (INSEE 2002 : 23), ainsi qu’à corriger grâce à la post-stratification les biais dus à la non-participation à l’enquête [1]. Pour la Corse, la non-participation est importante, le taux de 35,9% étant d’ailleurs le plus élevé de France et, notre correspondant à l’INSEE invoquant le secret statistique [2], il n’a pas été possible d’analyser plus précisément la distribution géographique et sociale de ces non-retours de questionnaires.
6Au final, pour notre étude, nous avons retenu les réponses domiciliées en région Corse, soient 2943 questionnaires, qui représentent, après pondération, 202734 adultes de plus de 18 ans.
7Pour des raisons qui tiennent – sans doute – à l’histoire récente de la revendication linguistique ainsi qu’aux voies prises par la recherche sociolinguistique native durant les vingt dernières années, cette étude est la bienvenue en raison du manque de données concrètes sur les langues pratiquées sur le territoire corse, langue corse y compris [3].
1. Une situation spécifique ?
8Les premières analyses tirées de l’enquête EHF sont parues en février 2002 (Héran, Filhon, Deprez 2002) et ont été suivies d’études consacrées aux langues régionales (Le Boette 2003, Clanché 2002, Duée 2002, Deguillaume & Amrane 2002) ainsi qu’aux langues étrangères en Île de France (Burricand & Filhon 2003).
Langues parlées par les parents pendant la petite enfance [4]
Langues parlées par les parents pendant la petite enfance [4]
9À l’échelon national, on constate ainsi que 26% des personnes de plus de 18 ans au moment de l’enquête de 1999 ont vécu dans une famille où on ne parlait pas seulement français, ce qui représente 11 millions de personnes qui se répartissent également entre locuteurs des langues régionales et locuteurs de langues étrangères (Clanché 2002).
10Parmi les habitants de la Corse, on obtient des résultats très intéressants puisque les proportions sont quasiment inversées : 69% des adultes ont connu une première socialisation bilingue ou dans une autre langue que le français.
11Avec toute la prudence que doit inspirer une lecture comparée de populations d’ampleurs aussi peu comparables, il nous semble utile d’extraire les deux profils de réponses avec et sans langue corse pour les confronter au profil national. Si l’on ne prend en considération que les réponses qui ne mentionnent pas la langue corse, les données (colonne 3 du tableau1) sont assez proches du profil national (colonne 1 du tableau 1), hormis pour la modalité pas de français du tout dont la part est plus du double de la moyenne nationale. Sachant que lors du recensement de 1999, près de 26 000 étrangers ont été dénombrés en Corse, soit un habitant sur dix, le double de la moyenne nationale établie à 5,6%, on peut considérer que l’écart de profil par rapport à la situation « français uniquement » provient en grande partie d’une pratique précoce, plus ou moins soutenue et plus ou moins exclusive, de la langue corse (tableau 1/colonne 4).
Langues parlées par les parents pendant la petite enfance
Langues parlées par les parents pendant la petite enfance
12Cette distribution des langues parlées par les parents dans la petite enfance est confirmée par les chiffres du tableau 2, dans lequel les situations des individus sont réparties sur l’ensemble des cases, leur total étant de 100 %.
13On trouve à peu près la même proportion de personnes dans la modalité pas de français du tout selon que leurs parents ont employé le corse ou pas (respectivement 8,9% et 9%) mais les lieux de naissance dessinent des origines territoriales très tranchées : ces personnes sont à 80 % nées en Corse ou à 92 % nées à l’étranger.
14La langue employée par les parents est français uniquement pour 31,4 % des habitants, parmi ceux-ci, un petit tiers est né en Corse, presque la moitié est née hors de Corse et un quart est né à l’étranger. Au final, nous relevons :
- d’une part, la présence du corse pendant la petite enfance – sous des modalités variées et pas forcément exclusives – explique la moindre proportion d’unilingues francophones;
- d’autre part, une quasi-partition entre uniquement francophones
- 8 %) et non francophones (8,3 %) chez les personnes nées à l’étranger, d’autant plus facile à souligner que les situations intermédiaires
- français et autre langue habituelle par exemple) sont affectées de pourcentages très faibles.
2. Les langues pratiquées en Corse
15Pour mémoire, et avant d’aller plus avant dans l’exploitation de l’EHF, il faut présenter les résultats du recensement de 1999 dont les chiffres peuvent venir éclairer les réponses à l’enquête. Tout d’abord, en 1999, un habitant de Corse sur dix est d’origine étrangère, « [… ] les Marocains en représentent un peu plus de la moitié, devant les Portugais, les Italiens et les Tunisiens » (Ribon 2001). La même source signale un peu plus loin que « Dans la population régionale, la proportion d’étrangers est maximale chez les moins de 20 ans où elle atteint 13,1 % (environ 4 % en moyenne nationale). »
16C’est ce que montre, ci-après, le tableau 3 (d’où les moins de 19 ans ont été exclus pour s’approcher de la situation de l’EHF) [5].
Extrait des résultats du recensement de 1999 pour les 20 ans et plus
Extrait des résultats du recensement de 1999 pour les 20 ans et plus
17Ces données étant extraites de tableaux INSEE diffusés sur internet qui sont construits sous forme de tranches d’âges, leur nature interdit la comparaison directe avec les réponses à l’EHF car il est impossible de distinguer les adultes de 18 et 19 ans : on dispose de tranches quinquennales qui regroupent les 15-19 ans ou une distribution en cinq tranches avec une fusion des 15-24 ans. Cependant, même si les effectifs totaux du recensement de 1999 (pour les 20 ans et plus) et les effectifs calculés après pondération de l’EHF (arrondis dans le tableau 4) semblent assez proches, pour peu que l’on rajoute globalement les effectifs des jeunes gens de 18 et 19 ans (6326 individus qu’il est impossible de distribuer selon la nationalité mais dénombrés précisément dans le tableau « POP1 - Population totale par sexe et âge » [6] ), on observe un écart de plus de 5000 personnes.
18À la question 21, (Et actuellement, vous arrive-t-il de discuter avec des proches […] dans d’autres langues que le français ?), il apparaît que plus d’une personne sur deux déclare qu’il lui arrive d’employer avec des proches d’autres langues que le français. Ainsi interrogés, les enquêtés citent une liste relativement étendue de langues, parmi lesquelles des langues de France, d’Europe ou d’Afrique du Nord et il est intéressant de constater que les effectifs du tableau 4 ne correspondent pas exactement aux données des nationalités. Avec des pertes dans le cas des langues du Maghreb et pour le portugais, des gains pour les langues d’Italie et pour l’espagnol, cet écart s’explique sans doute en partie à cause de la présence de la catégorie des « Français par acquisition » (tableau 3), mais aussi en partie en raison de la valeur ou de l’intérêt attribué à la pratique de telle ou telle langue.
Réponses à la question 21
Réponses à la question 21
19A priori, sans s’intéresser à la façon dont la question a été posée, et surtout en laissant de côté toute interrogation sur la façon dont elle a été comprise, on observe près de 45 % de non-réponse ou sans objet, qui doivent sans doute s’interpréter, avec prudence, comme signifiant que l’on « n’utilise pas d’autre langue que le français [7] ». On note ensuite plus de 43 % d’utilisateurs de la langue corse, les langues de l’immigration (arabe, italien, espagnol ou portugais) sont citées par près de 10 % des réponses, et la présence non négligeable (1,2 %) de l’anglais qui doit sans doute être appréciée en raison de son statut scolaire.
20Il est peut-être malvenu de porter la critique sur la forme des questions d’une enquête d’une telle ampleur et à laquelle on a été associé après coup, avec les avantages que cela implique, à savoir la mise à disposition gracieuse de données aussi volumineuses que riches. Il ne nous semble d’ailleurs pas, sauf erreur ou omission que l’on ne manquera pas de nous signaler, que les textes produits à l’occasion de l’exploitation des données aient pris des distances avec le matériel qu’ils mettaient en mots.
21Or, il nous semble que la question 21 a fait l’objet de deux types d’interprétations : lors de l’enquête d’abord, lors du traitement des données ensuite.
22Comme on peut le constater figure1, la forme matérielle du questionnaire présente deux lignes de même longueur, identifiées par les nombres 1 et 2, comme lors des deux questions précédentes, mais sans la même hiérarchisation explicite (« d’habitude »/« et aussi »). Si l’on tient compte des réponses portées sur les deux lignes, on obtient 117 modalités différentes pour 2943 questionnaires remplis. Une seule non-réponse, ce qui semble remarquable, de nombreuses réponses uniques (36) ou à deux modalités (54) et beaucoup de réponses multiples : 22 fois trois mentions de langues, 36 fois quatre et une fois cinq, ce qui est aussi remarquable.
23La question excluait explicitement le français et on aurait pu s’attendre, sans que ce soit demandé clairement, à une non-réponse dans ce cas de figure; mais on relève tout de même de nombreuses mentions qui témoignent d’autant de lectures personnelles du questionnaire (comme le montre le tableau 5 page suivante).
24Ce sont ainsi 190 individus sur 2943 qui n’ont pas respecté la consigne, offrant 28 modalités différentes de réponses qui comprennent la langue française, et qui par le jeu des pondérations représenteraient plus de 13500 personnes : près de 7% de la population concernée.
25Cette diversité illustre le fait que « même un formulaire de recensement est une traduction du langage parlé dans lequel chaque terme, loin d’être un simple référent, est chargé de sentiments. » (Hughes 1996 : 238), puisque la manière dont elle a été comprise et interprétée varie de façon significative :
- avec une exigence de précision superflue, comme si on avait demandé Et actuellement, vous arrive-t-il de discuter avec des proches […] dans d’autres langues que le français ?, mais que cela sous-entendait et que la langue que vous avez citée avant…
- ou comme s’il s’agissait de valoriser une compétence (dans une langue étrangère) et non d’évaluer une performance (d’où une sous-évaluation de la pratique en langue régionale).
Typologie des réponses à la question 21
Typologie des réponses à la question 21
26On reconnaîtra volontiers que la concision de la formulation est peu propice à la précision des réponses : du moment qu’on envisage de façon globale le discours avec des proches identifiés de manière aussi vague qu’extensive (de la famille proche aux commerçants), que par la force des choses la réalité vécue des situations langagières et des moments de communication est loin d’être monovalente, on voit mal pourquoi les réponses obtenues seraient plus précises que la question [8]. Il faut dire ensuite que le traitement des questionnaires laisse quelque peu perplexe. D’après ce qu’il nous a semblé comprendre du mode de constitution des fichiers de données :
- les réponses textuelles ont été saisies dans des champs (C21DCU1 et C21DCU2) étiquetés « langue(s) utilisée(s) – occurrence 1 » (respectivement 2) et glosés en « Correction des langues utilisées par des proches et citées en n°1 » (respectivement 2) ;
- les réponses multiples ont fait l’objet d’un post-traitement qui repose sur l’ordre de citation : la première autre langue que le français mentionnée est comptabilisée, et elle seule, dans les variables C21DAL « Première langue autre que le français pratiquée ave des proches » (Code international Ethnologue) et C21DALS « Autre langue que le français pratiquée par ego avec ses proches : code simplifié » (INSEE 2002 : 104).
27Ce choix d’analyse des réponses multiples est loin d’être neutre, car, par exemple, le corse apparaît comme modalité d’ordre secondaire en ligne un et en ligne deux (quel que soit son ordre d’apparition), dans 36 réponses seulement sur 2943, mais par le jeu des pondérations, cela représenterait tout de même plus de deux mille personnes dont la pratique n’est pas comptabilisée.
28En contrepartie, puisque le résultat est surdéterminé par la forme et l’analyse des questions C21DCU1 et C21DCU2, l’observation des formules langagières familiales des personnes interrogées permet d’avoir une idée de l’attractivité des langues en présence et de leur place, pratique ou symbolique : ainsi, quelqu’un qui mentionne l’utilisation exclusive du français avec ses parents ou ses enfants mais qui déclare parler portugais « avec des proches » en DCU1 est compté parmi les locuteurs du portugais (individu 2858) (voir tableau 6 page suivante).
29Ces pratiques déclarées, même si l’analyse est en partie brouillée par la forme de la question, concernent dans la plupart des cas des langues acquises par voie familiale. C’est le cas à 100 % pour les langues les plus rares sur le territoire corse (autres langues régionales, langues asiatiques, langues d’Europe centrale), mais, comme le montre le tableau 6 dans lequel les données sont croisées avec la langue transmise par les parents, c’est aussi en grande partie le cas pour les langues plus répandues.
Discute avec des proches : répartition en fonction de la langue transmise par les parents
Discute avec des proches : répartition en fonction de la langue transmise par les parents
30On peut considérer que relèvent ainsi de la transmission familiale, par un ou deux parents, à 83 % les adultes qui discutent en corse avec des proches, à 97% pour l’arabe et le berbère, 90 % pour le portugais. Les langues comme l’italien (des parents locuteurs pour 61%) et l’espagnol (des parents locuteurs pour 77%) obtiennent des scores plus bas, qui tiennent à leur intégration dans le dispositif scolaire. Au même titre que pour l’anglais (12 % seulement de parents anglophones) on peut se demander si leur score élevé auprès des adultes dont les parents ne parlaient pas d’autre langue que le français ou issus de parents corsophones ne traduit pas une interprétation biaisée de la question, orientée vers les compétences acquises en milieu scolaire, plutôt que vers les performances dans la vie quotidienne. Il est d’ailleurs possible que l’italien et l’espagnol bénéficient d’un petit supplément de locuteurs pour la même raison scolaire que l’anglais, l’italien prenant l’avantage, en vertu d’une présence migratoire ancienne mais aussi parce qu’il est une langue d’affaires et d’accueil dans le secteur du tourisme.
31On obtient aussi des indications sur la façon dont les pratiques langagières se croisent, sortant de la communauté d’origine, ou au contraire ne se croisent pas, manifestant un isolat langagier.
32Au titre des échanges, on trouve un témoignage indirect de contacts antérieurs à la présence en France (5% de ceux qui discutent en espagnol sont de parents arabophones), de formes d’intégration bien connues (4% de ceux qui discutent en corse sont de parents italophones) ou qui restent à évaluer plus précisément (quand 11 % de ceux qui discutent en corse sont de parents uniquement francophones – parmi lesquels le nombre des Corses qui avaient choisi de ne parler que français à leur progéniture est difficile à estimer).
33En revanche, on peut raisonner en termes d’isolats car, si quelques adultes issus de parents arabophones déclarent discuter en anglais ou en italien, on ne trouve pas trace de déclarations d’Espagnols discutant en arabe, de maghrébins parlant en portugais, ni de Portugais parlant en arabe (voir les tableaux 7 et 8 page suivante).
34La variable âge est très couramment utilisée pour estimer la menace qui pèse sur une langue, en vertu d’un présupposé selon lequel plus les locuteurs seraient âgés, plus leur compétence en langue serait affirmée. Il est difficile, à notre sens, de lui faire jouer naïvement ce rôle, puisqu’il faut tenir compte ici à la fois des performances mesurées dans un discours médiatisé par un questionnaire – et il y a une différence entre « discuter » et « dire discuter », ou se remémorer « avoir parlé » – ainsi que des changements sociaux qui sont intervenus. En bien des manières, la société corse à la date de l’enquête est totalement différente de celle connue (et remémorée) par les personnes interrogées, et plus on remonte dans le temps, moins les réponses sont comparables entre elles.
35Les données du tableau 7, tout particulièrement pour les langues d’arrivée récente (arabe et berbère, portugais, dans une moindre mesure espagnol), témoignent de l’évolution du paysage langagier corse dans la mesure où l’on se souvient que la quasi-totalité de ces locuteurs appartient à la communauté immigrée.
Discute avec des proches : répartition en fonction de l’âge
Discute avec des proches : répartition en fonction de l’âge
Répartition de l’emploi du corse par les parents dans chaque tranche d’âge
Répartition de l’emploi du corse par les parents dans chaque tranche d’âge
36En effet, « la cellule familiale n’étant pas protégée des effets linguistiques de l’environnement social » (Calvet 1994 : 114), la lecture comparée des tableaux7 et 8 montre qu’il y a toujours moins de personnes qui discutent en corse que de personnes qui ont été élevées dans un environnement corsophone : par exemple, même si on prend la situation des plus âgés, au tableau8, près de 70% de la tranche 80-110 ans ont eu des parents corsophones, mais on en trouve seulement 52 % qui discutent en corse [9] (tableau 7).
37Dans la tranche d’âge la plus jeune, un peu plus de 40 % ayant déclaré un environnement corsophone (tableau 8), le fait qu’un peu plus de 30% d’entre eux (tableau 7) déclarent discuter en corse est un fait indiscutablement positif si l’on considère qu’ils représentent les trois quarts des 18-29 ans locuteurs potentiels, manifestation, aux incertitudes de mesure près, que « si un code est nécessaire à la communication, il n’y a pas de code linguistique hors de son usage social. » (Calvet 1994 : 115)
38L’analyse de la réception, de la transmission et de la pratique en fonction de la catégorie socio-professionnelle permet de relever des fonctionnements et de confirmer l’impression que l’on a de se trouver devant un ensemble d’isolats linguistiques.
Structure sociale de la population
Structure sociale de la population
39Si l’on examine les réponses du tableau 4 (réponse à la question « discute avec des proches dans une langue autre que le français ») croisés avec ceux des catégories socioprofessionnelles (tableau 9) on obtient les résultats suivants :
- l’anglais, 1,2% des situations, est évoqué à 16,5% par des cadres, à 22,9 % par des professions intermédiaires et à 31,8 % par des employés ;
- l’arabe et le berbère, 3,8 % des cas, sont cités à 20,8 % par des employés (moitié hommes, moitié femmes), à 22% par des sans activité professionnelle (avec 17,6 % de femmes), à 45,6 % par des ouvriers (avec 43 % d’hommes), à 1,1 % par des cadres (tous de sexe masculin) ;
- l’espagnol, 1,1 % de la population, concerne à 44,2 % des employés (parmi lesquels 38,7% de femmes), à 6,2% des professions intermédiaires et à près de 10 % chaque fois des indépendants, des cadres ou des ouvriers ;
- l’italien et les dialectes d’Italie, 4,3 % des réponses, se répartissent entre 27 % d’ouvriers, 24,3 % d’employés, près de 12 % de professions intermédiaires comme d’indépendants non agricoles et seulement 2,5 % de cadres ;
- le portugais, déclaré par un peu moins de 1 % de la population, se caractérise par une répartition très sensible à la variable sexe. Il comprend à 43,4% des ouvriers (51% d’hommes, 2,4% de femmes), à 19,7% des employées (de sexe féminin), à 10,2% des indépendants non agricoles et à 4 % des cadres qui sont dans les deux cas de sexe masculin, et la part sans activité professionnelle (22,6 %) comprend une plus grande proportion de femmes (17,3 %) ;
- le corse, déclaré par 43,3 % des personnes, se distribue entre 31,1% d’employés (dont 20,1% de femmes), 17,5% d’ouvriers, 16% de professions intermédiaires, 8,7 % d’indépendants non agricoles, 7,8 % de cadres et 4,8 % d’agriculteurs. Les sans activité professionnelle sont 14,1 % du total, avec une prédominance de femmes (10,1 %) ;
- enfin, les 44,7 % de non-réponses, assimilés ici à des francophones, sont à 34,4 % des employés (dont 26 % de femmes), à 17 % des ouvriers (14,1% d’hommes), à 16,4% des indépendants non agricoles et à 1,3% des agriculteurs. Les sans activité professionnelle sont 14,2 %, avec 11,2 % de femmes.
40On note le poids de la catégorie des employés, qui représente près de 32 % de la population générale et qui est aussi la plus féminisée (tableau 9).
41On peut remarquer les situations dans lesquelles la proportion de locuteurs déclarés s’accroît à mesure que le statut socio-profession-nel baisse et que le taux de féminisation augmente :
- dans le sens cadres – professions intermédiaires – employés pour l’anglais, le corse et le français,
- dans le sens cadres – professions intermédiaires – employés – ouvriers pour l’italien, à ceci près que la catégorie des ouvriers a un taux de féminisation inversé.
42Si l’on examine les réponses du tableau 9 en fonction des langues citées, on en tire les enseignements suivants :
- c’est parmi les agriculteurs et les indépendants non agricoles que le corse obtient son plus haut score ;
- les agriculteurs déclarent discuter à 67,4% en corse (dont 18,3% de femmes), à 1,9% en arabe (des hommes uniquement), à 10,7% en italien (1,4 % de femmes) et à 18,4 % en français ;
- chez les indépendants non agricoles, le corse est aussi cité en tête, 45,7 %, suivi du français (41,8 %), de l’italien (6,7 %), de l’arabe (2,4 %), de l’espagnol (1,4 %) et du portugais (1,2 %) ;
- parmi les cadres, le français arrive en tête avec 50,8 % (28,1 % d’hommes, 22,7 % de femmes), puis le corse avec 42,5 % (29,7 % d’hommes et 12,9% de femmes), les autres langues faisant l’objet de peu de citations (1,4 % pour l’espagnol comme l’italien, 0,5 % pour l’arabe comme pour le portugais, 2,6 % pour l’anglais) ;
- les professions intermédiaires privilégient aussi le français (47,2% répartis entre 29,9% de femmes et 17,3% d’hommes), puis le corse (44,7 % avec peu d’écart entre hommes – 21,7 % et femmes – 23 %), l’italien (3,4 %), l’anglais (1,8 %) et l’arabe (0,9 %) ;
- la catégorie des employés donne aussi l’avantage au français (48,2% répartis entre 36,5% de femmes et 11,7% d’hommes), le corse (42,1 % avec 27,3 % de femmes et 14,8 % d’hommes), puis l’italien (3,2%), l’arabe (2,5%, avec autant d’hommes que de femmes), l’espagnol et l’anglais (respectivement 1,5 % et 1,2 %) et enfin le portugais (0,6 % exclusivement des femmes) ;
- parmi les ouvriers également, la langue la plus parlée est le français (40,6 % dont seulement 7 % de femmes), juste devant le corse (40,3 % dont seulement 5,9 % de femmes). Viennent ensuite l’arabe et le berbère (9,2% avec 0,5% de femmes), l’italien (6,3% avec 0,5% de femmes) et le portugais (2,2 % dont 0,1 % de femmes) ;
- dans la catégorie sans activité professionnelle (qui comprend aussi les personnes en cours d’études) le français arrive en tête (43,7 %), juste devant le corse (42,3 %), suivi de l’arabe et du berbère (5,8%), de l’italien (3,6%), du portugais, de l’espagnol et de l’anglais (tous trois proches de 1,5%). Cette catégorie est à 75% féminine et la plupart des langues respectent cette répartition, hormis les langues les plus scolaires comme l’anglais (autant d’hommes que de femmes) et dans une moindre mesure l’espagnol.
43Étant donné leur score élevé quant à la langue de discussion avec des proches, on pourrait être tenté de considérer la catégorie des agriculteurs comme un lieu de préservation de la langue corse. Il faut se garder de ce genre de préjugé, tout simplement pour des raisons démographiques, car les agriculteurs ne représentent que 3,1% de la population et moins de 5 % de ceux qui discutent en corse.
44En réalité, la première catégorie sociale pour la pratique du corse est celle des employés (31,1% de ceux qui discutent en corse avec des proches), suivie de celle des ouvriers (17,5 %) puis des professions intermédiaires (16 %).
45On observe une légère prédominance masculine (53% d’hommes pour 47 % de femmes), mais il faut se garder d’en conclure que le corse est plus une langue d’hommes. En effet, la catégorie la plus importante est celles des employées féminines (20 %), devant les ouvriers (14,9%). Si l’on cumule les catégories de statut intermédiaire et les sans emplois, la part des femmes dépasse alors celle des hommes (40,90 % de femmes pour 37,7 % d’hommes).
46Cette importance des classes moyennes, dans le cas des femmes, se vérifie si l’on considère que près de 43% des femmes qui discutent en corse sont des employées, que 17,5 % d’entre elles sont de profession intermédiaire et 21,5% sans activité professionnelle. Il y a en revanche peu de femmes indépendantes non agricoles, cadres ou ouvrières (à chaque fois près de 5%). Les ouvriers sont les plus nombreux chez les hommes qui discutent en corse (28 % d’entre eux), devant les employés (20,6 %), les professions intermédiaires (14,6 %) et il y a grosso modo 10% de cadres et 12 % d’indépendants non agricoles.
47Malgré l’imprécision de la question « discute avec des proches », et même si le champ relationnel des personnes interrogées (famille, amis, connaissances, voisins – avec la partition urbain/rural ou populaire/résidentiel-, collègues de travail, communautés de loisirs ou d’intérêt – syndicalisme, activités sportives-) reste inobservable :
- les discussions dans d’autres langues que le français se font en grande majorité avec des membres de la même communauté,
- on observe un léger écart à cette règle pour les langues des travailleurs (moyen de s’adresser à ses employés ?) ou pour le corse qui trouve parmi ses locuteurs (déclarés) des personnes qui ne sont pas issues de familles corsophones (11 % de ceux qui « discutent en corse »),
- on identifie bien le rôle pivot de la langue française, et on voit mal comment, en l’état des choses, ce fonctionnement langagier pourrait cesser de se développer
48 Bien évidemment, comme il n’y a pas d’information sur la situation dans laquelle telle ou telle langue est employée, ni observation des pratiques in situ, on frôle à tout moment l’excès interprétatif. Bref, si on ne fait pas la fine bouche devant les données d’une enquête aussi importante, on relativise les reproches qu’on pourrait lui faire, et on accepte que l’« enquête famille », malgré la louable présence des questions linguistiques, n’ait pas les vertus d’une enquête de « socio-linguistique familiale » :
- c’est riche mais « faiblement informatif », comme une carte à l’échelle trop grande, si on considère la famille comme une instance privilégiée de transmission (ou de rupture de transmission) des langues ;
- on regrette l’absence de questions de consommation culturelle, qui auraient été utiles pour estimer les compétences (lire un journal dans la langue d’origine, d’autant qu’on en trouve facilement dans les dépôts de presse) ou la pérennité des usages (regarder des télévisions étrangères sur le satellite, où sont présents le monde arabe, l’Espagne, le Portugal, l’Italie mais pas les langues africaines) ;
- il est dommage, pour l’aspect sociolinguistique, que manque la « dimension du conjoint »: on pose beaucoup de questions à propos de la vie en couple, mais on ne s’intéresse pas aux langues employées dans le couple.
50On obtient cependant des données d’ensemble relativement sûres qui permettent de tracer les grandes lignes de la situation linguistique corse, ce qui est probablement le but de ce genre de travail.
3. En guise de conclusion
51Pour souligner l’apport de l’EHF à la compréhension de la situation corse, signaler les pistes que l’enquête nous suggère et qui pourront faire l’objet d’une exploitation ultérieure, il faut jeter un regard rapide sur la structure sociale telle que la révèle une lecture de la question 19. Cette question portait sur « la ou les langues employées par les parents lorsque la personne interrogée était âgée de cinq ans », et bien que nous l’ayons gardée pour notre conclusion, elle a fait l’objet d’un examen attentif.
52Le tableau 10 fait plus que confirmer l’impression de « moyennisation » des locuteurs du corse que livre la question 21 (discute avec des proches), il montre la prépondérance des héritiers de la langue corse (nous éviterons de parler de « corses d’origine » même dans le cas de cette partie dominée de la population) parmi les précaires que peuvent être les sans activité professionnelle (60 % de la catégorie), leur forte présence parmi les ouvriers (encore près de la moitié avec 47,3 % des travailleurs manuels) et leur prédominance aussi parmi les employés (nombreux à provenir de familles plutôt corsophones). La proportion de 52% de cadres d’origine corsophone ne doit pas faire illusion, même si elle semble importante, elle est due aux tranches d’âges les plus élevées et à la prise en compte des plus de 60ans dans l’EHF de 1999. Si l’on ne retient que les moins de 60 ans, la proportion est inversée et comprend 41,8 % seulement d’enfants de corsophones. Il en est de même chez les indépendants non agricoles, de 51 % du total, les enfants de corsophones glissent à 48,1 % des moins de 60 ans. Ces résultats ne semblent pas provenir d’un rejet de la langue corse par les parents, si l’on se fie à la variable lieu de naissance du père, la contribution des natifs de Corse qui n’ont pas du tout parlé corse à leurs enfants est faible [10].
53Ce que nous appellerons provisoirement « moyennisation », ce glissement vers des situations sociales moins privilégiées que celles des aînés nous semble le fait le plus intéressant à relever dans l’EHF. En effet, si l’on nous permet de reprendre l’expression du « plafond de verre [11] », et en se gardant de généraliser outre mesure en raison des limitations de l’enquête évoquées plus haut, l’EHF semble illustrer les phénomènes suivants :
- malgré la présence d’une université en Corse, et ce depuis déjà vingt ans, la proportion des enfants de corsophones parmi les cadres et les responsables du tissu économique est en baisse, comme si un plafond de verre restreignait leurs possibilités d’accès à certaines situations ;
- par ailleurs, la proportion des enfants de corsophones est maximale parmi les sans emplois, comme si un autre « plancher de verre » se mettait en place au-dessus de cette catégorie, perméable uniquement de haut en bas.
54Cette situation, perceptible dès qu’il est question de la distribution des emplois entre Marseille et la Corse (conflits de la société de navigation SNCM, septembre 2004) ou de mutation des fonctionnaires (exemple récurrent des néo-recrutés au Capes), aura, nous en sommes certain, des conséquences dans les prochaines années. Des conséquences politiques et sociales, sans doute, mais nous ne lisons pas dans une boule de cristal, et nous ne jugerons par anticipation des effets de l’extension des inégalités et des réactions aux discriminations. Des conséquences sociolinguistiques, qui nous concernent davantage, qu’il est tout aussi impossible de pronostiquer, mais il importe de comprendre les effets de la précarisation économique sur le comportement sociolinguistique des couches intermédiaires : la « moyennisation » qui est en cours traduit objectivement le fait que le choix du français cesse d’être synonyme de promotion sociale, ce qui peut avoir des conséquences sur les rapports entretenus avec la langue française et la langue corse.
DE LA CORSE ET DE LA SARDAIGNE
DE LA CORSE ET DE LA SARDAIGNE
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Mots-clés éditeurs : Corse, Enquête démolinguistique, Pratiques langagières, Transmission inter-générationnelle
Date de mise en ligne : 01/02/2008
https://doi.org/10.3917/ls.112.0009