Article de revue

Emergence de la Région ?

Pages 105 à 113

Citer cet article


(2009). Emergence de la Région ? La pensée de midi, Hors série(4), 105-113. https://doi.org/10.3917/lpm.hs01.0105.

« Emergence de la Région ? ». La pensée de midi, 2009/4 Hors série, 2009. p.105-113. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2009-4-page-105?lang=fr.

2009. Emergence de la Région ? La pensée de midi, 2009/4 Hors série, p.105-113. DOI : 10.3917/lpm.hs01.0105. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2009-4-page-105?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lpm.hs01.0105


Notes

  • [1]
    Extrait de “Quelles Régions pour demain ?”, La pensée de midi, n° 21, juin 2007, p. 6-14. (N.d.R.)
  • [2]
    Eugène Weber, La Fin des terroirs : modernisation de la France rurale (1870-1914), Fayard, 1983.
  • [3]
    Je ne sais pas encore la véritable signification du vote massif au premier tour de la Présidentielle (avril 2007) : effet pervers de 2002 ? Changement de génération ou de politique ? Ou résultat de la télécratie ?
  • [4]
    La “conférence de Barcelone”, qui s’est tenue en novembre 1995, a marqué le début du partenariat euroméditerranéen. La déclaration qui en est issue a défini le cadre des relations politiques, économiques et sociales entre les quinze Etats membres de l’Union européenne et les douze partenaires de la Méditerranée du Sud (Algérie, Chypre, Israël, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Autorité palestinienne, Syrie, Tunisie, Turquie). (N.d.R.)

1Sur les décombres des Empires, l’affirmation d’un nouveau territoire pour des “micro-résistances” locales face au pouvoir global.

2Au XXe siècle, nous avons assisté à l’effondrement de quatre empires, dont nous subissons les conséquences encore en ce début de millénaire :

  • de l’Empire austro-hongrois, qui facilitera l’émergence du principe des nationalités et d’affirmation de l’Etat-nation ;
  • de l’Empire ottoman, dont on voit les séquelles au Proche et au Moyen-Orient, tandis que les “puissances” redessinent sans cesse les frontières de ces Etats-barbares ;
  • de l’Empire colonial britannique et français avec une migration nouvelle qui, “rapatriant” des minorités ethniques, culturelles et religieuses, a changé le paysage cultuel d’une France laïque qui se pensait éternelle dans ses valeurs fondamentales universelles ;
  • de l’Empire soviétique, rendant obsolète la bipolarisation du monde mise en place lors de la conférence de Yalta, qui a brouillé les schémas idéologiques.
Si l’on ajoute à cet ensemble extérieur le fait que l’Europe ne se construit pas et démontre son incapacité d’acteur principal, non seulement au Proche-Orient mais en Europe même (ex-Yougoslavie), il est presque normal que face à tant de variables contradictoires et face à la complexité du monde moderne, dont nous n’avons pas encore trouvé les outils pour le comprendre, nos compatriotes ressentent un certain brouillage des schémas traditionnels donnant du sens au monde. Cela se traduit en particulier par un repli identitaire et par une concurrence entre les acteurs et les différents entrepreneurs : Etats, institutions locales, ONG, entreprises multinationales et même religions universalistes…

3En France, plus particulièrement, l’Etat providence est peu à peu vidé de sa substance et il se retire de plus en plus dans ses fonctions d’assistance et de services publics. Aussi, suite à une fausse décentralisation, ce sont les Régions qui assument de plus en plus la charge autrefois remplie par l’Etat central, tandis que les grandes lignes du développement sont définies ailleurs, sans tenir compte toujours des spécificités locales, d’où “délocalisation”.

4Mais paradoxalement assistons-nous ailleurs à une sorte de “reterritorialisation”, à l’inverse de ce que l’historien Eugen Weber avait appelé “la fin des terroirs” [2] ?

5Il est donc opportun d’essayer de comprendre quel visage politique, juridique et identitaire vont prendre les Régions comme actrices secondaires résistant aux effets pervers de la mondialisation. En particulier, comment vont s’articuler les relations entre les différentes Régions méditerranéennes sans passer directement par le ministère des Affaires étrangères.

6Après le succès du Forum des réseaux des Régions du monde à Marseille au début du mois de mars 2007, à l’issue de la première Convention pour une approche territoriale du développement sous la houlette des Nations unies, la question se pose de l’utilisation de la relative autonomie des Régions par rapport aux Etats, favorisant la possibilité d’actions concertées entre Régions, économisant les longues procédures dues à la souveraineté des Etats et qui plus est en préservant les identités culturelles : pour survivre à la “mondialisation” et même en bénéficier, il faut certes s’ajuster à certains de ses impératifs, mais il faut aussi avoir un socle sûr à domicile : un pied dans l’hôtel Hilton et une chaise dans sa paroisse ! Il me semble en effet que le couple globalisation-repli identitaire dû au brouillage des schémas connus par suite de la complexité du monde postmoderne traduit bien cette crise de l’Etat confronté à des entrepreneurs de plus en plus nombreux et de nature fort différente : ONG, individus, trusts, sectes internationales, travailleurs nomades et… Régions autonomes !

7Les allégeances sont désormais multiples et plus seulement nationales. Le déplacement de la signification politique du territoire comme fondement de l’allégeance induit un repositionnement des modes d’accès à un contrat politique reconstruit sur de nouvelles motivations qui n’impliquent peut-être plus l’identification entre appartenance et allégeance. Par exemple, sauver la mer Méditerranée et l’étang de Berre en Provence procède de la même exigence de lutter contre la pollution et non pas d’une quelconque nationalité…

8L’émergence des Régions tient – à mon sens – à deux facteurs essentiels : la recherche de l’intérêt général s’efface peu à peu en faveur du contrat individuel. C’est le résultat paradoxal de l’individuation et du libéralisme mondialisé. Mais cela a conduit à une inversion des “fondamentaux”, car l’idéologie n’est pas morte : elle ne se dit plus comme telle et surtout elle confirme le mot de Raymond Aron : c’est la pensée des autres !

9La fin du politique, forclusion de la politique ou simplement glissement du champ politique vers des instances non encore complètement légitimes ?

10Il faut sans doute commencer par le politique : quel est le champ réel du politique ? La totalité du lien social, de la cité grecque comme “type-idéal” à la cité de Dieu chez saint Augustin ou Ibn Taymiyya en passant par la conception bonapartiste ou césaro-papiste française, la définition prusso-hégélienne de l’Etat ou seulement sa version et sa forme jacobines, sans oublier les sociétés “sans Etat” magnifiquement décrites par Pierre Clastres… après Alain, le philosophe bien oublié aujourd’hui. Et donc pourquoi pas la Région et les “intercommunalités” ?

11Pourquoi les Français croient-ils que leur modèle – d’ailleurs fort imprécis au-delà des mythes – est le seul à validité universelle et éternelle ?

12L’Etat, sous sa forme dite “moderne”, se présente ou tout au moins est légitimé par ses tenants comme l’institution de la raison – qui serait Raison universelle avec un grand R –, institution de la raison qui succéderait aux mythes, aux croyances archaïques et donc aux légitimations prémodernes de l’ordre de la cité… sans que soit clairement énoncée la définition de cette modernité.

13Le politique serait donc, d’un point de vue statique, l’ensemble des structures induites des relations d’autorité et d’obéissance établies en vue d’une fin commune de façon à ce qu’au moins le groupe n’éclate pas. On sait, grâce à Etienne de La Boétie, que dans ce cas la soumission est volontaire, et en ce sens Friedrich Engels avait bien vu que l’Etat était l’aveu que la société civile devait faire appel à une structure ou une instance extérieure à elle pour réguler ses conflits. C’est d’ailleurs la définition que donnent les sociologues de la différence entre Gemeinschaft et Gesellschaft, c’est-à-dire entre “communauté” et “société” : une communauté est un groupe qui ne fait pas appel à une instance extérieure pour régler ses conflits internes et, en ce sens, contrairement au discours médiatique, il y a bien peu de communautés en France si l’on en juge par la jurisprudence sur ce point…

14Quand la démarche rationnelle d’adhésion au contrat (républicain) fait défaut, le mode associatif, communautaire ou volontaire (nouveaux mouvements religieux – NMR – ou sectes), le remplace, mais l’inverse est vrai : quand le monde communautaire n’est plus performant, on peut accepter le contrat national-étatique. En effet, dans le système révolutionnaire à la française, l’articulation du mode de légitimité se fait autour du syllogisme : l’Etat = la Nation = le Peuple souverain, donc la Loi est générale et impersonnelle. L’élu est l’élu de la nation tout entière et pas de ses électeurs, car le citoyen abstrait est sans “feu ni lieu”. Or, nous voyons qu’aujourd’hui, c’est bien le lieu qui crée le lien et pas seulement dans les “quartiers sensibles”. En ce sens, le néofondamentalisme est une réponse à l’éclatement des repères.

15Mais il y a alors élargissement du champ politique, donc politisation d’une société quand il faut faire appel à une autorité ou à des principes médiateurs extérieurs à la communauté de base et à la “religion civile”. Lorsque l’intégration réussit, c’est-à-dire lorsque les individus, malgré leur appartenance groupale primaire, adhèrent à cette conception de la régulation par le haut ou l’ailleurs, la politisation publique augmente. Lorsque la société se délite, la politique “privée” apparaît et l’intégration faiblit. Le politique disparaît si l’intégration est totale, et dans ce cas l’Etat dépérit. C’était le rêve de Karl Marx, mais les hommes ne sont sans doute pas assez sages pour être civiques. L’Etat dépérit également si la société se désintègre complètement, ce qui semble être le cas aujourd’hui sous le double coup de boutoir de l’individualisme forcené et de la mondialisation du capital.

16Nous découvrons, face à ce vide, quelles sont les instances ou les structures de production de biens symboliques qui se précipitent pour le remplacer : les sectes et les NMR, les associations multiples, les radios culturalo-ethnico-religieuses relevant de solidarités non étatico-nationales et donc pourquoi pas de nouvelles instances locales, comme la Région ou les regroupements de communes, d’autant plus que le département apparaît comme affaibli.

17Nous avons donc deux visions possibles du politique : l’une par le haut, qui relève de la Staatwissenschaft, le regard par les seules institutions, et l’autre à la limite extrême que Sigmund Freud nomme la libido dominandi, ou le désir de commander ou encore plus prosaïquement le paradigme Iznogoud – “je veux être calife à la place du calife” –, paradigme universel répandu dans tous les niveaux et arcanes de la société, depuis l’appareil d’Etat jusqu’à la plus petite association de quartier. Entre les deux on trouve un système d’autorégulation qui ne se vit pas comme “politique”, régulation par la tradition, les anciens, le clientélisme, un parochial system, produisant des règles drastiques intériorisées par le groupe, système que d’aucuns voient aujourd’hui à l’œuvre dans nos sociétés urbanisées à travers cette fausse convivialité médiatisée par l’ordinateur, le Web, les blogs, la démocratie participative et ces émissions prime time qui fabriquent des générations d’otaries (“applaudissez !”). En Région Paca – Provence-Alpes-Côte d’Azur –, les formes intégratrices de “l’être ensemble” passent aussi par l’équipe de football l’OM – Olympique de Marseille – ou les corridas d’Arles et de Nîmes, enfants perclus voire illégitimes des solidarités typiquement méditerranéennes… Panem circensesquae

18La politique, elle, a pour fonction de présider à l’unité du groupe qui a choisi – pour quelque raison ou sans raison exprimée – de passer de la communauté à la société, de la tribu au gang, de la solidarité mécanique à la solidarité organique, à l’association volontaire plutôt qu’à la famille, la maffia, même si certains politiciens répugnent à utiliser le mot “parti” et préfèrent sans rire parler de famille : “famille libérale”, etc.

19La politique serait alors la traduction dynamique de tous les phénomènes impliqués par la conquête et l’exercice du pouvoir. Mais elle ne saurait se confondre avec ce que l’on appelle aujourd’hui d’un terme aussi imprécis que pédant la “gouvernance”, car qu’est-ce qu’une bonne gouvernance sinon une bonne politique au sens premier du terme ? Et la politique ne saurait encore moins se confondre avec les seules “politiques publiques”, car réduire la politique au seul domaine public ou à celui de la cité en général dissimule l’ambiguïté latente que constitue l’appel légitimant à l’intérêt général ou au bien commun. Nous savons que chaque “Iznogoud” est prêt à se sacrifier “à la demande de ses amis dans l’intérêt général et pour le bien commun”… Aujourd’hui il semblerait que le bien commun de “la France d’en bas” ne corresponde plus à l’intérêt de la France d’en haut… Et donc la fiction Etat = Nation = Peuple s’effondre. Et nous constatons de plus en plus l’apparition d’allégeances par le bas (culture – culte) et par le haut (Europe – monde) qui rendent secondaire le seul marqueur national d’identité. Car l’Etat providence, normatif, centralisé mais ayant abandonné le colbertisme, ne remplit plus ses fonctions régaliennes, perd de sa souveraineté, se défausse sur les Régions et accuse, quand il n’y participe pas, la mondialisation ou l’Europe de tous les maux. La classe politique tout entière semble coupée du peuple et en tout cas est incapable de remplir ses promesses. Le décalage est drastique entre élus souvent mal élus par suite de triangulaires, et le peuple souverain qui se désintéresse des grands combats idéologiques : la faible participation électorale [3] et l’éparpillement des voix sont là pour prouver les limites de la démocratie directe ou indirecte, tandis que les pillards de l’Etat sont immunisés contre l’éventuel contrôle du pouvoir judiciaire, et je ne fais pas allusion seulement aux deux familles royales qui règnent sur la Ve République depuis des décennies.

20Si l’on y ajoute cet individualisme forcené typique de notre époque (“c’est mon choix”, “j’en ai rien à foutre”, “mon corps est à moi”, etc.) et la recherche du bonheur mais sans l’ascèse grecque, couplés à un droit subjectif du désir, la “société” doit alors pouvoir répondre à tous les droits individuels. C’est donc la télévision qui organise le spectacle : les Fogiel, Delarue, Nagui et autres saltimbanques et bateleurs remplacent le confesseur et le psychanalyste non pas dans le secret du confessionnal ou du cabinet, mais dans la transparence publique : otaries + voyeurs !

21Mais – et la contradiction pour ne pas dire l’aporie – est que cette individuation s’accompagne d’un recours de plus en plus évident à l’identité particulière, culturelle, religieuse, voire paroissiale, de quartier, de club, car c’est le lieu qui crée le lien : “je suis…” rappeur, de l’OM, de la cité de Castellane, mais aussi arménien et avant tout marseillais. Mais il y a aussi des Bretons bretonnant au Diwan, des Corses, des Basques et leurs iskatola, des juifs, des musulmans, et surtout comme le dit un représentant médiatique de la police, des voyous et des idéologues !

22Le marqueur identitaire n’est plus la citoyenneté abstraite, créant ainsi chez certains une peur panique du “communautarisme” à l’américaine… Horresco referens ! Et pourtant j’entends tous les soirs sur les étranges lucarnes du JT de vingt heures le présentateur parler de la communauté internationale, de la communauté nationale, de la communauté universitaire ou celle des postiers au même titre que de la communauté pied-noir, harkie, gay, juive, arménienne… Les concepts sont nomades, et donc les certitudes dans les grands principes fluctuent au gré des passions et de l’émotionnel.

23Comme beaucoup de nos contemporains, je suis “désorienté”, comme quelqu’un qui a perdu son étoile polaire. Jean-François Lyotard prétendait que c’était cela la postmodernité : la fin des grands récits, la fin des utopies, la fin des millénarismes et des eschatologies… La fréquentation des arabo-musulmans m’a permis de comprendre qu’en Islam l’homme qui a perdu sa dimension polaire, c’est-à-dire celui qui n’est plus orienté vers al-Qutb, le pôle céleste, est alors livré au dilemme du jour succédant à la nuit et de la nuit succédant au jour sans fin, au double sens de but et de terminaison. Alors il est disponible pour suivre n’importe quel chemin, n’importe quel “gourou” moderne ou réactionnaire qui n’est ni un imam, ni un maître spirituel…

24La question clé qui légitime notre désir de consacrer un numéro de notre revue à la Région pointe ici : ce changement de légitimité laisse-t-il la place à la Région comme nouvelle entité, unité productrice d’un nouveau “être ensemble” ? C’est la question que nous avons posée à un certain nombre d’acteurs, d’hommes politiques ou de chercheurs citoyens.

25Quelle Région pour demain ?

26Il fallait bien commencer, face à l’émergence récente des Régions en Europe, par se poser cette double question : qu’est-ce qu’une Région et comment envisager son devenir ? En effet, il apparaît assez clairement que tous les pays européens n’ont ni la même conception ni la même pratique, et que l’évolution n’est pas la même dans le Bassin méditerranéen. Dans le cadre institutionnel français, les acteurs oscillent entre une décentralisation renforcée et une régionalisation réinventée. Nous nous sommes donc posé toute une série de questions que nous avons ensuite proposées à la sagacité de professionnels et d’élus, en partant bien entendu de notre exemple local, la politique menée en Région Paca.

27Que peut une Région face à la globalisation ? Des microrésistances sont-elles possibles à travers par exemple des politiques singulières telles que le renforcement du ferroutage ? L’approfondissement de la liaison Provence-Italie du Nord ou la transformation du gabarit du port autonome de Marseille et la possibilité d’ouvrir une voie navigable sur le Rhône ? Ces “résistances” pourraient-elles ainsi devenir, dans certaines conditions, de véritables alternatives au déclin annoncé ?

28Y a-t-il un possible élargissement du champ politique et jusqu’où ?

29Une Région telle que notre Provence-Alpes-Côte d’Azur peut-elle avoir une politique internationale ? Comment peut-elle jouer son rôle en Méditerranée ? A travers quelles alliances et quels partenariats ? Par exemple avec la mise en place d’une solidarité concrète avec les pays de la rive sud sur des terrains tels que l’eau, la mer, la protection de la forêt. La Région Paca, dans le cadre d’une relation euroméditerranéenne, pourrait-elle lutter contre les discriminations induites par la mondialisation ? Mais par-delà les effets strictement économiques de la “mondialisation” ou de la globalisation et de la courbure de l’espace-temps capitalistique, il nous fallait aussi aborder les problèmes culturels, voire cultuels, propres à cet ensemble original qu’est la Méditerranée : quelle identité ? La question est posée au niveau national, elle existe aussi au plan régional, et dans ce cas n’est pas formulée clairement, alors que certains élus flattent les communautés ethnico-religieuses en ce sens.
Faut-il renforcer les identités régionales ? Le sentiment d’appartenance à un territoire peut-il créer une identité dans ce cadre d’une communauté de destin ? Quelle est notre position à propos des langues régionales, sachant que la France n’a pas ratifié la charte européenne sur ce plan ou dans le dialogue interculturel et religieux si sensible dans notre Région ?
Par ailleurs, il semble que les flux migratoires soient appelés à s’inverser, et qu’une Région telle que Paca – et Marseille autrefois “porte de l’Orient” dans les deux sens – soit amenée à accueillir dans l’avenir un nombre croissant de “migrants” retraités venus de l’Europe du Nord, qui auront d’ailleurs le plus souvent le droit de voter aux élections locales… Comment allons-nous gérer ces transformations démographiques ?
Comment anticiper les scénarios possibles ?
Fort de l’expérience tissée depuis 1998 avec une quinzaine de Régions, le président Michel Vauzelle a réussi son pari : il faut maintenant transformer l’essai. Nous proposons donc une réflexion plus précise portant autour de la question du statut idéal pour notre Région Paca, car hélas ! la résistance “jacobine” de la France du centre induit que les Régions françaises ont bien moins d’autonomie que les autres Régions européennes, comme l’expose clairement Claude Olivesi, fort de son expérience corse certes, mais aussi en tant que spécialiste du modèle régional européen.
Longtemps nous avons raisonné en termes de centre et de périphérie, mais avec la “mondialisation” certaines Régions deviennent à leur tour des centres, la Catalogne peut-être… Il faut donc revisiter la définition de la Région et pour nous tout d’abord la définition de la Méditerranée, compte tenu du relatif échec des espoirs soulevés par la conférence de Barcelone [4] en 1995.
Car malgré cet échec, je considère toujours que l’unité de la Méditerranée d’abord occidentale (le fameux 5 + 5) est une ardente obligation, une nécessité et un gage de paix pour toute la Méditerranée, y compris pour le règlement du conflit israélo-palestinien.
Car c’est bien la paix qui est le véritable enjeu : la paix à l’intérieur de la Région et la paix à l’extérieur : pour nous en Méditerranée d’abord.


Date de mise en ligne : 01/01/2010

https://doi.org/10.3917/lpm.hs01.0105