Article de revue

Editorial

Identité, identités...

Pages 4 à 5

Citer cet article


  • Fabre, T.
(2007). Editorial Identité, identités... La pensée de midi, 21(2), 4-5. https://doi.org/10.3917/lpm.021.0004.

  • Fabre, Thierry.
« Editorial : Identité, identités... ». La pensée de midi, 2007/2 N° 21, 2007. p.4-5. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2007-2-page-4?lang=fr.

  • FABRE, Thierry,
2007. Editorial Identité, identités... La pensée de midi, 2007/2 N° 21, p.4-5. DOI : 10.3917/lpm.021.0004. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2007-2-page-4?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lpm.021.0004


Notes

  • [1]
    Depuis 1975, la part des échanges commerciaux est passée de 8 % à 20 % du PIB mondial.
  • [2]
    Le Monde, 7 avril 2007.
  • [3]
    Libération, 4 avril 2007.
  • [4]
    Philippe Delmas, Il n’y a pas de malheur français, Grasset, 2007.

1Un vaste mouvement se dessine : “globalisation des objets, tribalisation des sujets” ! Pris dans la bourrasque des échanges qui se multiplient à l’infini [1], nous sommes perdus, en quête de repères stables, là où tout est changement. Nous voici partis à la recherche de nos sources, racines et mémoires... Ces passions généalogiques occupent de plus en plus de monde dans nos sociétés déboussolées. Le flottement, la nuée, l’incertitude, appellent un profond besoin d’identité. Il faut prendre acte de ce désir d’être au monde sans être de nulle part. Il y a là une nécessité de se situer, de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Mais pourquoi une telle quête devrait-elle être exclusive ? L’identité n’est pas une essence, hors du temps et de l’histoire, pas plus qu’une substance, que certains viendraient altérer par leur présence. Cette vision étriquée et dangereuse, néomaurassienne, a jadis été mise en avant pour exclure et persécuter les juifs de France, qui n’étaient pas acceptés comme des juifs français. Cela va-t-il recommencer avec d’autres populations considérées comme allogènes ou inassimilables ?

2L’identité nationale ainsi conçue, est à l’exact opposé de la grande tradition de la Nation française, héritière des Lumières et de la Révolution. A une vision racornie, étriquée et dangereuse de l’identité nationale, il convient d’opposer le rapport à l’universel qui fonde une identité ouverte, inscrite dans un projet tendu vers l’avenir et qui se nourrit de valeurs partagées. La fidélité à cet héritage de la Révolution française est le meilleur garant de l’identité nationale dans ses principes.

3“Bleu, blanc, rouge, c’est à nous aussi / Même si on n’a pas les mêmes racines”, et Akhenaton, du groupe IAM, ajoute : “Il y a peut-être moyen de construire ce pays-là, de recoller les deux France derrière ses valeurs révolutionnaires [2].” Cet héritage révolutionnaire populaire est à l’exact opposé de tous les populismes qui veulent créer un “ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale”. Comme le souligne justement Bernard Stasi, ancien président de la Commission sur la laïcité, il s’agit d’une “proposition qui rapetisse notre pays, rétrécit son âme, atrophie sa générosité, assombrit son rayonnement. Une régression effrayante qui sous-tend, de façon à peine voilée pour le coup, que l’Etranger pourrait miner la nation française [3].” On n’est pas très loin du discours obsessionnel sur l’“invasion” qui conforte le malaise français dans ses fantasmes et ses peurs. Comme si l’immigration était la cause de tous nos maux, qu’une fois cette question réglée, grâce à un contrôle policier accru à nos frontières et jusque dans nos écoles qui abritent des enfants clandestins, tout irait pour le mieux dans notre “cher et vieux pays”...

4Illusion trompeuse et mystificatrice, la France n’est pas une gloire fanée, son étoile n’est pas morte et son identité, politique, n’est pas vaine. “Notre pays est dans une position unique pour inventer l’avenir car lui seul a exploré les limites de l’Etat comme source unique du pouvoir légitime. C’est cela qui se termine sous nos yeux, parce que ce pouvoir n’est plus assez puissant pour nous rassurer et qu’il échoue désormais à nous endormir”, observe judicieusement Philippe Delmas [4] dans un essai stimulant. Cette recomposition du pouvoir, légitime et symbolique, en dehors du seul Etat ouvre un bel avenir aux Régions ! C’est ce projet qu’il nous appartient d’explorer, non pour conforter des régionalismes identitaires, mais pour dessiner, à partir d’un lieu ou de ce que Michel de Certeau appelait un propre, des appartenances ouvertes sur l’Europe et la Méditerranée...

5Marseille, le 14 avril 2007.


Date de mise en ligne : 01/01/2009

https://doi.org/10.3917/lpm.021.0004