La condition urbaine, ou comment penser des limites ?
- Par Thierry Fabre
Page 88
Citer cet article
- FABRE, Thierry,
- Fabre, Thierry.
- Fabre, T.
https://doi.org/10.3917/lpm.018.0088
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- FABRE, Thierry,
https://doi.org/10.3917/lpm.018.0088
1Olivier Mongin a l’art de conjuguer les savoirs. En homme de revue qui aime se faire passeur d’idées, il nous fait entrer dans des univers qui restent volontiers étrangers les uns aux autres. La ville, dans son dernier livre, est le lieu où il parvient à relier une connaissance esthétique et philosophique, un savoir sur l’urbain et l’architecture, conjugué à des analyses plus sociologiques ou anthropologiques. Tout cela donne un livre rare, fertile et généreux, que Mongin a fort justement choisi d’appeler La Condition urbaine.
2Vivre la ville, dans ses multiples dimensions et toutes ses métamorphoses, à la fois comme espace citadin (première partie), comme expérience d’une possible urbanité face à la “ville générique” (deuxième partie) et comme défi politique des lieux traversés par les flux de la mondialisation, qui doivent réapprendre à tracer des limites (troisième partie). Cette dernière partie ouvre des perspectives majeures et nous permet de mieux nous situer dans la relation à la ville et à l’architecture. Il est vrai, comme le souligne Olivier Mongin, “qu’on ne refera pas la ville contre les flux mais à partir d’eux”. Reste qu’on n’habite pas des flux mais des lieux, et que laisser la ville dévastée par la simple logique marchande produit une crise politique profonde. Mais nous ne sommes pas complètement démunis face à la crise de la condition urbaine. Mongin fait notamment référence aux travaux d’Alberto Magnaghi qui, à travers son “projet local”, tente de renouer avec l’utopie des lieux. L’enjeu principal est de retrouver une culture urbaine des limites, qui permette de vivre la ville à l’échelle humaine. Face à la ville qui devient volontiers virtuelle, face à la prolifération des non-lieux, il est un art d’habiter le monde qui demeure et qui n’a rien de révolu.
3L’héritage méditerranéen de la cité n’est plus une vieille lune à ranger dans le magasin des archaïsmes et des antiquités, c’est une source possible pour inventer la ville à venir. Entre alors en ligne de compte la pulsation de la ville, le rythme qui la constitue : “Mais le rythme urbain ne correspond pas à n’importe quoi, il ne s’accorde ni avec le n’importe quoi d’un lieu sans espacement, ni avec le n’importe quoi du lieu branché. Pour qu’il ait lieu, il faut circonscrire des limites.” Cette quête des limites face à la démesure de l’ordre marchand resitue pleinement les relations entre “l’urbaniste, l’architecte et la vie publique”.
4Voici un livre indispensable pour tenter de penser la ville comme lieu d’une possible “civilisation commune”, où l’architecture prend toute sa place, mais sans jamais être considérée comme un art solitaire fait de “machines singulières”…
- Olivier Mongin, La Condition urbaine. La ville à l’heure de la mondialisation, Le Seuil, 2005.