Daniel Bart et Bertrand Daunay, Les blagues à PISA. Le discours sur l’école d’une institution internationale, éditions du Croquant, 2016, 132 p., 12 €.
- Par Laurent Etre
Pages 145 à 146
Citer cet article
- ETRE, Laurent,
- Etre, Laurent.
- Etre, L.
https://doi.org/10.3917/lp.389.0145
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- Etre, L.
- Etre, Laurent.
- ETRE, Laurent,
https://doi.org/10.3917/lp.389.0145
Daniel Bart et Bertrand Daunay, Les blagues à PISA. Le discours sur l’école d’une institution internationale, éditions du Croquant, 2016, 132 p., 12 €.
Laurent Etre
1 Créée en 2000 par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le Programme international de suivi des acquis des élèves (PISA) publie, tous les trois ans, une étude comparative dont les résultats sont toujours abondamment commentés dans la presse (et cela a été encore le cas, en décembre 2016, pour la sixième édition), mais dont le discours général, lui, est assez peu critiqué.
2 Il y a pourtant beaucoup à redire, comme le montre le présent ouvrage de Daniel Bart et Bertrand Daunay. Avec un sens certain de l’ironie, qui n’affecte en rien la rigueur du propos, ces deux enseignants-chercheurs de l’université de Lille passent au crible la littérature que produit le PISA à chaque nouvelle édition de son évaluation. À l’aide de nombreux exemples, ils donnent à voir les ressorts d’un discours qui, sous le vernis de l’expertise, s’avère truffé de tautologies et de platitudes. Ainsi apprend-on, dans un texte datant de 2001, qu’« un apprenant digne de ce nom traite l’information de façon efficace ». Ou encore, dix ans plus tard, que « la faculté de transmettre des informations par écrit ou oralement est l’un des plus grands atouts de l’humanité ». Autant de fabuleuses découvertes…
3 Plus inquiétantes sont les incantations qui émaillent les productions du PISA. Là, la culpabilisation des classes populaires (« les milieux socio-économiques défavorisés », dans le jargon PISA) joue à plein. « Le score des élèves issus de milieux socioéconomiques défavorisés serait nettement plus proche du score des élèves favorisés s’ils s’engageaient davantage dans la lecture et considéraient l’apprentissage sous un jour plus positif », est-il lâché dans le volume III des Résultats du PISA 2009, publié en 2011.
4 Que dire, par ailleurs, de cette vision de l’avenir martelée au fil des rapports ? « Les établissements doivent préparer les élèves à s’adapter à des changements plus rapides que jamais, à exercer des professions qui n’existent pas encore, à utiliser des applications technologiques qui n’ont pas encore été inventées et à résoudre des problèmes économiques et sociaux dont on ignore encore la nature ou la survenance », peut-on ainsi lire dans l’« avant-propos » du secrétaire général de l’OCDE au volume I des Résultats du PISA 2009. Ce discours anxiogène sur l’avenir, cette rhétorique de l’adaptation permanente, sont-ils, au fond, autre chose que des outils servant à instiller la résignation face au présent, face aux « problèmes économiques et sociaux » d’aujourd’hui ? Autrement dit, ne s’agit-il pas, paradoxalement, par ces injonctions au changement perpétuel, de légitimer le système actuel, ce néolibéralisme qui introduit les logiques de l’entreprise capitaliste dans les services publics et transforme en marchandise tout ce qui relève, telle l’éducation, du bien commun ? Le PISA n’hésite pas, en tout cas, à ériger en modèle les entreprises et leur sens philanthropique bien particulier : « Les pouvoirs publics, à l’image des entreprises, devraient connaître leurs besoins afin de se doter d’une main-d’oeuvre efficace : un vivier de personnes talentueuses au sein duquel recruter les nouveaux salariés […], des récompenses pour les éléments les plus performants, une aide pour ceux qui ont besoin de s’améliorer, et les moyens de pousser vers le départ ceux qui ne peuvent pas ou ne veulent pas s’améliorer », est-il préconisé dans le volume IV des Résultats du PISA 2012.
5 En tant qu’universitaires, Daniel Bart et Bertrand Daunay se gardent cependant de toute considération idéologique, préférant maintenir leur critique sur le terrain de la logique interne du discours de PISA, où la tâche est déjà d’ampleur. Pour autant, ils n’interdisent aucunement à leurs lecteurs de prendre des positions plus tranchées. Et l’on peut prédire que les éléments qu’ils livrent à la réflexion, bien souvent, y mèneront.