Yémen : guerre et formes d’identification
- Par Jacques Couland
Pages 33 à 44
Citer cet article
- COULAND, Jacques,
- Couland, Jacques.
- Couland, J.
https://doi.org/10.3917/lp.384.0033
Citer cet article
- Couland, J.
- Couland, Jacques.
- COULAND, Jacques,
https://doi.org/10.3917/lp.384.0033
Notes
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[1]
Pour un état des lieux antérieur aux « printemps arabes », cf. notre contribution « Yémen en crises : essai d’approche », Lettre des Relations Internationales, mars 2010, p. 7-11.
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[2]
Jacques Couland, « Genèse et étapes de l’unité yéménite. Trois décennies pour conclure », in Michel Tuchscherer (dir.), Yémen, passé et présent de l’unité, R.E.M.M, 67, 1993/1, février 1994, p. 79-93.
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[3]
On a souvent glosé sur le mot d’ordre qui remonte à une conférence prononcée par Husayn al-Houthi en janvier 2002 et qui figure encore parfois sur leur pavillon : « Dieu est grand, Mort à l’Amérique, Mort à Israël, Maudits soient les Juifs, Victoire à l’islam » (N. Tr.).
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[4]
Il obtient 98 % des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 64 %.
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[5]
Nommé par Ban Ki-moon, conseiller spécial des Nations unies, pour le Yémen avec le rang d’assistant du Secrétaire général, début août 2012.
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[6]
Une interview de Muhammad al-Mikhlâfî, ex-ministre des Affaires juridiques et vice-secrétaire général du Parti socialiste yéménite (PSY), revient sur son expérience de membre du Dialogue national. Concernant le fédéralisme, il pense qu’il n’était pas nécessaire de prévoir de fixer dans la Constitution les détails des régions ; s̕agissant du Sud, sa proposition de ne pas le diviser s’appuie sur le souci de ne pas revenir à la période coloniale. Enfin, il regrettait que l’armée ne soit divisée qu’en forces soumises au seul « président précédent et à sa famille » : « garde républicaine, forces spéciales, garde spéciale », au lieu d’en revenir aux unités traditionnelles : armée de terre, de l’air et navale – ce qui ne changera finalement pas. Texte intégral arabe <aleshteraki.net>, 31/01/2015.
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[7]
Une traduction « non officielle » en anglais, ainsi que le texte original en arabe, sont disponibles sur le site <constitutionnet.org>.
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[8]
« Arab Islamic » dans la traduction anglaise, « `Arabîyah Islâmîyah » dans l’original arabe (art. 1). S’il fait de l’islam la religion de l’État (art. 2), il n’en reste pas moins ouvert à l’évolution : l’Ijtihâd, traduit par « interprétation » figure dans le texte ; c’est le « civil » (« Madanî ») qui l’emporte.
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[9]
Art. 305 sur les tâches de la commission nationale des femmes.
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[10]
Cf. note 6.
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[11]
On disposait pour le Yémen du Nord du livre de Paul Dresch, Tribes, Government, and History in Yemen, Oxford, Clarendon Press, 1993 ; pour un prolongement plus récent, cf. Stephen W. Day, Regionalism and Rebellion in Yemen, New York, Cambridge University Press, 2012.
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[12]
Stephen W. Day, op. cit., p. 309 (N. Tr.).
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[13]
Paul Dresch, op. cit., p. 38 (N. Tr.).
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[14]
Il en était de même pour le Sud, avant l’unité. Fawwaz Traboulsi : « Les transformations des structures tribales depuis l’indépendance du Yémen du Sud », in Jacques Couland et Blandine Destremau (dirs.), « Arabie du Sud, le commerce comme facteur dynamisant des changements économiques et sociaux », Cahiers du Gremamo 10, LTMA (Paris VII, URA 363 CNRS), 1991, p. 125-143.
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[15]
Résolution du Conseil de sécurité 2140 (07/11/2014). Pour le détail des sanctions américaines, Treasury Sanctions Political Spoilers Threatening the Peace, Security and Stability of Yemen, 10/11/2014, <www.treasury.gov/press-center>.
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[16]
Et même de l’agence de presse (Saba net) qui depuis ne diffuse que sous leur contrôle exclusif.
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[17]
Sans le soutien du président déchu et des forces sous commandement des siens et de ses alliés la progression des « milices houthies » aurait été impossible. Saleh voit là en elles l̕opportunité de se rétablir au pouvoir. Il a multiplié les déclarations, souvent avec beaucoup de suffisance, que le journal de son parti al-Mu’tamar <almotamar.net>, a reprises.
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[18]
Entre autres, une “déclaration politique” de l’Office national provisoire du Sud pour la libération et l’indépendance souhaite la bienvenue à Hadî à Aden de la part du Hirâk du Sud pacifique « car c’est sa patrie », mais refuse qu’Aden soit le siège d’une guerre confessionnelle et la capitale provisoire des fauteurs des crimes atroces à l’encontre du peuple du Sud. <tajaden.org>, 23 février 2015 (en arabe). Par ailleurs, le commandant des forces de sécurité spéciales refuse d’être remplacé, car Hadi « is not the legitimate président ». Hadi peut toutefois disposer de 20 000 hommes des comités populaires qui dépendent de son frère. <yementimes.com>, 11/03/2015.
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[19]
Le nombre des états sollicités est plus large ; au Moyen-Orient, la Turquie, la Jordanie, les émirats du Qatar, du Bahrein et du Koweit ; en Afrique, le Soudan et le Maroc (qui devait perdre un avion lors d’un bombardement). Mohamad Bazzi, <blogs.reuters.co>, 27/03/2015.
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[20]
Fatiha Dazi-Henni, « Le Yémen, test de la nouvelle politique saoudienne », <orientxxi.info>, 13/04/2015.
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[21]
Sur la portée de ces courants, Laurent Bonnefoy et Judith Kuschnitzki, « Salafis and the “Arab Spring” in Yemen : Progressive Politicization and Resilient Quietism », Arabian Humanities [En ligne], 4/2015.
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[22]
Notamment sur la sharî`a et la place des femmes.
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[23]
Il faut signaler l’appel de Sheila Carapico, « A Call to Resist Saudi (and US) Aggression in Yemen », The Nation, 02/04/2015, qui « should in no way imply support for the Houthis over other contenders for power in Sanaa », comme ses autres analyses en font foi, par exemple : « Two Revolutions, a Draft Constitution and Late Developments », <www.merip.org>, 17/04/2015. Une « lettre ouverte contre la guerre », signée par 18 universitaires en poste aux États-Unis et en Grande-Bretagne, a été rendue publique par le MERIP le 16 avril, <www.merip.org>.
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[24]
World Health Organization (WHO), Yemen conflict, Situation Report number 11, 12 July-30 July 2015.
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[25]
Oxfam, cité par The Guardian, 28/07/15.
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[26]
Cité par Yemen Times, 10/06/2015.
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[27]
Celle de la Russie qui regrette que l’appel au cessez-le-feu et à l’ouverture de négociations ne vise pas « toutes les parties au conflit », de même que « l’embargo sur les armes ». Cf. « Résolution 2216 et débats (Yémen) », <www.voltairenet.org>, p. 12.
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[28]
Orthographiés « houthistes » dans la version française.
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[29]
Elle renouvelle (art. 14) les sanctions visant Ahmad Ali Abdullah Saleh, les dirigeants militaires houthis Abdullah Yahya al-Hakim et Abd al-Khaliq al- Houthi, « ainsi que [les personnes] agissant pour leur compte ».
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[30]
Une note de mission très détaillée adressée au SG de l’ONU, datée du 22 mars, a été traduite et publiée par <aleshteraki.com>, 23/03/2015.
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[31]
Selon <yementimes.com>, 26/04/2015.
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[32]
Résultant de livraisons françaises antérieures aux émirats arabes unis (EAU). Un dossier publié par Al Jazeera <www.aljazeera.com>, 08/08/2015) fait état d’une augmentation considérable des achats d’armements de 2011 à 2014, par l’Arabie surtout, les émirats arabes unis et le Qatar. Toutes armes confondues, les États-Unis sont les principaux fournisseurs, suivis de la France.
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[33]
On fait état de contingents aptes aux combats de montagne (Pakistanais notamment, malgré le refus de s’engager dans la coalition) ; s’y ajouteraient des égyptiens, des émiratis et des Saoudiens. Le site <yemen-press.com> (23/08/15) qui faisait état le même jour d’une recrudescence des combats dans la wilaya de Sa`da où Abd al-Malek al-Houthi aurait été blessé.
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[34]
Encore que l’émirat d’Abou Dhabi ait fait état de la libération par ses forces d’un otage britannique détenu par Al-Qaïda.
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[35]
Ici aussi, se réclamer plutôt de l’OEI (Organisation de l̕état islamique)peut apparaître pour certains plus « prestigieux ».
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[36]
Il a ainsi été en mesure de contribuer à la libération de l’otage française Isabelle Prime début août.
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[37]
Comptes rendus respectifs : <aleshteraki.com> (10/08/2015) et <al-sahwa-yemen.net> (27/08/2015).
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[38]
Sur ce parti, Laurent Bonnefoy, « Le parti al-Islah au Yémen : entre diversité interne et intégration dans le jeu politique », in Pierre Puchot (dir.), Les Frères musulmans et le pouvoir, Paris, Galaade Éditions, 2015, p. 329-348.
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[39]
Encore qu’une deuxième réunion a eu lieu samedi 29 à Riyadh entre oulamas séoudiens et yéménites, ces derniers étant présentés comme « plus unis et d’accord que jamais », <al-islah.net>, 30/08/2015.
1Le Yémen, à contresens de ce qu’on désignait – il y a si longtemps – d’« Arabie heureuse », est aujourd’hui doublement en guerre, intérieure et du fait d’appuis extérieurs à l’une des parties. Quoi qu’il en soit des évolutions éventuelles d’ici sa parution, cet article est destiné à s’interroger, une fois encore, sur les formes d’identification et de solidarité.
2Paradoxalement, la situation actuelle est le résultat d’une solution apportée à la crise politique vécue par le pays, en contemporanéité avec ce qu’on a désigné ailleurs de « printemps arabe ».
3Pour s’en tenir à l’essentiel, dans le cadre des limites imposées à cet article, on rappellera les principales racines des mécontentements [1].
4L’unification des deux Yémen (Nord et Sud) en 1990, sur la base d’accords négociés, avait fait naître de grands espoirs [2]. Cependant, très vite, les principes avaient été bafoués. Une guerre éclatait en 1994. Supprimant la parité convenue, elle devait placer le Sud sous le contrôle du Nord. Les exactions se multipliaient : pillages, retour des anciens propriétaires à l’encontre des coopératives, privatisations d’entreprises, licenciements, non-paiement des pensions aux retraités de l’armée principalement, etc. Le mécontentement grandissait. En 2005, une manifestation de retraités a été à l’origine de la création d’un mouvement (Hirâk) de protestation pacifique. Un fort noyau réclamait la séparation, dans le prolongement des revendications de Ali Salim al-Bid, ancien président du Sud, puis co-président du Yémen unifié de 1990 ; d’autres se prononçaient pour la réforme de ces situations. De grandes manifestations périodiques ont été organisées à l’occasion des dates anniversaires, notamment à Zinjibar (wilaya d’Abyan. Elles ont fait l’objet d’attaques armées quand le mouvement de contestation du régime s̕est développé à Sanaa et dans d’autres grandes villes de l’ex-Nord.
5La « Rencontre commune » (forum) de l’opposition a été créée, au début des années 2 000, en réaction des tendances hégémoniques, tant politiques qu’économiques, du président Saleh et de son parti, le Congrès général du peuple (CGP). Elle comprenait : le parti du Rassemblement de la Réforme (al-Islâh), majoritairement de tendance tribale et Frères musulmans, avec une présence salafiste ; le Parti Socialiste Yéménite (al-Ishtirâkî), ex-parti unique du Sud, maintenant affilié à l’Internationale socialiste ; des partis « nassériens » ; le parti Baas, et un petit parti zaydite de formation récente, al-Haqq. Aux présidentielles de septembre 2006, son candidat a obtenu 22 % des voix, mais les amendements proposés pour les élections de 2007 ont été rejetés, consolidant jusqu’à nos jours, avec des variantes quant à la participation des petits partis, leur opposition à Ali Abdallah Saleh.
6Le conflit avec les Houthis (2004-2010) concernait les wilayas septentrionales du pays, aux frontières des territoires yéménites occupés et gérés par l’Arabie saoudite depuis 1934 (Asir, depuis flanqué de Jizan et Najran), finalement cédés par le traité yéméno-saoudite du 12 juin 2000 sur les frontières. Les habitants de ces wilayas sont de confession zaydite, confession jadis dominante au Yémen du Nord sous la monarchie zaydite, renversée par la révolution de 1962, appuyée par l’Égypte, malgré une résistance de plusieurs années soutenue alors par l’Arabie saoudite. On estime qu'ils représentent aujourd’hui 35 à 40 % de la population du Yémen unifié, celle-ci majoritairement de rite sunnite chaféite. Les Houthis sont une formation politique familiale clanique, initiée par un député, Husayn al-Houthi, membre au départ d’al-Haqq. Au début des années 2000, leur mouvement s̕est d’abord concentré sur la protestation contre la marginalisation de leur région (manque de moyens et de considération du pouvoir central). Ils le radicalisent, en 2003, en opposition à l’appui apporté par le président Saleh à l’intervention états-unienne en Irak [3]. Leur milice, Ansâr Allâh (Partisans de Dieu), se veut surtout défensive, mais des combats et accrochages parfois violents avec l’armée s’ensuivent, avec parfois des débordements hors des frontières, en Arabie saoudite. Après l’assassinat de Husayn, en septembre 2004, son père prend la relève, puis son frère, Abd al-Malik. Après plusieurs phases de combat, un cessez-le-feu survient, suivi d’un accord à leur détriment en 2010.
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9Dès janvier 2011, des manifestations éclatent dans la capitale pour demander la fin des 32 ans de présidence de Saleh, sur la base des revendications voisines de celles des « printemps » de Tunisie et d’Égypte (droits, dignité, liberté). La répression, mais aussi la promesse de Saleh qu’il ne se représentera pas en 2013, ne font que renforcer l’opposition, à laquelle se joignent les partis de la « Rencontre commune » parlementaire dès février. En avril et mai, Saleh fait tirer sur les manifestants et refuse à plusieurs reprises l’accord de transition préparé par le Conseil de coopération du Golfe qui prévoyait son départ. Dès fin mai, la solution répressive conduit à des combats avec les forces de Sadek al-Ahmar, shaykh de la puissante tribu des Hached. Blessé en juin, Saleh doit se rendre en Arabie saoudite pour des soins.
10Il signera finalement, le 23 novembre à Riyadh, une solution qui lui est plus favorable que les accords jusque-là rejetés : son retrait est effectif d’ici 90 jours (et non 30 comme initialement prévu) ; un gouvernement d’entente nationale est constitué quelques jours après. Seul candidat, l’ex-vice-président Abd Rabbo Mansur Hadi est élu le 21 février 2012 président de la République pour une période intérimaire de deux ans [4]. Le 27 février, Saleh remet le pouvoir à son successeur ; l’accord lui assure l’immunité pour lui et les siens : il peut donc se retrouver à la tête de son parti, le Congrès général du peuple (CGP). Son fils et ses neveux continuent à contrôler des corps militaires. Il aura donc fallu plus de temps qu’en Tunisie et en égypte, pour ne rien dire du cas libyen (intervention extérieure et assassinat du président), pour obtenir une sortie finalement ici en demi-teinte.
11La période intérimaire devait être consacrée, selon les termes de l’accord du Conseil de coopération du Golfe, en conformité avec une résolution du Conseil de sécurité, à débattre d’une nouvelle Constitution. Une Conférence du dialogue national put amorcer ses travaux en mars 2013. Présidée par Hadi et un collectif de responsables des principaux partis et suivie par le représentant de l’ONU, Jamal Benomar [5], elle était structurée en une dizaine de groupes de travail thématiques dont deux consacrés aux régions litigieuses du Sud et de l’extrême-Nord. Le consensus ne fut pas toujours facile à trouver, notamment concernant le Sud et les Houthis (incidents de ces derniers avec des salafites, assassinats successifs de deux de leurs délégués au dialogue, le deuxième conduisant au retrait de la délégation) [6]. Mais la vivacité des débats devait concerner aussi la sharî`a et la place des femmes. Le document final fut finalement signé, avec quelques mois de retard, le 24 janvier 2014.
12Il s’agit néanmoins d’un texte important, d̕abord par son volume : il contient 10 chapitres et 446 articles [7]. Trace du débat, quand bien même il réaffirme le caractère « civil, démocratique, arabo-islamique [8], indépendant et souverain du pays », le « civil » n’entre pas en contradiction avec l’affirmation de l’islam comme religion de l’État. Le système politique est basé sur « la séparation des pouvoirs, le pluralisme politique et le transfert pacifique du pouvoir » (art. 8). La liberté de croyance est assurée, ainsi que les droits individuels et collectifs d’expression et d’organisation, le respect des minorités culturelles et linguistiques , une place importante est consacrée aux droits et à la promotion des femmes [9], un premier quota d’étape de 30 % est envisagé pour leur participation politique effective aux diverses autorités et corps (art. 76), l’âge minimum du mariage est fixé à 18 ans (art. 124). La formation de partis et organisations basés sur des bases « raciales, sectaires ou doctrinaires » est interdite (art. 13, § 5).
13Mais il conserve bien des points qui font problème, comme l̓expérience déjà rappelée en portait témoignage [10]. Le désarmement des milices locales (en conséquence des articles 14 et 309) apparaît certes souhaitable, mais difficilement réalisable dans une société basée sur l’appartenance tribale [11]. « Le Yémen demeure un pays fragmenté, où la politique est largement définie par les intérêts en compétition de groupes dans de multiples régions, à travers un paysage topographiquement complexe » [12] ; « les armes sont une marque du standing des hommes de tribu » [13]. On en avait déjà un témoignage dans les modes de pression des tribus ou régions pour obtenir des avantages, justifiés ou non, les prises d’otages en étant souvent l’une des formes [14].
14Dans l’actualité, les milices « populaires », « résistantes », « tribales », « villageoises » ou autres dont les médias rapportent aujourd’hui les opérations, quoi qu’il en soit de leurs affiliations – et du caractère durable ou non de celles-ci, auront probablement des prolongements dans l’après-conflit.
15Par ailleurs, plus que le fédéralisme, c’est le découpage de l’État fédéral en six qui dès le départ fait problème. La commission concernant le Sud n’avait abouti à aucun accord sur le futur de cette région. Le découpage de l’ex-Sud en deux régions avait été largement critiqué, bien au-delà des partisans du retour à la séparation du Sud.
16Les Houthis eux-mêmes critiquaient le partage des régions de l’ancien Nord en quatre. Deux régions auraient été, selon eux, préférables ; ils auraient pu avoir accès à un port, et donc de ses retombées sur les zones orientales désertiques supposées riches en hydrocarbures.
17La prise de contrôle en août 2014 d’un dépôt de carburants, pour protester contre une augmentation des prix, en raison d’une directive du FMI, opposé à l’octroi de subventions d’État pour des produits de consommation, peut apparaître encore comme un moyen de pression dans la tradition tribale yéménite. Mais la prise de contrôle de la capitale, Sanaa, le 21 septembre, est d’une toute autre portée. Les Houthis qui visent pourtant les principaux bâtiments officiels, ne se voient opposer de résistance militaire que de la part des unités sous le commandement du général Ali Mohsin al-Ahmar et du parti al-Islâh, dirigé par la famille du même nom, alors que les unités sous le commandement de proches d’Ali Saleh ne bougent pas. Une résolution du Conseil de sécurité envisage début novembre des sanctions contre lui et des dirigeants houthis [15]. Le Premier ministre, Muhammad Basindwa, démissionne dès le 21 septembre et un gouvernement d’unité nationale est formé, mais l’accord sur un successeur, en l̕occurrences Khaled Bahah, n̕intervient que le 13 octobre. Un nouveau gouvernement est installé le 9 novembre, mais le Congrès général du Peuple (CGP) de Saleh et les Houthis refusent d’y participer.
18Les mois suivants connaissent des incidents et affrontements qui accroissent le nombre de destructions et de victimes. Néanmoins, les travaux de la Chambre des Représentants se poursuivent dans un contexte d’insécurité. Il n’est pas jusqu’au Sud, où les manifestations étaient jusque-là pacifiques, qui ne commence à s’armer pour se défendre. Au moment où l’on arrive au terme de l’année supplémentaire consentie à Hadi pour préparer la mise en œuvre de la Constitution, à la mi-janvier 2015, le conflit s’aggrave. Une première contestation, le 18, se solde par l’enlèvement du chef de cabinet du président Hadi. Le lendemain, des combats se déroulent autour de la résidence du Premier ministre et les Houthis prennent le contrôle de la télévision [16] ; le 20, c’est au tour du palais de la présidence de la République d’être attaqué. Un cessez-le-feu, exigé par l’ONU, permet une rencontre entre Hadi et les Houthis ; ces derniers proposent leur retrait contre l̕augmentation de leur représentation au Parlement et dans les institutions. Mais, le lendemain, l’aggravation du contexte (placement en résidence forcée des dirigeants) conduit Hadi et Bahah à démissionner.
19La voie est libre pour finaliser le coup d’État. Un appel est lancé aux partis et leaders tribaux en vue d’une réunion le 30 janvier à Sanaa. Une réunion largement boycottée, sauf à remarquer la présence du CGP de l’ancien président Saleh [17]. La proposition d’un « Conseil présidentiel transitoire », représentant à parité le Nord et le Sud, est rejetée, tant par les mouvements concernés que par les manifestations massives de protestation au Nord, comme au Sud. D’où la décision, en guise d’ultimatum, qu’en l’absence d’acceptation, les Houthis assureront l’autorité au Yémen. La déclaration formelle est faite le 6 février, au siège du Palais présidentiel à Sanaa : le Parlement est dissous, un conseil présidentiel est constitué pour deux ans ; un nouveau Parlement est à former par des « comités révolutionnaires ».
20Cette initiative est largement rejetée, tant au plan national (partis du forum d’opposition, manifestations à Sanaa, Aden et autres villes) qu’au plan international (ONU, États-Unis, Iran).
21À noter une initiative qui rompt avec les normes : les tribus de la future région fédérale de Saba’ tiennent une assemblée qui envisage de créer sans plus attendre la région prévue par la Constitution, regroupant autour de la wilaya de Marib, celles d’al-Jawf et d’al-Bayda.
22La suite des événements est mieux connue. Hadi réussit à s’échapper le 21 février et se rend à Aden d’où il espère, se réclamant à nouveau du titre de président de la République, organiser la résistance et la reprise des territoires occupés par les rebelles. Mais il n’y dispose pas d’un soutien total, dans cette ville où le drapeau de l’ancien Sud flotte à nouveau sur des emplacements stratégiques, comme l’aéroport d’Aden [18]. La progression des milices houthies vers le Sud et à l’Est vers Marib se poursuit ; Aden est bientôt sous leur feu. Hadi doit s’exiler le 25 mars à Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite.
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24* *
25L’Arabie saoudite, argumentant sur le fait que les perspectives impliquées par la solution dite « initiative du Conseil de coopération du Golfe » de novembre 2011 ne sont pas réalisées, décide d’intervenir en soutien au président Hadi. Mais ses tentatives de constituer une large coalition ne portent pas tous leurs fruits : le Pakistan refuse de s’engager ; l’Égypte limite sa participation à la surveillance maritime du Bab al-Mandeb, à l’entrée de la mer Rouge ; Oman, bien que membre du CCG, préfère conserver sa neutralité, au voisinage du Yémen, qui au temps de la République démocratique et populaire du Yémen avait appuyé la rébellion du Dhofar ; les émirats du Golfe, à des degrés divers, y participent [19]. États-Unis, Grande Bretagne et France apportent leur soutien à cette alliance, désignée au départ de « Tempête décisive » puis rebaptisée, le 21 avril, « Restaurer l’espoir », quand les inquiétudes sur la situation humanitaire grandiront en force.
26Comment justifier cette intervention ? L’Arabie saoudite s’adresse à toutes les relations qui découlent des institutions où elle détient, sinon un leadership, au moins une influence : CCG, Ligue des états arabes, Conférence des états islamiques. Elle tient à apparaître comme à l’avant-garde de l’opposition à un mouvement « terroriste ». Mais il ne s’agit ni d’Al-Qaïda ni de l’Organisation état islamique (OIE), contre qui, si l’aviation de quelques émirats alliés intervient en Syrie de concert avec les États-Unis, l’Arabie saoudite est totalement absente (proximité des orientations rigoristes wahhabites, encore que des retombées puissent survenir). C’est l’appartenance des rebelles yéménites au zaydisme, donc au chiisme, qui est visée ; ce qui en fait par solidarité confessionnelle le soutien obligé de l’Iran, sinon un de ses fers de lance. L̕Arabie saoudite est bien loin d’être suivie, déjà dans ses plus proches entourages ; seule une victoire décisive sur l’ennemi pourrait la crédibiliser. À la veille de la signature d’un accord sur le nucléaire iranien qui risque, une fois les sanctions levées, de changer les données au Moyen-Orient, rappeler son existence et le service rendu semble une priorité. Cela renforce le rappel à l’ordre des États-Unis que constitue la baisse des prix pétroliers, alors que ceux-ci, avec l’exportation du pétrole de schiste, sont en passe de prendre le premier rang des exportateurs. S’y ajoute aussi, le refus de se rendre à Washington où le président Obama avait invité une délégation du CCG pour des entretiens sur la crise du Yémen. Cela permet, en outre, de réorganiser le nouveau pouvoir, issu de la succession du roi défunt en janvier [20]. Mais cette « confessionnalisation » de l’adversaire, sa diabolisation, ne tient pas compte de la réalité yéménite. Les Houthis appartiennent certes au zaydisme, une branche minoritaire du chiisme, arrêtée au cinquième imam, alors que les courants dominants du chiisme (Iran, Irak et Liban) sont duodécimains. Il n’y a pas au Yémen de grandes différences de rites et de droit commun avec les sunnites chaféites ; leurs mosquées sont réciproquement ouvertes à tous. Il n’y a pas de place ici pour le confessionnalisme politique, bien que Ali Saleh déjà, pourtant lui-même d’origine zaydite, ait tenté dans les années 2004-2010 d’instrumentaliser la différence confessionnelle de ses adversaires d’alors, et le voilà, à nouveau faisant cause commune avec eux, sans pour autant rappeler son identité de départ. Il y a bien eu des conflits opposant des Houthis à des salafites dans la wilaya de Sa’da. Les salafites ont été, et sont, toujours présents au Yémen, au sein d’un parti comme l’Islâh, en majorité tribalo-Frères musulmans, qui a compté l’un des plus célèbres, Abd al-Majid al-Zindani et l’on se souvient de l’assassinat de Jarallah Omar, un des plus ouverts dirigeants du PSY, à la sortie d’un congrès de ce parti le 28 décembre 2000. Dans la même famille, de petits partis sont même apparus récemment (Union al-Rashâd, en 2012, puis Justice et Développement) [21] ont participé au Dialogue national et ont pu s’y exprimer au négatif [22]. En outre, s’il est vrai que l’Iran comme le Hezbollah libanais ont exprimé de vives critiques envers les comportements « criminels » de l’Arabie saoudite, en rajouter relèverait, comme le font remarquer de nombreux collègues avertis, de la spéculation, en l’état actuel de manque d’indices. On sait que les aides humanitaires adressées par mer ou par air par l’Iran ont été empêchées d’accéder au Yémen. Ce justificatif confessionnel est donc une tromperie : il faut regretter que tant de médias la reprennent.
27L’intervention saoudienne est aérienne pour l’essentiel, l’accès aux côtes et aux ports étant fermé contre d’éventuelles opérations de secours en armes aux rebelles – mais sans faire de distinction avec les secours humanitaires. Les raids aériens sur les positions des Houthis – ou jugées telles – entraînent d’importants dégâts collatéraux, matériels, économiques, culturels autant qu’humains. Énormément plus que ceux des drones états-uniens sous prétexte, depuis fin 2009, de frapper Al-Qaïda [23]. Ceci quand bien même les forces des Houthis et de leur allié Saleh ne se soucient pas toujours de trier leurs cibles.
28Les rapports des organisations humanitaires sont édifiants. Le rapport de situation de l’OMS relevait, fin juillet, 4 255 morts, 21 288 blessés, 1 019 762 déplacés internes, 254 413 réfugiés. Sur une population de 26 millions de personnes 21,1 millions étaient déclarées dans le besoin [24]. Oxfam relevait que depuis mars on estimait que 25 000 personnes par jour s’ajoutaient à celles qui se trouvaient en manque de nourriture, déjà au nombre de 13 millions – une personne sur deux [25]. Sans compter les cas de maladies ou d’épidémies, Alors que nombre d’hôpitaux et centres de soins sont inaccessibles, pour ne rien dire des entraves aux transports, en raison du manque de carburant. Un rapport de l’ONU relève des dizaines de milliers de réfugiés, surtout dans la Corne de l’Afrique [26].
29Sous des pressions extérieures, de brèves trêves sont parfois consenties pour permettre l’arrivée des secours alimentaires et médicaux. L’Arabie saoudite elle-même, quelles que soient ses responsabilités, ose parfois faire état d’une aide financière allant dans ce sens. Mais, il n’y a pas que l’aide humanitaire iranienne qui est été empêchée de parvenir à destination. à l̓opposé de la thèse qui dépeint l’Iran comme fournisseurs d̓armes aux Houthis en raison de leur proximité confessionnelle, le blocus imposé touche bien des livraisons pourtant officielles d’aide humanitaire. Mais les trêves ne sont pas pour autant complètes et sont rompues avant les limites de quelques jours qui avaient été annoncées.
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32La situation apparaît tellement grave que le Conseil de sécurité multiplie ses réunions : trois résolutions en 2015, une déclaration de son président du 22 mars précédées de deux autres (février 2013, 29 août 2014). La résolution 2216 (2015) du 14 avril, votée par 14 membres du Conseil de sécurité, avec une abstention [27], renouvelle son exigence de la fin des combats et l’ouverture de négociations. Elle est centrée sur la condamnation des Houthis [28], sommés de se retirer, et de l’ex- président Ali Abdullah Saleh [29]. Elle appuie l’intervention de la coalition en soutien au président légitime, Ali Abdallah Mansur Hadi.
33Suite aux efforts du médiateur Benomar, des conférences destinées à obtenir le retour au calme par la voie du dialogue sont convoquées, à Riyadh (pouvait-on y être juge et partie ?), Genève, Vienne. Mais elles échouent, les parties – quand elles acceptent de s’y rendre – refusant de se trouver l’une en face de l’autre et communiquant par médiateur interposé. Jamal Benomar, tenant ferme au dialogue, mais accusé semble-t-il de ce fait de prise de parti par l’Arabie saoudite et le CCG, préfère présenter sa démission, effective dès la mi-avril [30]. Il est remplacé par le Mauritanien Ismail Ould Cheikh Ahmed, qui prend sa relève avec une détermination incomparable et un soutien unanime tant du Conseil de sécurité que des partis yéménites [31].
34La situation s’est finalement renversée à Aden, grâce à l’entrée en lice des milices populaires et à la décision de Hadi de les fusionner avec l’armée légale, bien que cela n’ait pas toujours été admis de bons cœurs. Cela n’a pas entièrement fait cesser les raids de l’Arabie et de ses alliés, mais le repli des Houthis et des forces alliées à Saleh s̕est amorcé. À la mi-août, l’accès retrouvé au port a permis l’arrivée de forces émiraties, disposant de tanks [32]. Un premier cargo a pu livrer sa cargaison à Aden, le 21 août. De nouvelles percées ont été opérées vers le Nord (malgré la livraison par Saleh de missiles antichars). L’ensemble des wilayas occidentales de l’ex-Sud ont pu être reconquises avec leur aide, mais aussi celles des milices populaires et des milices tribales.
35Dans le Nord, où l’armée saoudienne doit faire face à des raids qui franchissent sa frontière, des forces terrestres de la coalition ont pénétré au Yémen, à partir du 19 août par le check-point de al-Wadi’a et se sont avancées vers la wilaya de Marib [33].
36La situation reste toutefois plus compliquée pour l’est de l’ex-Sud, avec le contrôle par Al-Qaïda de Mukalla – qui n’est l’objet d’aucune opération de la coalition saoudienne [34]. Les attentats contre les mosquées chiites de Sanaa du 20 mars, lui ont été attribués, alors que d’autres sources les attribuent à l’Organisation État islamique (OEI) [35]. Les entreprises d’Al-Qaïda n’apparaissent pour autant pas limitées. On annonçait, le 23 août, que des groupes s’en réclamant avaient fait exploser à Aden les locaux des forces de sécurité politique, où ils s’étaient installés pendant la période où Hadi se trouvait à Aden. Avec une colonne de chars, pris aux dépôts de l’armée dans la région de Mukalla, ils se seraient avancés vers la wilaya du Shabwa.
37Au moment de conclure cet écrit, les combats font rage dans les villes et ports de l’ancien Nord, avec un renforcement des frappes de la coalition sur Taiz, Ibb et surtout sur le port d’Hodeida. Pour la première fois, on note une condamnation des raids destructeurs saoudiens par les États-Unis et l’Union européenne.
38Le nouveau médiateur de l’ONU poursuit son va-et-vient. Le sultanat d’Oman demeure ouverte à toute approche neutre qui favoriserait la recherche d’une solution par le dialogue entre les parties [36]. En août, il semble qu’au regard de l’aggravation de la situation sur tous les fronts, des éléments de réflexion sont en cours. Le médiateur a obtenu de la délégation des Houthis qui se trouve à Masqat des propositions en dix points. Elles concernent l’arrêt des opérations, le retrait des forces, l’organisation d’un accord pour remplir le vide sécuritaire et militaire, les modes de gestion des territoires et l’interdiction d’al-Qaïda, « le retour à la table du dialogue politique », en prenant en compte les revendications propres à la question du Sud, en référence à l’initiative du CCG, du Dialogue National et de l’ONU « notamment la résolution 2216 ». Le document a été transmis par le médiateur au « gouvernement légitime », le conseil de sécurité et la Ligue arabe ont été informés, et de même que l’Iran, semble-t-il. Toutefois, maintenant son refus du tête à tête avec les Houthis et Saleh, ce gouvernement a adressé ses éléments de réponse par lettre aux Nations unies. Ce texte insisterait sur les conditions et délais du retrait, de la remise des armes (sous contrôle d’observateurs internationaux, de préférence non arabes), du retour au fonctionnement normal des institutions et de l’État (antérieurement au 5 septembre 2014), de l’application des sanctions, avec les trois mêmes référents. Il prévoit par ailleurs la reconstruction de l’économie du pays et notamment du port d’Hodeida, la capacité du port d’Aden étant bien inférieure.
39Le Premier ministre Khaled Bahah a cependant choisi cette période pour rencontrer, à sa demande, des délégations successivement du PSY et d’al-Islâh [37]. Beaucoup de compliments ont été échangés. Mais il semble que si une solution politique, basée sur le dialogue, devait l’emporter, c’est le Rassemblement (tribalo-frères musulmans) de la Réforme (al-Islâh) qui devrait s’en trouver renforcé [38]. L’Arabie saoudite ne paraît plus miser sur une éventuelle minorité salafite en son sein, comme le confirme une déclaration récente, favorable, pour la première fois, aux Frères [39]. C’est à ce compte-là qu’elle pourrait espérer maintenir une influence dans le pays.
40À condition, bien sûr, que le Yémen ne retourne pas à ses fractionnements de base, et qu̕aucun groupe ne lui demande de comptes pour les destructions et victimes innocentes que son aveuglement aura créé.
41septembre 2015