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Compte rendu

Jean-Louis Martinelli, Allers/retours : (1993-2011), Arles, Actes Sud 2012, 160 p., 19 €.

Pages 158 à 159

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  • Bacalexi, D.
(2014). Jean-Louis Martinelli, Allers/retours : (1993-2011), Arles, Actes Sud 2012, 160 p., 19 €. La Pensée, 377(1), 158-159. https://doi.org/10.3917/lp.377.0158.

  • Bacalexi, Dina.
« Jean-Louis Martinelli, Allers/retours : (1993-2011), Arles, Actes Sud 2012, 160 p., 19 €. ». La Pensée, 2014/1 N° 377, 2014. p.158-159. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-pensee-2014-1-page-158?lang=fr.

  • BACALEXI, Dina,
2014. Jean-Louis Martinelli, Allers/retours : (1993-2011), Arles, Actes Sud 2012, 160 p., 19 €. La Pensée, 2014/1 N° 377, p.158-159. DOI : 10.3917/lp.377.0158. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2014-1-page-158?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/lp.377.0158


Jean-Louis Martinelli, Allers/retours : (1993-2011), Arles, Actes Sud 2012, 160 p., 19 €.

Dina Bacalexi

1 Directeur (2002-2013) des Amandiers de Nanterre, Jean-Louis Martinelli a marqué ce lieu de sa conception d’un théâtre populaire et exigeant, international, sans négliger les classiques français ou la tragédie grecque. Il voyage pour « sentir physiquement le monde » : Arménie, Suède, Burkina Faso, Iran, Égypte. Il y forme des artistes, s’imprègne des manières de jouer ou de mettre en scène, rencontre des auteurs. Pas de « délocalisations » dans des pays à bas coûts : immersion dans l’ailleurs. L’émotion ne naît pas de reprises de classiques occidentaux, mais du Tchekhov monté par « un artiste rare » et sa troupe, dans une Arménie postséisme.

2 En Suède, l’excentrique Lars Norén montre une société bourgeoise ruinée, parle de la folie dans cet univers social-démocrate scandinave en apparence policé et pacifié. La matière de ce théâtre est la vie elle-même ; le travail avec les détenus néonazis (1997-1998) est une plongée dans la réalité (violente) pour l’indispensable vigilance.

3 Burkina Faso, pays francophone : tentation de confondre coopération, hégémonisme et élitisme. Qui n’a pas vu Mitterrand et Sankara aux Amandiers, interprété par des Burkinabés, ou bien la Médée africaine (Euripide via Max Rouquette, l’Antiquité grecque par l’Occitanie) considérera les réflexions de Martinelli comme abstraites. Or, son Burkina, avec le réapprentissage de la lecture à haute voix qui rejoint les traditions du conte africain, avec les créateurs d’un français surprenant, avec l’improvisation de l’affrontement Jason/Médée où chacun parle un dialecte différent (signe de leur étrangeté) est concret.

4 En Iran, impression d’enfermement, mais haut niveau culturel et appétit de liberté. Elle s’exerce dans l’espace privé. Les ateliers théâtraux en font partie, tant l’art s’y déploie sans entraves. Jafar Panahi, cinéaste de la réalité sociale, est un témoin de la vie iranienne. « Pas de films politiques », dit-il : et si c’était ça, la politique ?

5 Le Caire, lendemain de l’éviction de Moubarak. Théâtre à quatre mains : J’aurais voulu être Égyptien (la pièce de Martinelli, 2011) tiré de Chicago (le roman d’Alaa el Aswany situé en 2004). La diaspora égyptienne aux États-Unis surveillée par les services secrets. On s’y plie, on s’insurge, on veut profiter d’une nouvelle vie. « Tous ceux qui partent ont l’Égypte au cœur » et certains sont revenus « dès le début de la révolution, pour être là, avec nous ». La patrie (lieu où l’on vit ou qui vit en nous ?), la « question copte », l’intégrabilité de l’Arabe, de l’Égyptien en Occident : sujets politiques transformés en art. Les personnages d’el Aswany mènent aux révoltés de 2011 : non les bloggeurs à eux seuls, mais 17 millions d’Égyptiens.

6 L’homme de théâtre n’est ni assistant social, ni sociologue, ni humanitaire : son engagement consiste à monter des spectacles qui ouvrent l’horizon, incitent à un aller avec retour, donnent le goût de la culture. Non de la world culture de consommation, mais de la création émancipatrice.


Date de mise en ligne : 22/03/2020

https://doi.org/10.3917/lp.377.0158