Pour Sylvie Guillem, et tout le tralala du corps des filles
- Par Nathalie Azoulai
Pages 38 à 43
Citer cet article
- AZOULAI, Nathalie,
- Azoulai, Nathalie.
- Azoulai, N.
https://doi.org/10.3917/nrf.655.0038
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- Azoulai, Nathalie.
- AZOULAI, Nathalie,
https://doi.org/10.3917/nrf.655.0038
J’aurais pu continuer, penser que j’étais encore au sommet, ne jamais voir ce que les autres verraient, ce qu’ils voyaient peut-être déjà, quelqu’un dans la pièce, tapi dans l’ombre, une silhouette fondue dans le mur. Une vieille douairière, Mrs Denvers, un chaperon, un fantôme. Quand je danse avec des filles de trente ans, je me crois du même âge qu’elles, et quand l’âge s’avance, se détache du mur, lève son doigt accusateur, je lui demande de reculer et de se taire. Il recule mais je l’entends qui respire. On vous dit que c’est ce qu’il faut faire, que l’âge, c’est dans la tête, pas dans la pièce. Alors oui, je le renvoie à ses ténèbres, je mets ma plus belle robe et je vais danser.
Mais hier matin, je me suis levée et j’ai dit : Ça y est, c’est décidé… On m’a répondu que j’avais déjà dit ça.
Non, là, ça y est, j’arrête.
On pense que c’est encore un coup de publicité, un truc de star, mais quand la grande Garbo arrête, elle a trente-six ans et elle ne blague pas.
Tu vas vraiment le faire ? Tu vas y arriver ? Tu vas tenir ?
Je ne veux pas mourir en scène. Mes parents sont encore vivants et je ne veux pas qu’ils voient danser une vieille petite fille. D’ailleurs, c’est ma mère qui la première m’a dit, alors, ma chérie, quand est-ce que tu arrêtes ? J’ai cru défaillir. Personne d’autre qu’elle n’aurait pu me lâcher un truc pareil, personne n’aurait osé. Elle, oui. Quand elle me l’a dit, sa voix a tremblé, mais elle me l’a dit.
J’ai grandi dans ses jupes…
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