Nathacha Appanah, Rien ne t’appartient, Gallimard, 2021, 160 p., 16,90 €
- Par Géraldine Blanc
Pages 163 à 164
Citer cet article
- BLANC, Géraldine,
- Blanc, Géraldine.
- Blanc, G.
https://doi.org/10.3917/nrf.650.0163
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https://doi.org/10.3917/nrf.650.0163
Qui est Tara, cette femme qui vient de perdre son époux Emmanuel ? Est-ce seulement le chagrin qui confusionne sa tête et ses mots, qui la fait danser nue ? Tara n’est pas la femme qu’elle prétend être : une autre pousse en elle, grogne et « cogne contre ses flancs ». Une fissure s’est créée, tout ce qu’elle pensait fuir et oublier revient la submerger, telles les vagues du tsunami qui l’ont emportée, occasionnant ainsi la rencontre avec Emmanuel et la rupture avec son passé. Car Tara a reconstruit une vie, loin du Sri Lanka, sa patrie : une scission géographique, langagière et personnelle.
Enfant, Tara s’appelait Vijaya (« victoire »), ce nom donné par des parents aimants et progressistes qui l’ont éduquée dans une liberté de mouvement et d’apprentissage, à l’encontre du chemin nationaliste que prenait le pays. Leurs idées et leur mode de vie leur coûteront la vie et, à leur fille, son enfance éternelle. Ballottée de recueil en recueil, Vijaya ne connaîtra plus le repos ni la douceur, domptée par ces autres qui imposent leur volonté. Jusqu’au jour où elle rencontre le « garçon », celui qui lui apportera son amour mais fera d’elle une « fille gâchée ».
Avec une tendresse infinie pour son personnage, Nathacha Appanah approche au plus près de l’être intime de la jeune fille devenue femme dans les soubresauts de l’histoire. Celle à qui finalement personne n’a expliqué « ce que c’est qu’être une fille en ce pays » ni comment grandir a évolué au gré des glissements de vie avec un instinct de survie hors du commun, sans jamais totalement se perdre – « je ne pourrai échapper à moi-même », reconnaît-elle…
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