Article de revue

Les quatre coins de la salle de classe

Pages 27 à 31

Citer cet article


  • Riva, A.
(2020). Les quatre coins de la salle de classe. La Nouvelle Revue française, 640(1), 27-31. https://doi.org/10.3917/nrf.640.0027.

  • Riva, Agnès.
« Les quatre coins de la salle de classe ». La Nouvelle Revue française, 2020/1 N° 640, 2020. p.27-31. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-nouvelle-revue-francaise-2020-1-page-27?lang=fr.

  • RIVA, Agnès,
2020. Les quatre coins de la salle de classe. La Nouvelle Revue française, 2020/1 N° 640, p.27-31. DOI : 10.3917/nrf.640.0027. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-nouvelle-revue-francaise-2020-1-page-27?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/nrf.640.0027


Quand on me demandait, après la sortie de mon premier roman Géographie d’un adultère, d’où me venait mon intérêt pour les lieux, je ne savais jamais quoi répondre. Et puis, je repensais immanquablement à la façon ingénieuse dont ma maîtresse de maternelle avait aménagé sa classe.
J’étais âgée de cinq ou six ans alors, et je n’avais pas dû sauter de joie à l’idée de rentrer à l’école. Ma mère, qui exerçait une profession libérale, m’avait gardée à la maison le plus longtemps possible, s’arrangeant avec la voisine, une veuve réfugiée espagnole, ou avec la dame qui venait faire le ménage dans son cabinet d’infirmière, pour ne pas me laisser seule.
Je vivais alors avec ma mère une relation très fusionnelle, et je nourrissais du ressentiment envers les patients qu’elle partait visiter en journée et qui l’arrachaient à moi. Le soir les mêmes fâcheux la mobilisaient, mais cette fois à notre domicile. J’entendais la sonnette de la porte sur rue se déclencher, puis je discernais leurs silhouettes tandis qu’ils longeaient la porte vitrée qui séparait la partie privative de notre pavillon du cabinet médical situé juste en dessous.
Ma mère parlait de moi à ses plus vieux clients ou me les présentait. Je les sentais ralentir avant de basculer dans l’escalier, hésitant à venir frapper à la porte pour prendre de mes nouvelles. D’autres plus novices se trompaient d’étage en toute innocence. De sorte que nous n’étions jamais vraiment tranquilles.
Plus grande, je découvrirai le plaisir de disposer d’un public à domicile et me produirai certains soirs devant des patients attendris ou grincheux, mais il m’arrive encore aujourd’hui de rêver à cette porte de séparation en verre, me demandant si elle a été convenablement fermée, ou bien m’imaginant errant dans la salle d’attente déserte, au milieu des fauteuils en rotin…


Date de mise en ligne : 11/07/2025

https://doi.org/10.3917/nrf.640.0027

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