Danse macabre
Sur la correspondance Morand-Chardonne
- Par Frédéric Verger
Pages 69 à 76
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/nrf.617.0069
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https://doi.org/10.3917/nrf.617.0069
La correspondance Morand-Chardonne, c’est la boîte aux chocolats où les enfants pervers cherchent, les doigts frétillants, ceux fourrés à la fiente. Car il est faux de prétendre que ces milliers de pages ne sont qu’une litanie sans fin d’antisémitisme, d’homophobie et de petitesses d’écrivains. Et l’on hésite à savoir si ceux qui l’ont affirmé l’ont fait par bêtise, paresse, ou parce qu’ils pensaient que c’était encore la meilleure façon d’attirer le chaland.
Il y a deux sortes de bonnes correspondances : celles de Flaubert, de Proust, que l’on ouvre au hasard pour retrouver en quelques phrases l’homme tout entier, sa drôlerie, son intelligence, sa mélancolie, une allure morale croquée en quelques phrases. Et les autres, celles qu’il faut lire en rasades, à la louche. Ce sont elles qui expriment la nature même du genre, décousue, abandonnée, avec tout le délicat ou le grossier de l’humeur, dont le charme et le déchirant naissent d’une petite mélodie perpétuelle où entrechats et saillies finissent par exprimer la profondeur et la variété de la vie mieux que le livre d’un sage. C’est d’ailleurs là que réside sans doute le malaise éprouvé par certains critiques : ils sentent bien que ce qui les touche dans ces pages, c’est un point de vue sur la vie. Mais cette idée leur fait horreur puisque les opinions des deux monstres leur semblent atroces. Alors ils invoquent le charme du style. Mais dire que le charme du style festonne plaisamment l’ignominie des idées, c’est dire qu’une chambre à gaz a des proportions élégantes…
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