L'accompagnement des enseignants débutants à la scolarisation des enfants en situation de handicap : Quelles médiations possibles ?
Pages 189 à 202
Citer cet article
- VINATIER, Isabelle,
- Vinatier, Isabelle.
- Vinatier, I.
https://doi.org/10.3917/nras.042.0189
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- Vinatier, I.
- Vinatier, Isabelle.
- VINATIER, Isabelle,
https://doi.org/10.3917/nras.042.0189
Notes
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[1]
P. Pastré, « L’ingénierie didactique professionnelle » in P. Carré & P. Caspar, dir., Traité des sciences et des techniques de la formation, Dunod, Paris, 1999, p. 403-417.
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[2]
I. Vinatier, Pour une didactique professionnelle de l’enseignement, Collection « Paideia », PUR, à paraître.
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[3]
« Tout le temps que l’inconnu est en notre présence, des signes peuvent se manifester montrant qu’il possède un attribut qui le rend différent des autres membres de la catégorie de personnes qui lui est ouverte, et aussi moins attrayant, qui, à l’extrême, fait de lui quelqu’un d’intégralement mauvais, ou dangereux, ou sans caractère. Ainsi diminué à nos yeux, il cesse d’être pour nous une personne accomplie et ordinaire, et tombe au rang d’individu vicié, amputé. Un tel attribut constitue un stigmate, surtout si le discrédit qu’il entraîne est très large ; parfois aussi on parle de faiblesse, de déficit ou de handicap. », E. Goffman, Stigmate ; les usages sociaux des handicaps, Les éditions de Minuit, 1975, p. 12.
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[4]
Titre d’un ouvrage coordonné par Nadia Rousseau et Stéphane Bellanger, PU du Québec, 2004.
1 Les enjeux des pratiques professionnelles à propos desquelles s’entretiennent professionnels expérimentés et débutants constituent la toile de fond des entretiens de conseil entre des Professeurs des écoles maîtres formateurs (PEIMF) et des enseignants débutants. Ces entretiens constituent un espace privilégié, particulièrement significatif, d’élaboration mais aussi de transmission de règles et de valeurs du métier. « Durant l’entretien, la leçon est décrite, analysée, évaluée par les deux protagonistes à partir de leur propre culture, et en réalité surtout, à partir de celle du maître de stage qui exerce une certaine forme de leadership au sein de la dyade » (Chaliès et Durand, 2000). Leur analyse donne ainsi accès à des aspects de la culture enseignante, celle d’un « genre professionnel », que Y. Clot (2002) définit comme l’ensemble des savoirs informels et des règles de travail implicitement partagés par un groupe professionnel. Cette culture construite pour les uns et en construction pour les autres, est donc négociée dans les échanges, entre ceux qui la maîtrisent et ceux qui la découvrent. Les maîtres formateurs ont une forte culture professionnelle. Ils sont reconnus institutionnellement, en raison du poids de leur expérience, mais aussi de leur expertise d’enseignants et de leurs capacités à former des débutants. Ils sont considérés par ceux qui découvrent le métier comme des interlocuteurs privilégiés pour la construction de leur professionnalité.
2 Dans le cadre de dix entretiens de conseil retranscrits et analysés, trois d’entre eux évoquent la place prise par l’enfant en situation de handicap ou en très grande difficulté dans la classe. Les épisodes langagiers retenus concernent des enfants touchés dans leur capacité à penser et/ou à se comporter selon les règles d’un collectif.
3 Nous cherchons à comprendre comment se négocie la pratique professionnelle du débutant entre enseignants expérimentés et enseignants en formation alors qu’ils se trouvent, avec la loi de 2005, dans un nouveau contexte juridique et conceptuel relatif à la scolarisation des enfants porteurs d’un handicap. Que vivent ces enseignants aux prises avec une situation scolaire quotidienne tant dans leur rapport à leur fonction que dans leurs rapports avec la classe ?
4 Les transcriptions datent de 2005. Dans les trois cas étudiés, nous avons été frappée par la convergence des conceptions sous-jacentes alors que les interlocuteurs, les situations d’apprentissage, les niveaux de classe diffèrent. La mise au jour de ces conceptions nous permet de repérer les significations construites par les acteurs dans le cadre de leur expérience et inscrites dans leurs pratiques. Comme l’indique G. Vergnaud (1990), « au fond de l’action, la conceptualisation », ce qui signifie que toute activité, y compris interactionnelle, est porteuse des connaissances professionnelles des interlocuteurs. Réciproquement, au cœur des pratiques, ces connaissances orientent leur activité. « Les connaissances sont adaptation » écrit Piaget, elles permettent ainsi aux acteurs de s’ajuster aux situations ; « la pensée comporte trois dimensions : affective, opératoire et cognitive » écrit Pastré (2000), d’où l’importance de les identifier dans les échanges verbaux avec les acteurs impliqués. Nos travaux se situent dans le champ de recherches de la didactique professionnelle. Nos démarches impliquent de prendre en compte l’expérience des professionnels pour comprendre les situations de travail auxquelles ils sont confrontés et de développer une analyse collaborative avec les professionnels concernés. Cette collaboration est orientée par l’élucidation des savoirs d’expérience et des obstacles que les acteurs peuvent rencontrer. Nos perspectives de recherche visent à « construire des contenus et méthodes visant à la formation des compétences professionnelles » (Pastré [1], 1999, p. 405). Il s’agit de penser des dispositifs qui permettent d’aider des enseignants à comprendre leur activité [2] à partir de l’analyse des traces de leur activité (transcriptions d’enregistrements de séances) car l’action est toujours opaque pour celui qui agit en situation.
5 P. Rabardel (2005) rappelle que les acteurs sont habités par deux sujets, « le sujet épistémique », celui qui construit des connaissances et « le sujet capable », celui qui dit « je peux » et qui subordonne son besoin de connaissances à ses capacités à agir. C’est ce sujet-là qu’il importe de solliciter ou de faire advenir dans toute situation de formation.
6 Dans cet article ce sont donc les connaissances implicites d’une pratique professionnelle que nous tentons de cerner, à partir de la verbalisation des acteurs. Nous nous sommes donc focalisée sur les moments où il est question d’enfants qui perturbent le fonctionnement de la classe, à savoir de ceux qui ne se tiennent pas « tranquilles », paraissent avoir « des troubles de la pensée », de grosses difficultés d’apprentissage. Car c’est durant ces périodes que la manière dont la pratique des professionnels s’organise autour de ces enfants et avec eux nous donne accès aux conceptualisations des enseignants des classes ordinaires telles qu’elles peuvent être verbalisées et partagées. Il ne s’agit donc nullement de concevoir l’entretien comme visant au pur recueil de ce qui peut être dit à ce propos. Ce qui s’échange traduit le sens construit par un groupe professionnel sur cette question. La pratique du débutant ne lui est pas transparente, et de plus, elle est observée par le conseiller à travers le prisme de sa culture professionnelle, de ses références théoriques et de ses valeurs. Elle est souvent affaire de préoccupations plus ou moins partagées par chacun des interlocuteurs.
7 Le contexte juridico-politique mis en place par la loi de 2005 a créé une situation nouvelle. Il convient de s’interroger sur les manières dont les acteurs s’accommodent de l’obligation qui leur est faite de s’y conformer et sur les difficultés ou obstacles auxquels ils se trouvent confrontés.
Une nouvelle loi : bref rappel
8 Le dispositif juridique en faveur des personnes handicapées a changé. La loi de 1975 avait affirmé le principe de l’éducabilité et le droit à l’éducation pour tout enfant en situation de handicap.
- Une première dimension de la loi de 2005-102 du 11 février 2005 rend possible par principe dans l’institution scolaire l’accès à la connaissance, à la culture, à la vie collective, « l’accès à tout pour tous ». Ce principe donne aux familles la possibilité d’inscrire des enfants en situation de handicap dans l’école la plus proche de leur domicile. Tous les enfants et adolescents porteurs d’un handicap ont donc un « établissement scolaire de référence » au même titre que tout élève ordinairement inscrit.
10 Il est prévu dans la loi que cette accessibilité de tout pour tous, soit assortie de mesures devant permettre à ces enfants de bénéficier au mieux de leur scolarisation (matériel pédagogique, accompagnement personnalisé, mise aux normes des bâtiments scolaires, équipements culturels et sportifs et adaptations pédagogiques devant favoriser les apprentissages des enfants au regard de leur situation de handicap). Le principe « d’égalité des chances » auquel tout enseignant est particulièrement sensible est rappelé avec force. Le fait que tout enfant en situation de handicap soit de droit un élève et doive devenir acteur de ses apprentissages, est juridiquement posé.
- Une deuxième dimension de la loi concerne le « plan personnalisé de compensation » pour garantir à l’enfant l’égalité des droits et des chances dans l’accès à la culture et à la connaissance.
- Une troisième dimension de cette loi réside dans le fait qu’elle institue une séparation entre la définition du projet pour l’enfant et la responsabilité de sa mise en œuvre. Au législateur et donc au politique – représenté par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) sont dévolues la définition du Projet personnalisé de scolarisation de l’enfant et son évaluation (PPS) alors que sa mise en œuvre relève de la responsabilité des professionnels de l’éducation et du soin. Le seul lien entre ces deux entités est représenté par des « enseignants référents » (arrêté et circulaire n° 2006-176 du 17 août 2006) considérés comme « des chevilles ouvrières » des projets personnalisés de scolarisation, à l’interface entre les parents, l’équipe pédagogique, l’enseignant, et l’équipe pluridisciplinaire de la maison départementale du handicap.
12 Dans ce contexte juridico-politique, les pratiques des enseignants sont au cœur de la réussite du parcours scolaire de l’enfant. Par ce nouvel impératif institutionnel, la scolarisation de ces enfants élargit la diversification des tâches et missions dévolues à l’enseignant. La logique affichée est celle de « l’inclusion » : « L’inclusion est parfois vue comme impliquant en premier lieu le déplacement d’élèves en provenance de l’extérieur vers une école destinée à tous, avec l’idée qu’ils sont « inclus » dès lors qu’ils sont là. Cependant […] l’inclusion implique la restructuration des cultures, des politiques et des pratiques dans les écoles de telle manière qu’elles prennent en compte la diversité des élèves dans leur contexte » (Booth et al., 2000, p. 12). Nous n’allons aborder que le versant des pratiques avec ses implications culturelles.
Morceaux choisis : les conceptualisations convoquées dans les échanges à propos de la scolarisation de l’enfant en situation de handicap
13 Nous disposons de deux registres de données. Premièrement, des données d’observation de l’action de conseil obtenues au moyen d’enregistrements audio in situ, enregistrements effectués par les maîtres formateurs eux-mêmes, lesquels cherchent à comprendre le sens de leur activité à l’aide d’un collectif d’analyse et le chercheur. Deuxièmement, des données recueillies après l’action par l’enregistrement audio des échanges a posteriori des entretiens (après décryptage) entre des maîtres formateurs et des conseillers pédagogiques lors de séances de co-explicitation (Vinatier, 2008) à propos de ces entretiens. Le professionnel est invité à commenter et à expliciter son activité de conseil à partir de la transcription de l’entretien, et à discuter les interprétations suscitées par une analyse partagée de l’entretien entre le collectif et le chercheur. Le but de ces séances est d’engager les professionnels à une conceptualisation de leur activité de conseil, verbalisée et partagée avec le chercheur. Qu’ont-ils découvert à la lecture de la transcription des entretiens ? Comment interprètent-ils ce qui s’est échangé avec les débutants ? Qu’est-ce qui leur paraît significatif ? Qu’est-ce qui est facile et difficile dans ces situations ? Quelles sont leurs préoccupations ?
14 Nous présenterons quelques moments de dialogue prélevés dans trois entretiens de conseil ainsi que des commentaires du professionnel du conseil à propos de la place qu’occupe un enfant à besoin éducatif spécifique dans une classe. Nous identifierons, dans ce contexte, les conceptualisations portées sur cet enfant dans une situation d’enseignement-apprentissage et enfin nous mettrons en perspective ces analyses afin de tenter de dégager une définition des besoins des enseignants, en termes de formation, en vue de leur permettre d’assumer avec plus d’aisance leur mission de scolarisation des enfants en situation de handicap.
15 Les échanges ci-dessous sont à comprendre dans un contexte spécifique auquel on ne saurait assigner une définition objective, positiviste. L’orientation des dialogues traduit les perceptions subjectives des acteurs et se décline comme « un monde personnel, construit ou reconstruit à chaque instant par l’acteur selon les circonstances présentes de son engagement » (Durand & Arel, 2000). Les conseillers sont aux prises avec les rapports développés par les enseignants débutants avec des événements vécus et dont ils ont été spectateurs. Si l’enseignant novice qui a préparé la séance d’enseignement se trouve généralement déstabilisé par l’écart entre ce qu’il avait prévu et ce qui se passe effectivement, le conseiller vise, à travers ces échanges, l’élaboration et la construction de savoirs du métier, de normes et de valeurs. Deux registres de préoccupation émergent avec insistance lorsque l’enfant en situation de handicap est évoqué : ses possibilités d’apprentissage et la gestion du groupe-classe.
La gestion du groupe-classe
Exemple 1
16 Une conseillère pédagogique (CPC1) rencontre pour la deuxième fois un titulaire 2e année au cycle 2 de l’école élémentaire qui se trouve en difficulté dans sa classe. Dans sa manière de s’adresser au T2, la conseillère traduit la manière dont elle appréhende la situation observée et ce qui fait événement pour elle. Ses commentaires ont été recueillis dans le cadre d’un dispositif d’analyse de l’activité de conseil :
17 (142) « j’ai aussi vu le jeune souffrir de la présence de cet enfant qu’il accueillait. Je dis l’enfant, il accueillait l’enfant et puis c’est un petit garçon très perturbé et il n’est pas question pour lui de trouver une posture d’élève ce jour-là et l’enseignant était très très gêné par ça et voilà. (silence).
18 (457) (…) il fallait vraiment le tenir, le gamin.
19 (494) Je ne peux pas ignorer l’arrivée de ce gamin qui fout ce bazar et qui… franchement T2 ne gérait pas trop mal pour une première journée, il ne le connaissait pas, ni rien. Et euh oui lui il (l’enfant) en a profité, il s’est engouffré là-dedans mais moi ma préoccupation ce n’était pas ça… ».
20 Ses échanges avec le « novice » dans l’entretien de conseil montrent qu’elle partage le trouble de l’enseignant. L’enfant porteur d’un handicap en situation scolaire sert d’analyseur de l’une des composantes typiques du métier d’enseignant que représente la gestion d’un groupe-classe :
21 CP1 : Ouais, ouais. Et N. comment tu le gères ?
22 T2 : Ouf… (rires)… Bah ce n’est pas facile.
23 CP1 : Non, non.
24 Cet enfant est évoqué par la perturbation des relations sociales au sein de la classe qu’il engendre. Ce qui s’échange est caractérisé par l’étrangeté de son comportement et s’exprime dans une logique d’inclusion-exclusion. En effet, l’enfant occupe une place en classe qui n’est pas celle d’un élève. Sa posture rend visible un stigmate [3] dans la relation au groupe : « il ne tient pas à sa place… il ne tient pas en place…il s’ennuie, il se fait suer » et à ce que cela renvoie, c’est-à-dire une image de naufrage du fonctionnement global de la classe :
25 CP1 : Hum. Et par rapport au comportement en classe, il ne tient pas à sa chaise très peu quoi.
26 T2 : Non, non il ne tient pas en place parce qu’il s’ennuie, il se fait suer donc euh… bah tu as bien vu ce matin…
27 CP1 : Oui, oui non mais j’ai vu.
28 L’attitude de l’enfant qui cherche à s’intégrer au groupe-classe est discréditée ; elle menace, tout en le révélant, l’attendu d’un fonctionnement collectif normal :
29 T2 : Je lui ai laissé des jeux comme c’est un petit enfant euh qui a un comportement… enfin il a envie d’avoir du contact avec les autres eh bien il va au contact des autres mais dans une classe c’est une catastrophe… (rires).
Exemple 2
30 Une Professeur des écoles maître formateur (PEIMF-1) vient rendre visite à une professeur des écoles 2e année en stage dans une classe de grande section de maternelle.
31 Ses commentaires concernant la situation observée et l’enfant en situation de handicap sont les suivants : « Alors là, le problème qu’on rencontre souvent, c’est lorsqu’il y a un enfant difficile, différent, là c’était plutôt un enfant différent dans la classe. Donc qu’est-ce qu’on peut envisager ? (…) Et puis, mais là, enfin je crois que j’ai voulu lui montrer, chercher avec elle des solutions mais que je n’en ai pas de toutes faites quoi.
32 Parce que ça nous prend nous aussi un peu au dépourvu hein parce que de voir, euh euh alors elle était très gentille la maîtresse donc elle lui accordait beaucoup de temps. Mais on ne peut pas accorder tout son temps à un élève hein donc elle se positionnait bien par rapport à ça mais il n’y avait pas vraiment de solution miracle. (…) D’ailleurs il n’y en a pas hein. (…) Mais ça c’est vraiment un questionnement des PE2. Un enfant différent, est-ce que je dois me comporter avec lui comme avec les autres ? Bien, c’est difficile hein ».
33 Cette conseillère exprime son impuissance face à la situation vécue par la PE2. Il lui est d’ailleurs difficile d’engager des échanges à propos de cet enfant :
34 PEIMF-1 : Donc euh sinon euh, donc des difficultés, tu as probablement la difficulté aussi euh de, de l’élève euh…
35 PE2 : Oui, de S., oui.
36 PEIMF-1 : Oui.
37 La PE2 accepte de s’affronter à ce qui représente pour elle une tâche spécifique. Elle exprime son embarras dû à la tension que crée en elle, dans la conduite de la classe, la volonté de protéger le groupe sans exclure l’enfant. En d’autres termes, la gestion du maintien des liens sociaux se trouve chahutée entre une logique égalitaire (le même comportement avec tous) et une logique d’équité (un comportement adapté en fonction des besoins de chacun) :
38 PE2 : ??? petit peu à part. Alors c’est, bah là je commence un peu plus à la canaliser. Mais c’est vrai que là je vois, bon en graphisme ça allait parce que, je sais pas si tu l’as entendue mais c’est « tu restes à côté de moi ». Elle a besoin vraiment, si je suis pas à côté d’elle ça va pas, elle fait n’importe quoi. Et euh… mais bon euh. Enfin je sais pas, justement j’en avais parlé à un GR (Groupe de référence à l’IUFM) euh parce que euh bah au début je savais vraiment pas comment faire pour m’en sortir. Et euh, au début j’orientais mon mémoire sur euh, en fait parce que le problème qui se pose, c’est que euh, alors cette enfant demande beaucoup d’attention de ma part, et je la reprends souvent. Et euh, je la reprends pas sur tout. Et euh, ce qui me posait problème c’était par rapport aux autres enfants en fait. Parce que euh… je le sentais, ils comprenaient pas pourquoi S. avait le droit de faire certaines choses et eux pas.
39 PEIMF-1 : Oui.
40 De la même manière que dans le 1er exemple, le comportement de l’enfant est opposé à celui des autres. Il provoque le dérèglement du fonctionnement du collectif.
41 Dans les échanges ci-dessous la PE2 propose une rationalisation de la situation en définissant les limites de la tolérance à accorder au comportement de l’enfant : laisser faire et n’intervenir qu’en cas de risque de mise en danger pour lui ou pour le groupe. Elle exprime à la fois ses tentatives et l’insatisfaction qu’elles génèrent. Elle développe une posture dont le dessein est de réparer le préjudice subi par la classe :
42 PE2 : Alors que moi je sélectionnais en fait, je me disais si je la reprends tout le temps, je la reprends toutes les deux secondes, donc c’est pas possible.
43 PEIMF-1 : Bien sûr.
44 PE2 : Donc il y a certaines choses que je lui laissais faire, tant que justement elle se faisait pas mal à elle ni aux autres, je me disais bon, ça reste « dans la limite du raisonnable » entre guillemets. Et du coup bah je me suis aperçue qu’avec les autres c’était pas gérable. (…) Un enfant un jour, qui se met à chanter pendant qu’on était en regroupement, alors je lui dis mais pourquoi tu… Il me répond : « bah parce que S. elle le fait et tu dis rien ». Et c’est vrai, il avait raison, et là je me suis dit je fais quelque chose qui va pas quoi. Donc bah je sais pas trop comment euh remédier à ça. Je me suis dit : faut que j’y réfléchisse quoi, parce que c’est vrai que c’est pas…
45 PEIMF-1 : Oui.
46 La conseillère partage avec la PE une impuissance à gérer cette situation. Elle conforte la PE dans un rôle de protection de la classe : il s’agit de la remparer contre les écarts de l’enfant. Elle recourt également à une forme de rationalisation de la situation destinée à conjurer un sentiment d’impuissance en réaffirmant la nécessité de veiller à la sécurité de tous.
47 Le fonctionnement du groupe-classe est compris à la fois comme un « marcher ensemble » dans le temps et dans un territoire commun où chaque enfant a un espace spécifique dont le maître est le garant. L’enseignant est invité à délimiter le cadre qui rend possible l’activité de tous. Ce fonctionnement crédite l’efficacité d’un agir professionnel, typique d’une dimension de la culture du métier. Il constitue ainsi une référence hors de laquelle on considère que le comportement de l’enfant entrave son déroulement et brouille ses limites. Un diagnostic professionnel est posé (ci-dessous) : « c’est pas un comportement d’élève », pour inviter l’enseignante à surveiller le fonctionnement global de la classe et à ajuster son comportement aux réactions du groupe qui sont identifiées en référence à une norme d’acceptabilité :
48 PE2 : C’est pas « équitable » entre guillemets, c’est.
49 PEIMF-1 : C’est-à-dire son comportement euh c’est pas un comportement d’élève ni une moyenne ni une grande section.
50 PE2 : Bah non.
51 PEIMF-1 : Puisque, c’est vrai que ce matin dès son arrivée j’ai pu remarquer euh les problèmes qu’elle avait. Euh, une agressivité vis-à-vis des autres (…). Euh, mais euh, un œil extérieur voyait que les enfants euh savaient que son comportement était différent, parce que j’ai vu quand elle poursuivait le petit Nicolas euh, il t’appelait au secours des yeux, il savait que tu allais intervenir, mais euh, il était très mal à l’aise avec elle. Et puis euh, cette espèce de chantage qu’elle euh, qu’elle met en place, « je le ferai bien si tu restes à côté de moi », pendant le graphisme.
52 (…) En plus elle fait régner au sein de la classe euh quand même une sorte de petite terreur. Parce que le petit enfant il s’appliquait, elle a gribouillé sa feuille, il a rien dit.
53 PE2 : Ah non, non, ouais.
54 PEIMF-1 : (…) Il faut être vigilant par rapport à la sécurité, la propre sécurité de l’enfant, celle des autres, et puis cette vigilance-là. (…) Lui montrer que non elle ne doit pas empiéter sur le territoire des autres, chose qu’elle fait euh continuellement parce qu’elle essaie. Mais elle est aussi dans un chantage.
55 La formulation généralisante et impersonnelle : « il faut être vigilant par rapport à la sécurité… », témoigne d’une volonté d’observance, de manière générique, de règles du métier qui constituent des dimensions organisatrices et stables de la profession. La sécurité de tous pourrait donc être remise en cause par la présence de l’enfant. Cette forme de rationalisation de la situation, au détriment de l’enfant porteur d’un handicap, est un moyen de garder une position de conseil affirmée alors que cette professionnelle expérimentée se considère sans ressource. Dans ses commentaires sur l’entretien, la conseillère confirme le fait que la légitimité de sa mission se trouve chahutée lorsqu’il s’agit d’aborder la question de la prise en charge des enfants en situation de handicap dans une classe : « mais on ne peut pas leur dire ça aux PE2, qu’il n’y a pas de solution et qu’il va falloir faire avec ». Ainsi, cette question semble ne pas appeler de réponses efficaces à proposer. L’usage du déictique « on » à valeur de « nous » – pour l’ensemble des conseillers – indique qu’elle se situe comme représentante d’une communauté professionnelle face à celle des débutants, ceux qui entrent dans le métier. Le registre de verbalisation traduit une tension entre une parole politiquement correcte et la difficulté vécue et observée in situ.
56 De fait, elle partage avec l’enseignante débutante une anxiété générée par le comportement de l’enfant dans la classe et un désarroi au niveau de la gestion de la relation qu’il engendre :
57 PEIMF-1 : On la remarque.
58 PE2 : Et elle est violente quoi, enfin c’est ça.
59 PEIMF-1 : Et elle est violente et elle risque de leur faire peur.
60 PE2 : Mm.
61 Ses commentaires, à propos de cette situation observée, sont à ce titre significatifs :
62 « Mais, mais au moins au niveau des règles. Le respect du travail et de la sécurité des autres, après…
63 Je dis la terreur parce que quand elle agressait ou quand elle gribouillait, les autres enfants ne criaient pas ou ne demandaient pas d’intervention. Ça veut dire que ils avaient peur de lui, hein, parce que si ça avait été un autre que lui, que elle d’ailleurs c’était une fille, un autre qu’elle, tous les enfants ils disent « maîtresse il a gribouillé mon dessin ». Là ils ne disaient rien les enfants. Donc il y avait déjà quelque chose d’insidieux qui était là ».
Exemple 3
64 Dans ce troisième cas, PEIMF-2 vient rendre visite à une PE2 également en stage dans une classe maternelle. Ce qui est évoqué dans cet exemple participe de ce que M. Durand, L. Ria et E. Flavier (2002) identifient comme une préoccupation centrale du travail enseignant, à savoir « l’appel ». Ils le définissent comme étant le fait « que les enseignants s’assurent que tous les élèves sont présents, mais aussi que tous « y soient », c’est-à-dire dans des dispositions propices au travail scolaire ». PEIMF-2 va donc interpeller la stagiaire sur cette dimension qui fait difficulté dans sa pratique d’enseignante à propos d’un enfant qui, par différence avec les deux exemples précédents, ne fait pas de bruit, et n’est pas pris en compte par la PE :
65 PEIMF-2 : Ouais… Bon, sur l’organisation, on en a parlé avec l’organisation des groupes. Les élèves… Donc ça on en a parlé aussi, hein, la place des élèves dans le groupe. Euh moi je voulais te questionner sur cet enfant qui est resté tout seul toute la matinée… Le petit gamin blond qui est resté assis sur le tapis.
66 PE : Alors ça c’est une grosse erreur de ma part parce que je vois même pas ???
67 PEIMF-2 : C’est pas M., c’est un petit gamin blond, il ressemble un peu à ??? je suis pas sûre. C’est un gamin blond, il est resté à lire un livre pratiquement tout le temps des ateliers. Il s’est pas intégré à un groupe du tout.
68 PE : C’est pas ????
69 PEIMF-2 : (…) Tu l’as, il est sorti tout seul à un…
70 PE : C’est M. ?
71 PEIMF-2 : Oui, c’est M… C’est M…
72 PE : Bah, je suis surprise…
73 PEIMF-2 : Il était prévu dans quel atelier M. ?
74 PE : Euh, M., je sais plus, j’avais mis des prénoms comme ça, je sais plus du tout.
75 PEIMF-2 poursuit le dialogue en modalisant ses remarques : « … quand même… C’est normal ». La PE semble ne pas avoir encore identifié les difficultés spécifiques de l’enfant. C’est l’autre versant du fonctionnement de la logique d’inclusion/exclusion qui est ainsi implicitement mobilisé :
76 PEIMF-2 : Oui. Ben il faudra que tu l’interroges quand même pour savoir si t’as oublié son prénom ou euh… Mais ça c’est normal, c’est… Faut pas que tu te…
77 PE : Ouais mais faut faire attention aussi quoi…
78 PEIMF-2 : Mais faut que tu fasses attention quoi, ouais.
79 PE :… parce que du fait que je l’ai pas remarqué euh…
80 PEIMF-2 : Moi je me suis demandé si c’est un gamin qui avait des problèmes de comportement, qui était sur un statut particulier ou pas.
81 PE : Non, je sais que M. était pas là quand j’étais venue il y a… combien de temps… 15 jours.
82 PEIMF-2 : Oui.
83 Dans la construction de son métier, c’est la gestion des activités qui préoccupe prioritairement cette enseignante en formation :
84 PE : Euh, bon bah hier j’ai pas, j’ai rien vu de, d’étrange hein. Mais c’est vrai que là ce matin j’étais tellement préoccupée par mon jeu que j’ai même pas fait attention.
Les possibilités d’apprentissage de l’enfant en situation de handicap
85 Considérer ces enfants comme éducables n’est plus considéré comme discutable. Aucun enseignant n’accepterait d’affirmer qu’il ne croit pas en leur éducabilité sauf à mettre en souffrance son identité professionnelle. Cette notion est devenue ce que nous appelons un concept évidence. Le principe d’éducabilité étant admis par tous, il n’est généralement pas conceptualisé avec les conditions de sa mise en œuvre, à savoir : stratégies pédagogiques, ingénieries didactiques et outils de médiations cognitives adaptés aux besoins de l’enfant. Celui-ci est alors implicitement considéré comme étant en mesure d’apprendre « naturellement » par sa simple présence dans un groupe classe. L’engagement dans l’activité des élèves est un critère d’évaluation de l’activité des PE. À travers l’évocation des apprentissages possibles pour ces enfants (reprise d’extraits des deux premiers entretiens) c’est implicitement le principe de leur éducabilité qui est posé : il est interprété comme une impossible adaptation de l’enfant aux contenus scolaires, avec comme corollaire une impuissance à faire apprendre :
Exemple 1
86 T2 : Maintenant moi j’ai vu avec tout le retard, on ne cherche même plus tellement à refaire des acquisitions scolaires quoi parce que moi je dépense une énergie folle là-dedans.
87 CP1 : Oui.
88 T2 : Pour pas… pour un résultat euh inexistant. Tu vois même le « bonjour » que l’on pensait acquis en fait les petits Turcs ce matin ils nous ont dit qu’il dit « bijour » parce que ça veut dire « bijou » et pour lui c’est drôle parce qu’il a l’impression qu’on se dit « bijou » le matin quoi. En français il n’a aucun acquis, aucun.
Exemple 2
89 Nous reprenons quelques commentaires de PEIMF-2 :
90 (…) « ce n’était pas la peine de lui proposer les activités de grande section. Il valait mieux…
91 Mais si la classe à mon avis avait été bien aménagée, peut-être que cette petite elle aurait pu aller jouer à la dînette, enfin ça faisait du lien du quoi. Enfin faire quelque chose mais comme elle ne pouvait pas, graphiquement ou mathématiquement, se retrouver dans les activités proposées, vu qu’il n’y avait aucun coin, aucun espace, et bien elle tapait les autres quoi parce que il n’y avait pas un coin jeux. Il y avait ça aussi et avec un enfant comme ça, moi je crois franchement que un petit coin avec une poupée, une dînette bah tant pis si elle était un peu accaparante mais pendant que les autres étaient en activité, elle aurait eu quelque chose à faire mais elle s’ennuyait, il n’y avait rien d’autre à faire ».
92 Le concept même d’éducabilité associé à celui de l’inclusion peut masquer des souffrances d’enfants « exilés de l’intérieur » (J.-M. Gillig, 2006) mais aussi celles d’enseignants qui se trouvent démunis dans cette confrontation à la difficulté vécue : celle de l’agitation bruyante de l’enfant ou son retrait solitaire. Dans les deux cas, ces souffrances engendrent des pédagogies soustractives fondées sur la stigmatisation de la déficience. Ainsi, ce n’est pas parce que l’appareillage juridique change que, pour autant, les enseignants sont à même de conceptualiser autrement les possibilités d’apprentissage de ces enfants. Une question fondamentale reste pour nous celle de mettre au travail les conceptions-obstacles, celles qui stigmatisent l’enfant et réciproquement l’enseignant lui-même. Comment aider un enseignant à s’affranchir de conceptions qui s’opposent à la scolarisation de l’enfant ? Comment l’aider à concevoir des situations pédagogiques qui lui permettent de prendre en compte les besoins de tous ? Est-il possible de penser une « pédagogie de l’inclusion scolaire 4 » ? Si la réponse relève de l’application d’un principe d’égalité (le même traitement pour tous), alors l’inclusion peut devenir synonyme d’exclusion car les besoins spécifiques de l’enfant ne sont pas pris en compte. Si la réponse relève d’un principe d’équité (avec la prise en compte des besoins spécifiques de tout apprenant), une pédagogie différenciée ne peut pas se traduire par des exigences aux rabais pour l’enfant porteur d’un handicap.
Qu’en est-il de la scolarisation de l’enfantà besoin éducatif spécifique à travers ces exemples ?
93 La scolarisation de l’enfant à besoins éducatifs spécifiques rentre dans l’exercice « normal » du métier des enseignants. La classe, et plus exactement le fonctionnement du groupe-classe et l’engagement des élèves dans des activités scolaires constituent leurs préoccupations essentielles. Dans les faits, tout se passe comme si les enseignants ne se sentaient pas capables de conduire eux-mêmes des actions diversifiées et adaptées aux besoins de l’enfant.
94 Pour décrire le comportement et l’activité de ces enfants, les termes utilisés manifestent des traits significatifs de ce qui organise l’activité enseignante. D’une certaine manière ces élèves occupent la place d’infirmes du fonctionnement de la classe, de la culture scolaire. La pédagogie ordinaire n’est pas la « pédagogie spécialisée », celle qui « se veut démarche réintroductive, réacclimatation de ces sujets dans le code signifiant commun » (J.-S Morvan, 2001).
95 D’après les entretiens, manifestement, les enseignants sont d’abord des maîtres d’une classe avant d’être des collègues d’une équipe. Une régulation collective de la prise en charge de la scolarisation de ces enfants est rarement évoquée. Renverser ces rapports impliquerait un renversement paradigmatique dans la conceptualisation du métier avec le risque d’un trouble identitaire, alors que cela paraît essentiel dans les cas étudiés : « pour témoigner des expériences positives qui se déclinent généralement, et ce n’est pas un hasard, en termes de coopérations, actions coordonnées, de mises en réseaux » (É. Plaisance, 2000, p. 28).
96 Des principes et démarches, facteurs de réussite, ont déjà été largement évoqués à propos de l’intégration de ces enfants, ils sont tout aussi pertinents pour leur scolarisation : préparation et volontariat de l’enseignant ; coopération avec les collègues ; aménagement de l’espace école ; mobilisation et sensibilisation de l’ensemble des professionnels de l’établissement ; individualisation dans la prise en charge des enfants avec des enjeux de construction de savoirs ; globalisation du projet pour et avec l’enfant et son aménagement en fonction de son évaluation ; formation et partenariat avec des enseignants spécialisés (Lesain-Delabarre, 2000).
97 Dans l’accompagnement de l’enseignant, au plus près des situations qu’il rencontre, analyser dans le cadre des dispositifs d’analyse de pratiques les écarts entre ce qu’il pense faire (ce que l’on repère de sa pratique) ce qu’il souhaite faire (théorie de référence) et ce qu’il met en œuvre effectivement relève de la construction du sens de son activité. Il s’agit de saisir, dans une pratique professionnelle, les dimensions culturelles implicitement à l’œuvre qui peuvent se trouver en contradiction avec ce que le professionnel souhaiterait mobiliser.
98 On ne peut pas parler de « scolarisation », au sens fort, dans la mesure où la pertinence de la décision professionnelle in situ est pensée à partir du fonctionnement d’un groupe-classe qui n’inclut pas l’enfant. Les échanges traduisent ce qu’il est possible de faire pour que cet enfant ne perturbe pas le déroulement de la classe. Il n’est donc pas considéré comme un parmi d’autres mais comme un contre d’autres. En creux, on peut soupçonner l’effort extraordinaire que doit fournir l’enfant, porteur d’un handicap pour s’adapter aux exigences des apprentissages scolaires et de la vie collective. Le terme d’» intégration » impliquait un processus, une action spécifique alors que la « scolarisation » de ces enfants suppose l’application de principes (pédagogiques et didactiques) valables pour tous.
Discussion et conclusion
99Les enseignants ont, avant tout, besoin de donner un nouveau sens à leur métier pour répondre à cette nouvelle mission qui leur est confiée. Aider un enseignant à s’affranchir de conceptions qui font obstacle à leur pouvoir d’agir en faveur de la scolarisation de l’enfant nous invite à concevoir une « pédagogie de l’inclusion scolaire [4] ». Cette dernière est à inventer.
100 Analyser les fondements culturels du métier qui organisent l’activité des enseignants, et avec leur collaboration, peut être une des orientations de leur formation. Les difficultés qu’ils rencontrent ne se réduisent pas à des manques d’ordre technique ou instrumental, elles sont aussi d’ordre conceptuel. Une réélaboration conceptuelle d’une pratique professionnelle a besoin d’être instrumentée cognitivement par des approches didactiques, conceptuelles, des outils de remédiation, des outils d’analyse de sa propre pratique. C’est la raison pour laquelle la collaboration avec le professionnel est si importante pour qu’il développe de lui-même et pour lui-même un processus d’élaboration et de développement du sens sur sa pratique. C’est un des effets attendus de tout processus médiationnel. Dans la perspective développée par G. Vergnaud, c’est la relation aux situations qui donne sens aux concepts les plus abstraits, c’est donc cette relation qu’il est essentiel de permettre aux professionnels de travailler. Il n’y a développement professionnel que s’il y a « processus de réélaboration pragmatique » (Vergnaud, 1998), par l’acteur et pour lui-même, des connaissances qu’il est amené à mobiliser pour répondre aux besoins de telle ou telle situation.
101 Tous les moyens doivent être proposés aux enseignants afin qu’ils puissent être en mesure de « reconfigurer » pour leur compte les places qu’on leur a demandé d’occuper, c’est-à-dire en répondant aux besoins éducatifs spécifiques de ces enfants. C’est le sens que nous donnons à la notion de médiation.
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Mots-clés éditeurs : Conceptualisation, Culture professionnelle, Entretien de conseil, Scolarisation des enfants porteurs d'une déficience intellectuelle
Date de mise en ligne : 17/02/2015
https://doi.org/10.3917/nras.042.0189