Article de revue

Le Piège de Thucydide et la rivalité Chine/États-Unis pour le XXIe siècle

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  • Humeur, par Véron, E.
(2019). Le Piège de Thucydide et la rivalité Chine/États-Unis pour le XXIe siècle. La Géographie, 1574(3), 68-68. https://doi.org/10.3917/geo.1574.0068.

  • Humeur, par Véron, Emmanuel.
« Le Piège de Thucydide et la rivalité Chine/États-Unis pour le XXIe siècle ». La Géographie, 2019/3 N° 1574, 2019. p.68-68. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2019-3-page-68?lang=fr.

  • Humeur, par VÉRON, Emmanuel,
2019. Le Piège de Thucydide et la rivalité Chine/États-Unis pour le XXIe siècle. La Géographie, 2019/3 N° 1574, p.68-68. DOI : 10.3917/geo.1574.0068. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2019-3-page-68?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1574.0068


Notes

  • [*]
    Allison Graham, 2019, Vers la guerre. La Chine et l’Amérique dans le piège de Thucydide, Paris, Odile Jacob, 416 pages.

1 Graham Allison propose dans un ouvrage [*] remarqué par la communauté des études stratégiques une analyse de la « guerre potentielle » à venir entre la puissance supposée déclinante américaine et la puissance ascendante chinoise. Depuis janvier 2018, les tensions commerciales et géopolitiques entre les deux grands pôles de puissance de ce premier quart de siècle n’ont connu ni embrasement ni réelle accalmie. C’est bien que pour Pékin, autant que pour Washington, l’un constitue pour l’autre, le sujet de politique étrangère numéro un. La guerre est-elle inéluctable ?

2 Allison développe sa thèse à partir de la guerre du Péloponnèse. Mais la paranoïa de Sparte n’est pas comparable à la situation des États-Unis, ou celle de l’hubris chinoise avec celui d’Athènes.

3 La Chine est un véritable défi pour les États-Unis. Le rattrapage technologique (et le programme Made in China 2025 avec en ligne de mire le développement de l’Intelligence artificielle, du numérique et de la collecte de données), le poids géopolitique en Asie, les 30 % de la dette américaine, la modernisation de la plus grande armée au monde, les troupes de cyber espions ou le projet Belt and Road Initiative sont autant de facteurs majeurs qui font que la République populaire de Chine n’est pas l’ennemi soviétique d’hier…

4 La Chine veut devenir la puissance « sous le ciel » pour retrouver la géomancie d’antan, où les « pays du milieu » formaient le centre politique, économique et culturel. Le bon ordre régnait sur terre. La culture stratégique de la Chine, malgré le siècle des humiliations, les modernisations venues de l’occident et la prise du pouvoir par les communistes n’ont jamais remis en cause l’idée (bien chinoise) de leur prééminence sur le monde.

5 Washington cherche à contraindre la Chine économiquement, géographiquement, et technologiquement. Pékin veut à tout prix éviter un conflit qui ne serait que néfaste pour son économie, son image et sa stabilité intérieure. Xi Jinping incarne la succession de Mao, comme l’autre homme fort de la dynastie rouge, qui fêtera son (premier) siècle en 2049, avec le souci de maintenir une consommation très contrôlée. Une Chine unie et riche, moderne et prospère, influente et forte dans le monde. Mais les États-Unis, malgré ce que peuvent dire les cassandres, sont loin d’être enterrés. Ils spéculent sur leur déclin et justifient leur programme d’armement et le rééquilibrage géopolitique tant en interne que dans le monde.

6 Si l’un et l’autre s’instrumentalisent, l’approche stratégique reste différente. Quand les États-Unis affectionnent le Colt, la brutalité et le frontal, la Chine préfère les discours et les méthodes allusives, l’indirect et le sinueux. L’épaisseur et la profondeur historique de la Chine permettront-elles l’enlisement de Trump ?

7 Pour le moment la conflictualité prend forme sur les fronts de l’influence, des technologies, du cyber, de l’économie, du commerce et des marchés. Sommes-nous prêts à avancer au son de ses nouveaux canons ?


Date de mise en ligne : 30/09/2022

https://doi.org/10.3917/geo.1574.0068