Article de revue

Vertus et perversité du flashmob

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  • Humeur, par Bellec, F.
(2018). Vertus et perversité du flashmob. La Géographie, 1571(4), 68-68. https://doi.org/10.3917/geo.1571.0068.

  • Humeur, par Bellec, François.
« Vertus et perversité du flashmob ». La Géographie, 2018/4 N° 1571, 2018. p.68-68. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2018-4-page-68?lang=fr.

  • Humeur, par BELLEC, François,
2018. Vertus et perversité du flashmob. La Géographie, 2018/4 N° 1571, p.68-68. DOI : 10.3917/geo.1571.0068. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2018-4-page-68?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1571.0068


1 Un jour de solstice d’été vers 200 av. J.-C., Ératosthène, bibliothécaire d’Alexandrie, calcula le rayon de la Terre à moins de 2% près en mesurant l’ombre d’un gnomon à Alexandrie, au moment où le soleil culminait à la verticale de Syène sous le tropique du Cancer. Comment fut appréciée la simultanéité des observations conjuguées de cette prouesse de la géographie antique avant le rapprochement fulgurant des racines télé et phônê ? C’est bien sûr une fausse question naïve, mais elle fait remonter loin le besoin de communiquer à distance. Euclès et Phidippidès, les deux messagers de la victoire de Marathon sont les plus célèbres vecteurs d’information. Les porteurs de mauvaises nouvelles, eux, étaient servis en amuse-gueules aux lions du Colisée. Tam-tam, signaux de fumée, télégraphe Chappe, pigeon voyageur, télégraphe puis téléphone filaires accédant à une géographie planétaire par les câbles sous-marins, pneumatique, des ingéniosités ont répondu à la quête d’une communication lointaine de plus en plus rapide. Une utilité qui devint très vite un besoin, tant elle ouvrait des perspectives bénéfiques. La prévision météorologique est la fille naturelle du télégraphe courant au long des rails du cheval de fer à travers la prairie amérindienne.

2 Les mécontents en gilets brodés du Pays Bigouden faisaient remonter vers le pouvoir leur cahier de doléances dans les fontes d’un cheval de labour. Imaginés il y a trente ans, les « dîners en blanc » rassemblent à Paris des dîneurs investissant par surprise un lieu phare, Champs-Élysées, passerelle des Arts ou place de la Concorde, dressant des tables volatiles illustrant avec raffinement l’art de vivre à la française. Prévenus à l’origine par téléphone filaire sur le principe événementiel du flashmob, ces dîneurs en gilets blancs sont plutôt cooptés dans le Bottin mondain. Leur manifestation illégale est tolérée avec bienveillance car ils sont disciplinés et laissent la place nette.

3 Le portable et Internet permettent aujourd’hui à des mécontents individuellement sympathiques, dont les gilets jaunes détournés de leur vocation sécuritaire apolitique sont la principale cohérence, de paralyser la France sans souci des graves dégâts collatéraux qu’ils occasionnent à tous les niveaux, des PME au PNB, autour de barbecues républicains et solidaires. Cette nouvelle tendance populaire du flashmob est beaucoup moins chic bien sûr que les dîners en blanc, et infiniment plus dommageables. D’autant plus que la manifestation la plus innocente est systématiquement polluée par la marée noire des Black Blocs, la calamité du flashmob. Ne jetons pas pour autant le bébé avec l’eau du bain. L’actualité brûlante de la grogne rurale a offert aux téléspectateurs (du métissage gréco-latin télé et spectare) d’une chaîne publique, de voir avec tendresse un gilet jaune interpeller en direct un très médiatique penseur d’un futur verdoyant sur une nouvelle plaie d’Égypte inconnue d’Ératosthène : la religion d’État de la transition énergétique.


Date de mise en ligne : 30/09/2022

https://doi.org/10.3917/geo.1571.0068