Article de revue

Bleu marine

Pages 64 à 65

Citer cet article


  • La chronique de la mer de Metzger, P.
(2017). Bleu marine. La Géographie, 1567(4), 64-65. https://doi.org/10.3917/geo.1567.0064.

  • La chronique de la mer de Metzger, Philippe.
« Bleu marine ». La Géographie, 2017/4 N° 1567, 2017. p.64-65. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-4-page-64?lang=fr.

  • La chronique de la mer de METZGER, Philippe,
2017. Bleu marine. La Géographie, 2017/4 N° 1567, p.64-65. DOI : 10.3917/geo.1567.0064. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-4-page-64?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1567.0064


Description de l'image par IA : Ciel bleu avec nuages blancs duveteux au-dessus d'une mer calme et vaste.

1 La couleur des choses, des gens, des paysages, du ciel et de la Terre, tout n’est que vibration et perception. Il en est de même pour la mer. Or depuis des générations, la mer est représentée sur les cartes notamment par un bleu sans saveur, un peu pastel, souvent pâle, et finalement assez neutre. Quelle est la vraie couleur de la mer ?

2 La mer Rouge, la mer Noire, ou encore la mer Blanche, n’ont de couleur que leur nom dont les origines mériteraient à elles seules un article complet dans notre revue. Là n’est pas notre propos.

3 Cette mer que l’on voit si bleue l’été devient translucide et incolore dès qu’on la recueille dans un seau. Rien de plus décevant lorsque l’on durcit le sable de la plage pour en faire des châteaux éphémères que de verser cette eau sans pigment. La couleur de l’eau de mer est donnée, nous dit-on, par le ciel dont elle assure le reflet. Ainsi la coloration océanique résulterait de l’état du ciel. L’affaire est plus compliquée.

4 Près des côtes, dans des profondeurs faibles, l’eau agissant comme un prisme offre autant la couleur du ciel que celle du fond qu’elle recouvre. Un sol sous-marin sableux donnera un beau bleu turquoise, un fond rocailleux renverra un bleu gris, tendant au brun. Les algues apporteront une nuance de vert du meilleur effet. Certes, les nuages et le soleil contribuent à la coloration côtière dans une alchimie vibratoire souvent esthétique. Dès que l’on s’éloigne du littoral, l’influence du fond sur la couleur observée en surface diminue en raison de la profondeur qui augmente. L’épaisseur de la colonne d’eau fonce la palette des bleus et des verts, pour aller parfois vers des gris foncés. Le reflet du ciel est plus franc, plus réel mais avec cette troisième dimension en dominante. Et lorsque la mer s’agite, et que le vent forcit, les petits moutons blancs de la crête des vagues deviennent des mèches d’écume striant la surface. Cette couleur-là, peu de marins la recherchent…

Description de l'image par IA : Phare rouge et blanc face à des vagues puissantes sous un ciel sombre.

5 En tant que masse d’eau, on peut affirmer que la mer n’a pas de couleur. Pourtant, le bleu marine évoque cette teinte profonde que l’on fend en haute mer. Le bleu turquoise provient de la douceur picturale de certains mouillages turcs. Ces couleurs que nous percevons, que nous qualifions, que nous attribuons, ne sont que des habillages que nous posons sur de fausses réalités. Nous voyons la mer bleue, mais elle ne l’est physiquement pas. Elle n’est qu’un miroir, ou un prisme, et sa couleur que nous admirons n’est que la combinaison de facteurs physiques. Comme un mirage dans le désert, la couleur de la mer et des océans n’est qu’illusion.

6 Pour le terrien, l’illusion est joyeuse. Pour le marin, l’illusion est un avatar. Pour le géographe, l’illusion est inacceptable. Et pourtant, les cours de géographie ont adopté le code d’une mer bleue dans la représentation graphique des étendues océaniques. Il se pourrait que cette tradition relève de l’imposture intellectuelle.

7 Mais quelle importance ? La couleur des mers et des océans aide les hommes à rêver de contrées accueillantes et porteuses d’insouciance. Seul compte le fait que la mer est l’avenir de l’Humanité.


Date de mise en ligne : 03/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1567.0064