Article de revue

Les forêts de vert en vert

Pages 20 à 22

Citer cet article


  • Hotyat, M.
(2017). Les forêts de vert en vert. La Géographie, 1567(4), 20-22. https://doi.org/10.3917/geo.1567.0020.

  • Hotyat, Micheline.
« Les forêts de vert en vert ». La Géographie, 2017/4 N° 1567, 2017. p.20-22. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-4-page-20?lang=fr.

  • HOTYAT, Micheline,
2017. Les forêts de vert en vert. La Géographie, 2017/4 N° 1567, p.20-22. DOI : 10.3917/geo.1567.0020. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-4-page-20?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1567.0020


1 Le vert « apparaît comme une couleur ambivalente, sinon ambiguë : symbole de vie, de chance et d’espérance d’un côté, attribut du désordre, du poison, du diable et de toutes ses créatures de l’autre » comme l’écrit Michel Pastoureau dans son ouvrage Vert, histoire d’une couleur, (2017). Analyser une couleur, présente la difficulté de savoir sous quel angle l’aborder : comme un fragment de lumière, comme un matériel chimique, technique ou comme un fait culturel. La couleur verte sera ici abordée par rapport à la perception visuelle obtenue en pénétrant dans des forêts boréales jusqu’aux sylves tropicales afin de découvrir les multiples nuances de cette couleur.

2 Pour beaucoup de personnes, la forêt est verte, du printemps et jusqu’à l’automne pour les forêts formées d’arbres caducifoliés, ou toujours verte lorsqu’elle est composée de végétaux sempervirentes. Or, la couleur verte de ces sylves est extrêmement variable.

3 Dans les limites septentrionales, au printemps, lorsque la durée du jour augmente et que les rayons du soleil réchauffent le sol et que neiges et glaces fondent, les bouleaux réactivent la fonction de photosynthèse, les bourgeons sortent de leur bourre et les jeunes feuilles se déplient. Feuilles d’un vert pâle, tendre, translucide qui laissent passer à travers leurs minces limbes les rayons lumineux, ce qui donne aux bétulaies des forêts boréales et de la taïga une lumière légèrement teintée de vert-jaune, voire de vert très clair si des ouvertures se font plus larges dans la canopée.

4 En milieux tempérés, au sens large, le gradient des verts est fort important, même si l’on ne mesure pas cette variation comme les chartes colorées numériques qui peuvent discriminer plus de cinquante verts. Au printemps, dans les forêts de hêtres, les feuilles qui viennent de se déployer laissent passer une lumière diaphane qui illumine le sous-bois d’un vert tendre d’opaline, vert doux, clair (voir photo page suivante) et les rayons du soleil qui caressent la surface du sol permettent à la vie de s’éveiller après quelques mois de repos. L’atmosphère est tout autre dans une forêt de chênes pédonculés. Les fleurs mâles constituées de minuscules étamines apparaissant un peu avant les feuilles colorant la canopée d’un vert jaune avant de libérer le pollen, qui, emporté par le vent, fécondera les fleurs femelles. Durant cette courte période le promeneur baigne dans un sous-bois coloré d’un vert anis. En climat méditerranéen, les forêts de chênes verts aux troncs trapus et aux houppiers très développés et globuleux portent des feuilles persistantes vert foncé et luisantes sur le dessus, pubescentes et blanchâtres sur le dessous. Dans une yeusaie de quelques mètres de haut, le regard se porte plutôt sur la face supérieure de la feuille d’un vert empire vernissé et si les couronnes ont un fort taux de recouvrement, la lumière pénètre difficilement le sous-bois, et seuls quelques rayons se faufilent dans cette toison dense. De ce fait, beaucoup de coins et recoins sont obscurs, assombrissant le vert qui semble s’associer au noir. Dans une forêt dense d’épicéas, la lumière traverse difficilement les branches chargées d’aiguilles, quoique fines, et les houppiers d’un vert foncé empêchent la lumière d’atteindre le sous-bois. Si le promeneur lève les yeux vers le sommet des arbres, il peut distinguer en fonction de l’angle d’incidence des rayons du soleil une multitude de nuances de verts depuis un vert pomme des jeunes pousses de l’année jusqu’au vert impérial des rameux couverts d’aiguilles plus âgées.

Île de Yakushima, Japon, sous-bois de mousse

Description de l'image par IA : Forêt luxuriante avec des arbres recouverts de mousse verte, sous-bois dense et humide.

Île de Yakushima, Japon, sous-bois de mousse

© Micheline Hotyat 2002.

5 Quant aux forêts denses équatoriales, le foisonnement végétal est tel que la couleur verte vous enveloppe. Cette sylve profonde, haute et dense aux feuilles souvent énormes d’un vert très foncé et parfois brillant réfléchissant la lumière augmente l’effet d’obscurité. La forêt dense, sempervirente et luxuriante ressemble à un mur végétal et la superposition des cimes d’arbres des diverses strates rend l’ombre particulièrement épaisse et sombre et les quelques ouvertures présentes dans la canopée laissent filtrer seulement des lueurs verdâtres.

6 Selon la forêt visitée, la latitude, l’altitude auxquelles on se situe, le moment de la journée, la couleur verte se pare de multiples nuances, se fait mate ou brillante, transparente ou opaque. La forêt nous offre une gamme allant du vert jaune en passant par le vert saturé ou le vert émeraude pour atteindre des verts profonds, denses, sombres presque noirs. Notre sensibilité à la tonalité, aux nuances et à l’intensité du vert est certes liée à notre héritage culturel, mais aussi à notre capacité visuelle de saisir toutes ces variations et à notre aptitude à les observer.

Forêt de Fontainebleau

Description de l'image par IA : Forêt dense avec de hauts pins, sentier en terre au premier plan, ciel bleu clair.

Forêt de Fontainebleau

D.R.

Date de mise en ligne : 03/03/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1567.0020