Compte rendu

Livres

Pages 51 à 58

Citer cet article


(2017). Livres. La Géographie, 1565(2), 51-58. https://doi.org/10.3917/geo.1565.0051.

« Livres ». La Géographie, 2017/2 N° 1565, 2017. p.51-58. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-2-page-51?lang=fr.

2017. Livres. La Géographie, 2017/2 N° 1565, p.51-58. DOI : 10.3917/geo.1565.0051. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-geographie-2017-2-page-51?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/geo.1565.0051


Description de l'image par IA : Un tas de petits poissons argentés avec une étiquette en chinois au milieu.
© Frédéric Georgens

Gilles Fumey, Joji Nozawa, photos Frédéric Georgens, Tsukiji, le marché aux poissons de Tokyo, Akinomé, 2017, 143 pages, 34 €

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec texte "Tsukiji" et image abstraite en noir et blanc.

1 Pénétrer au cœur de Tsukuji, le vieux marché aux poissons qui est encore proche du centreville, c’est pénétrer au cœur d’un art de vivre à la japonaise. On sait la place qu’occupe le poisson et tous les produits de la mer pour les japonais : ce livre en présente en quelque sorte la variété des approches. Par l’image et le texte, on voyage dans le labyrinthe des couloirs, dans les ateliers, dans les différents hangars où le désordre n’est qu’apparence quand on observe la permanente mise en place d’une formidable machine à concentrer l’offre, à distribuer par petits chariots les caisses en polyester dans une ambiance affairée… et pas toujours dans la propreté tant l’humidité marque l’atmosphère. En soi, rien d’inattendu ! Plus les hommes au travail que les poissons sur les établis. Plus les couteaux à découper que le pittoresque d’une prise de vue pour l’art. Plus les chiffres d’un commerce que de beaux plats préparés : ce n’est pas un restaurant gastronomique que cet énorme atelier de vente en gros ! Non point que les poissons soient absents mais l’œil du photographe est plus attentif aux hommes qu’à la variété des poissons. L’image est crue : le couteau tranche la tête de l’anguille, les thons sont découpés en morceaux et en tranche ; congelés ou frais, ils gisent avec l’étiquette qui note leur origine ou le destinataire du produit. Le seul qui vive encore, et pour combien de temps encore eut dit le poète, c’est le poissonpoison, ce fugu objet d’une attention millénaire ! Point de sensiblerie, ni dans la photographie ni dans le texte, point de digression sur une pêche destructrice : le fait est brut, il se regarde et il dit la vie trépidante d’un patrimonial marché au poisson : Tsukuji.

2 Alain Miossec

Erratum

3 Il fallait bien sûr lire Roger Brunet, et non Robert, dans le dernier numéro de notre revue, p. 53. La rédaction est désolée pour cette inadvertance.

Christian Seignobos, Des mondes oubliés. Carnets d’Afrique, IRD éditions/Parenthèses, Marseille, 2017, 310 pages, 38 €

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec une illustration de ville et texte en français.

4 Pour certains Africanistes, « l’Afrique ne commence-t-elle pas après qu’on l’a quittée, out of Africa ? ». Christian Seignobos après 40 ans au Nord-Cameroun et dans le Sud tchadien, enseignant puis chercheur CNRS ou ORSTOM/IRD, présente ses réflexions, assorties de nombreux dessins à la plume. Le dessin méticuleux en fait ressortir le détail significatif.

5 Le contenu scriptural est riche. Le géographe tropicaliste y aborde diverses thématiques. Les paysages ont été anthropisés : savanes-parcs, rôneraies, systèmes défensifs végétaux, bosquets-fortins … Les architectures soudaniennes évoluent. C’est la fin des « cases-obus », des greniers esthétiques, des décorations figuratives peintes.

6 Toutes les cultures indigènes n’ont pas été « améliorées », tels le « fabirama », le cotonnier pérenne ou les poneys et taurins de l’élevage traditionnel. L’auteur traite également des métiers de l’eau ; les nefs en papyrus du lac Tchad ont disparu. Les communautés Kirdi sont descendues sur les piémonts. Dans les années 1960, on voyait encore les cavaliers avec cottes de maille et chevaux caparaçonnés. Les femmes se sont débarrassées de leurs anneaux de chevilles, de leurs bracelets de défense et de leurs labrets. Certains grands mammifères disparaissent, mais l’entomophagie subsiste.

7 En un demi-siècle, l’auteur a été témoin de multiples changements. « Au début de 1990, on entre dans un monde où le coupeur de route (zargina) devient une composante du quotidien ». L’insécurité s’est développée « aux frontières du Nigeria dans l’Extrême Nord mais aussi celles du Tchad et de RCA, où se créent de véritables ventres mous ».

8 Ch. Seignobos est un témoin averti de cette période post-colonisation qui fut celle de la Coopération (1960-1998). C’est la fin du rêve du développeur : « une paysannerie africaine moderne ne pouvant naître que de ses seules entreprises ».

9 Ouvrage remarquable et particulièrement original.

10 Yves Boulvert

Sous la direction de Béatrice Giblin, Les conflits dans le monde, approche géopolitique, Paris, A. Colin, 2016 (2e édition), 295 pages, 32 €

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec titre en français, image de montagne et skieur.

11 Cet ouvrage, dirigé par Béatrice Giblin s’est imposé comme une référence sur les questions de géopolitique des conflits depuis sa première édition en 2011. Cette seconde édition vient mettre à jour une somme de connaissances sur des situations géopolitiques très diverses traitées par les meilleurs spécialistes géographes. Quelle lecture apporter à l’analyse géopolitique des conflits ? Si le champ est occupé traditionnellement par les politistes en relations internationales, il en est différemment en géographie où la thématique n’entrait guère, jusqu’à peu, dans le champ académique. Il faut saluer la grande clarté de l’introduction qui pose les principales problématiques de cette approche, à travers la géopolitique externe (les conflits entre les États) et interne (à l’intérieur des États) mais aussi à travers celle des représentations qui caractérisent tant l’école française de géopolitique fondée par Yves Lacoste. La notion de conflits est donc large et dépasse le cadre du conflit armé. L’ouvrage s’articule en 3 parties, divisées en 21 chapitres, abordant « la ville, lieu de conflits », « la frontière, lieu de conflits », « les nationalismes régionaux », « la conquête des ressources » et deux études de cas. Bien illustré de cartes, il présente ainsi une grande diversité thématique commençant par le Grand Paris jusqu’à l’étude du conflit israélo-palestinien.

12 Philippe Boulanger

Jean-Louis Gouraud, Petite Géographie amoureuse du cheval, Paris, Belin, 2017, 615 pages, 23 €

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec titre et auteur, image de paysage.

13 Après avoir chevauché dans le monde entier, retrouvé les tombes de cavaliers célèbres tels Gengis Khan ou Nicolas Prjevalski, publié d’innombrables livres équestres, reçu des prix prestigieux, tels le Renaudot poche 2013 pour son magnifique Pérégrin émerveillé, Jean-Louis Gouraud, écrivain, éditeur, membre de notre Société, nous offre aujourd’hui cette Géographie amoureuse du cheval. Qui n’a de petite que le titre puisqu’elle dépasse les six cents pages ! Mille choses à retenir, au gré de ses lectures comme de ses envies, car l’ouvrage peut aussi bien se lire de façon méthodique qu’être grappillé. Ainsi des Routes de la Soie, que l’auteur qualifie de routes des chevaux et même de route des crottins, tant l’utilisation du cheval y fut déterminante. Les montures des civilisations équestres d’Asie centrale ont essaimé dans le monde entier. Et le prétendu « pur-sang » anglais est en réalité issu de chevaux akhal-téké, donc turkmènes, et de chevaux barbes, autre race magnifique avec laquelle le célèbre écuyer Pluvinel apprit à monter à Louis XIII. Gouraud intercéda auprès de l’Algérie pour la sauver de l’extinction. La Cappadoce tient son nom du temps où les Perses envahirent l’Anatolie pour y fonder le Katpatuka… le pays des beaux chevaux. Au milieu des années 1980, l’armée indienne importe des centaines de juments Haflingers, un poney du Tyrol… pour découvrir que la race ne convient nullement à son milieu et à ses besoins. Elle les transforme en productrices de… mulets. Les ânes reproducteurs ? Deux baudets du Poitou ! Quant à la prétendue « réintroduction » en Mongolie, et à grands frais, du pauvre cheval dit « sauvage » de Prjevalski, elle relève de la stupidité géographique : il est originaire de Dzoungarie, une région qui jouxte le désert de Gobi. Aussi éloignée de la Mongolie que « les polders néerlandais de la Camargue, ou les hauts plateaux algériens des montagnes suisses » !

14 Un livre drôle et instruit, qui rend justice à la plus belle conquête de l’homme, et de plus en plus, de la femme puisque les cavalières sont désormais très largement majoritaires dans le troisième sport français…

15 Sylvie Brunel

Pascal Dayez-Burgeon, Byzance la secrète, Paris, éditions Perrin, 2017, 318 pages, 21 €

Description de l'image par IA : Image d'une couverture de livre avec un visage doré et une couronne, titre "Byzance la secrète".

16 Cette ville voulue par Constantin en 330, est restée au cœur du monde pendant plus d’un millénaire, entre son envie de paix et ses besoins de guerre pour se défendre, colonisée par l’Occident, le monde latino-chrétien, convoitée au nord comme au sud, menacée par l’expansion de l’islam. Pourtant christianisme et islamisme y ont cohabité et la tradition d’un centre multiethnique, pluriculturel y a persisté. Si 1453 marque un tournant dans son histoire avec la destruction d’un patrimoine prodigieux, le mythe de Byzance s’est encore renforcé. Cette « oasis chrétienne » qui a fait rêver Louis XIV ou Bonaparte parti en Égypte est devenue Istanboul en 1927, cosmopolite, interlope et surpeuplée. Byzance dont l’histoire est trop mal connue et ses richesses intellectuelles mésestimées, n’est pas morte. Cet ouvrage très instructif, empreint d’une grande érudition tout en étant de lecture aisée, donne des clés de lecture à de nombreuses problématiques d’actualité touchant notamment aux conflits socio-éducatifs que nous vivons au quotidien, aux démarches diplomatiques si actives sur la place de la Turquie mais aussi à Daesh. La lecture de ces pages si éclairantes est donc chaudement recommandée.

17 Jacques Gonzales

Philippe Fuchs, Les casques de réalité virtuelle et de jeux vidéo, Paris, 2016, 243 pages, 29 €

Description de l'image par IA : Chapeau bleu avec bande jaune sur fond bleu nuit.

18 La réalité virtuelle (RV) a envahi récemment nos espaces quotidiens, depuis les salles de cinéma spécialement équipées, aux casques à réalité virtuelle pour piloter des jeux vidéo ou des drones. Certains de ces dispositifs existent depuis au moins une trentaine d’années, mais la mise à disposition récente de la RV à une plus large audience, y compris pour des utilisations ludiques et récréatives soulève de nombreuses questions sur les différentes solutions techniques disponibles, leurs usages potentiels et leurs limites (temps de latence, problèmes ophtalmologiques, cybersickness etc.).

19 L’ouvrage de Philippe Fuchs entend apporter quelques éclaircissements sur ces différentes questions. Son auteur est professeur à Mines ParisTech et membre de l’Association Française de la Réalité Virtuelle. C’est dans la perspective et de l’informatique et des sciences cognitives qu’il inscrit son propos. Les géographes et amateurs de sciences sociales délaisseront sans doute les premiers chapitres, les plus théoriques et les plus techniques, pour privilégier ceux de la partie II consacrée aux différents usages des visiocasques dans les domaines des jeux vidéo, des arts numériques, mais aussi de la formation professionnelle ou encore en tant qu’outil expérimental en sciences humaines. Sur ce dernier point cependant, l’ouvrage reste, à nos yeux, peu convaincant, même s’il pourrait ouvrir de nouvelles pistes dans les débats au sein de notre discipline sur la modélisation et l’usage des simulations en géographie et en aménagement. Au final, l’ouvrage est une bonne introduction aux technologies et aux différents usages possibles de la RV en général et des visiocasques en particulier. Mais c’est aussi une invitation à ce que les géographes se saisissent de la RV cette foisci du point de vue des sciences sociales, et ainsi prolongent les travaux existants sur la géographie du cyberespace et sur le rôle croissant des technologies numériques dans nos quotidiens.

20 Hovig Ter Minassian

Renaud Nattiez, Le Dictionnaire Tintin, Paris, Honoré Champion, 2017, 444 pages, 25 €

Description de l'image par IA : Dictionnaire Tintin avec illustrations colorées.

21 Dans Les Aventures de Tintin, Georges Remi, dit Hergé, a construit un univers où l’imaginaire le dispute au réel, un « quasi-monde » riche d’une famille de papier et d’une géographie inventée, mais crédible, où la fiction crée l’authenticité, où les éléments imaginés renforcent l’effet de réel. Le lecteur évolue ainsi dans un cadre familier avec sa logique propre. Renaud Nattiez, à qui l’on doit déjà l’indispensable Mystère Tintin (éd. Les Impressions nouvelles, 2016) avait gardé quelques trouvailles sous le coude. Il les publie dans Le Dictionnaire Tintin, un agréable ouvrage, sous une splendide couverture ad hoc du dessinateur Stanislas. Un livre où le lecteur peut flâner en profitant des découvertes que lui fait partager son auteur. Un ouvrage que le géographe pourra aussi utiliser comme un véritable instrument de travail, nécessaire pour qui veut savoir où se trouve exactement le petit royaume de Syldavie, où coule le Badurayal aux eaux infestées de piranhas, où vivent les tribus des Arumbayas, des Bibaros ou des Babaoro’m, dans quel émirat se déroulent Tintin au pays de l’or noir et Coke en stock

22 On retrouvera également dans Le Dictionnaire Tintin des entrées utiles sur les animaux, l’alcool, la gastronomie, et en particulier l’amusante liste des nombreux personnages dont le nom évoque une référence culinaire. Ce Dictionnaire Tintin s’adresse à tous ceux qui souhaitent se plonger ou se replonger dans la magie d’un mythe toujours bien vivant, cent dix ans après la naissance d’Hergé, quarante ans après la parution du dernier album achevé.

23 Olivier Roche

Alain Quella-Villéger, Voyages en exotismes-Ailleurs, histoire et littérature (XIX-XXe siècles), Classiques Garnier, 2017, 428 p. 97 €

Description de l'image par IA : Couverture de livre rouge avec titre et auteur en blanc.

24 Cet ouvrage rassemble, autour de la question de l’exotisme, des articles, contributions et préfaces que l’auteur, spécialiste de Pierre Loti, a consacré à de nombreux écrivains et voyageurs. Ceux-ci ont illustré une veine particulière d’écriture de fiction, d’expérience et de témoignage qui, pendant près d’un siècle et sur fond d’horizon colonial, a passionné, voire enchanté un lectorat nombreux et fidèle.

25 Près d’une vingtaine d’auteurs sont sollicités et analysés par A.Quella-Villéger. Ils nous conduisent sous des cieux divers et nous font comprendre les attraits de ces lieux lointains, les multiples facettes de l’exotisme, et les sources des stéréotypes associés. Le choix de discipliner une dérive éclectique par une organisation en quatre parties, ouvertes par des introductions éclairantes, est bienvenu.

26 La qualité de l’édition, classique chez Garnier, avec des notes abondantes, une bibliographie sélective, sans être indigente et un index exhaustif permet de naviguer avec aisance dans une littérature où les officiers de marine ont su associer l’encre et la plume. Segalen, Farrère y tiennent une place éminente et Julien Viaud/Pierre Loti, indiscutablement, est l’amiral de ces œuvres qui, d’un océan à l’autre, de la Méditerranée au Sahara, et au travers du Pacifique, croisent latitudes et longitudes.

27 Pierre Loti (1850-1923) a été le contemporain de P. Vidal de la Blache et il est intéressant de suivre sur l’atlas du géographe (1894, qui précise les lignes de navigation) les pérégrinations planétaires de l’écrivain, du Proche à l’Extrême-Orient. Un bel article sur l’escale, en janvier 1872, de l’aspirant Julien Viaud à l’île de Pâques, montre une expérience de terrain initiatique qui a gardé pour le géographe une authenticité pré-exotique.

28 Jean-Louis Tissier

Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres, ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent, trad. Corinne Tresca. Les Arènes, 2017, 272 pages, 20,90 €

Description de l'image par IA : Arbre avec des racines apparentes et un texte en braille sur le tronc.

29 L’âme végétale selon Aristote était caractérisée par la double capacité de se nourrir et de se reproduire. Wohlleben y ajoute une dimension sociale car des arbres peuvent se transférer une information par l’intermédiaire d’une odeur ou par voies terrestres ; des réseaux de filaments, le mycelium de champignons, relient des racines, agissant plus ou moins en synergie avec une foule de microbestioles, des oribates, sortes d’acariens, des curculionidés, des collemboles, des insectes rampant. Les arbres de même espèce sont capables de partager leur nourriture et de s’entraider en rapprochant leurs branches : c’est le cas des hêtres (des êtres ? à se demander) qui, vivant serrés, majorent ainsi leur potentiel productif. Des expériences prouvent la réalité de ces interactions et la gestion d’une forêt relève d’un réel savoir : toutes les espèces sont capables de tels échanges mais la main de l’homme pourrait faire perdre aux plantes cultivées leurs propriétés sensibles. Par ailleurs tout arbre possède sa vie propre et son histoire est inscrite dans la forme de son tronc, lisible dans son écorce et ses racines.

30 Voilà bien un livre susceptible d’attiser la curiosité des jeunes comme des aînés, voire d’emballer les imaginaires, écrit par un forestier allemand féru de biologie ; cet énorme succès de librairie vient de paraître en français. Il pourrait bien changer nos regards sur les arbres au gré des balades en forêt, inciter au respect des plus anciens, porteurs de cicatrices, témoins du passé séculaire des hommes.

31 Jacques Gonzales

Béatrice Giblin, Le paradoxe français, entre fierté nationale et hantise du déclin, Armand Colin, 2017, 204 pages, 19,90€

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec titre et auteur en haut, image centrale et nom de l'éditeur en bas.

32 La directrice de la revue Hérodote s’interroge sur ce qu’elle appelle un « paradoxe français » : ce pays, bien que pouvant être fier d’un long héritage, est en proie aux doutes. D’une part, il se demande si son histoire est véritablement glorieuse puisqu’elle comprend également des pages sombres. D’autre part, les livres annonçant un « déclin » français ont été nombreux ces dernières années. L’objet de cet ouvrage est d’établir un diagnostic précis de ce paradoxe. Il montre par exemple comment l’affaiblissement démographique relatif de la France, en dépit de l’éclaircie des Trente glorieuses, participe à l’idée de déclin, qui se trouve renforcée par le sentiment d’abandon des territoires de la France rurale. Puis l’ouvrage analyse ce qu’il appelle une « impossible décentralisation ». Cette formule peut susciter un débat car il y a eu effectivement une décentralisation les quinze années suivant les lois de 1982 ; mais le bilan des très nombreuses lois territoriales votées depuis le début du XXIe siècle se traduit plutôt par de la recentralisation. Concernant l’immigration, le livre souligne la politisation de cette question tantôt par la droite, tantôt par la gauche dans un contexte où la « situation continue de se dégrader… sur le plan de l’intégration à la nation » (p. 119). Le ressenti du déclin français tient aussi à la peur de n’être plus qu’une puissance moyenne qui ne peut servir de modèle à l’Union européenne. Toutefois, selon Béatrice Giblin, il est possible de « résoudre le paradoxe » car « il n’y a aucune raison de désespérer de la France et de ses capacités à faire nation ».

33 Gérard-François Dumont

Brice Gruet, Peindre les jardins, Paris, Arlys, 2017, 72 pages, 12 €

Description de l'image par IA : Couverture de livre avec texte en français, arbre et ciel en arrière-plan.

34 Dans l’univers judéo-chrétien, les jardins sont porteurs d’une espérance : celle de la félicité éternelle. Certes, le péché originel a privé Adam et Ève de la jouissance de l’Éden où tout leur était donné avec munificence, mais leurs descendants n’ont eu de cesse de recréer des espaces de contemplation et de volupté où le minéral, le végétal et l’animal se plient à leur volonté, en hommage à la transcendance, à la beauté, à l’amour, parfois aussi à l’ordre politique et social. Expression raffinée des grandes civilisations paysagères, comme le dit Augustin Berque, le thème du jardin est l’un des plus riches de la peinture occidentale. Dans un petit livre joliment illustré d’un florilège de reproductions bien choisies, Brice Gruet nous invite à une promenade dans l’univers des jardins représentés ou rêvés par les plus grands peintres européens. Les textes courts témoignent de la culture classique d’un auteur qui, au fil de ses travaux, continue à marier dans un langage poétique la géographie, aux humanités classiques, à l’histoire de l’art et à l’anthropologie. Un menu plaisir rafraîchissant à s’offrir au cœur de l’été.

35 Jean-Robert Pitte


Date de mise en ligne : 03/04/2023

https://doi.org/10.3917/geo.1565.0051