Géographie de la course au large
- La chronique de la mer de Philippe Metzger
Pages 63 à 65
Citer cet article
- La chronique de la mer de METZGER, Philippe,
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- La chronique de la mer de Metzger, P.
https://doi.org/10.3917/geo.1562.0063
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https://doi.org/10.3917/geo.1562.0063
Une vue de la Volvo Ocean Race de 2015
Une vue de la Volvo Ocean Race de 2015
1 Depuis qu’Éric Tabarly a gagné la course transatlantique anglaise en solitaire en 1964 entre Plymouth et Newport, la voile de compétition est sortie des abris côtiers pour s’émanciper vers les grands horizons.
2 Si quelques courses locales offraient déjà des possibilités trans-horizons, telles la Sydney-Hobart depuis 1945 ou la Transpacifique entre Los Angeles et Tokyo créée en 1906 qui se court tous les deux ans, la structuration des grandes courses océaniques s’est construite sur des idées simples mais ambitieuses. Ainsi, lorsque Michel Etevenon imagine la Route du Rhum en 1978, sorte de transat à la française, il permet à des ports de second rang de passer à la postérité en accueillant les grands champions de la voile. Saint-Malo et Pointe-à-Pitre deviennent les pôles de concentration des médias le temps d’une traversée.
3 Cette démarche fait des émules et la création de la Route du Café en 1993 offre une démarche identique entre Le Havre, port important de la Manche peu connu pour son ouverture à la plaisance malgré un yacht-club actif, et Carthagène en Colombie.
4 À ces traversées viennent se greffer les « tours du monde », les circumnavigations en solitaire ou en équipage. Créé en 1989, le vendée Globe, course en solitaire et sans escale, répond au BOC Challenge (devenu le Velux 5 Océans), solitaire autour du monde avec escales. La notion de tour du monde est relative car le parcours consiste en une descente de l’Atlantique, du passage du cap de Bonne Espérance, d’une traversée d’Ouest en Est de l’océan Indien en frôlant l’Antarctique, du virement au cap Horn pour remonter vers l’Europe.
Éric Tabarly à bord du Penn Duick II sur la finish line à Newport, Rhode Island, en 1964
Éric Tabarly à bord du Penn Duick II sur la finish line à Newport, Rhode Island, en 1964
5 Lors du Vendée Globe, qui se court tous les quatre ans et qui partira cette année le 6 novembre des Sables d’Olonne, les navigateurs sont en isolement à bord durant un peu moins de 80 jours (pour les plus rapides), livrés à tous les vents et mers, devant gérer le stress, les difficultés de manœuvre sur des bateaux aux dimensions importantes, et la solitude. Pour la Velux, les escales apportent la possibilité de se refaire une santé et de réparer les avaries le cas échéant, ce qui n’est pas autorisé dans le Vendée, où tout accostage est éliminatoire.
Affiche de Franco Costa pour l’America’s Cup de 1987
Affiche de Franco Costa pour l’America’s Cup de 1987
6 Autre tour du monde en équipage et avec escales, la Volvo Ocean Race, autrefois Whitbread, propose désormais des sprints de plusieurs milles entre deux escales, en monotype, c’est-à-dire sur des voiliers identiques. La Whitbread fut gagnée en 1988 par Lionel Péan sur Esprit d’équipe, puis en 2012 par Franck Cammas sur Groupama. S’arrêtant sur les cinq continents, cette course met en valeur des villes comme Punta des Este ou Auckland.
7 C’est dans la course qui ne voyage pas (ou si peu) que s’est lancé Franck Cammas, notre champion actuel : la coupe de l’America. Ponctuée par des incartades en Australie (1987), Nouvelle-Zélande (2000 et 2003) et en Espagne (2007 et 2010), cette épreuve considérée comme le sommet de la régate toutes catégories reste un must que les Américains conservent jalousement. Disputée à New York ou San Diego, Newport ou San Francisco, cette coupe mobilisant les plus grands spécialistes techniques et sportifs du monde de la voile pourrait un jour tomber aux mains d’un skipper français. Franck Cammas s’y prépare, et gageons que l’épreuve de 2017 aux Bermudes constituera un galop d’essai pour une victoire nationale en 2020.