La procréation sur la Lune
- Par Jacques Gonzales
Pages 50 à 51
Citer cet article
- GONZALES, Jacques,
- Gonzales, Jacques.
- Gonzales, J.
https://doi.org/10.3917/geo.1558.0050
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- Gonzales, Jacques.
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https://doi.org/10.3917/geo.1558.0050
Une scène du célèbre film de Georges Méliès, Le Voyage dans la lune, de 1902
Une scène du célèbre film de Georges Méliès, Le Voyage dans la lune, de 1902
1 Le public est toujours friand de fictions malgré l’extraordinaire développement des sciences, apportant notamment une impressionnante moisson d’images venant de l’espace, ou annonçant périodiquement une technique « révolutionnaire » de procréation artificielle. Voici donc un texte qui ne devrait pas laisser indifférents nos lecteurs. Leur surprise devrait grandir en découvrant que son auteur n’est pas Jules Verne, un ancien membre de la Société de Géographie, mais Lucien de Samosate qui l’a écrit il y a presque 2000 ans… sous le titre d’Histoire véritable ; il a cru bon d’avertir ses lecteurs de ne pas croire à ce voyage qu’il aurait effectué sur la Lune. Il s’agit en effet d’un conte, un texte très original pour l’époque, une preuve que la procréation, un creuset de croyances sans limite pour l’humanité, est la source de fantasmes depuis la nuit des temps.
2 Une telle évocation a bien sa place dans ce numéro consacré aux mondes imaginaires et aux utopies.
3 Il faut vous raconter les choses nouvelles et extraordinaires que j’ai remarquées pendant mon séjour sur la Lune. Premièrement, ce ne sont point les femmes qui perpétuent l’espèce, ce sont les hommes ; on ne se sert que de mâles pour les mariages, le nom de femme y est même inconnu. Ce n’est point dans le ventre qu’ils portent les enfants, mais dans le mollet de la jambe, et lorsqu’ils ont conçu, leur jambe devient enflée ; au terme où ils doivent accoucher, ils se font une incision au mollet ; on en retire un enfant mort ; mais on le rend bientôt à la vie en l’exposant au grand air, la bouche ouverte… (…) mais j’ai quelque chose de bien plus fort à raconter. Il y a dans ce pays une race d’hommes appelés Dendrites : voici comme ils naissent. Un homme se coupe le testicule droit, le plante en terre, il en naît un grand arbre charnu, semblable à un Priape, il a des rameaux, des feuilles et des fruits qui sont des glands d’une coudée de longueur ; quand ils sont mûrs, on moissonne ces fruits et en les ouvrant, on en tire des hommes : mais ceux-ci n’ont point de parties naturelles, ils s’en appliquent quand ils le veulent ; les uns en ont d’ivoire, les autres se contentent d’en porter de bois, et ils en remplissent avec cela toutes les fonctions du mariage…
4 Extrait de : Histoire de la procréation humaine Croyances et savoirs dans le monde occidental Jacques Gonzales Albin Michel, 2012.