Des tours aussi hautes que le ciel
- Par Lionel Cime
Pages 48 à 49
Citer cet article
- CIME, Lionel,
- Cime, Lionel.
- Cime, L.
https://doi.org/10.3917/geo.1549.0048
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Le burk Khalifa, à Dubaï
Le burk Khalifa, à Dubaï
1 Il y eut la tour de Babel dont on sait ce qu’il advint. Il y eut les prouesses du temps des cathédrales lorsque les voûtes rivalisaient de hauteur jusqu’à ce 28 novembre 1284 qui vit s’effondrer le chœur de Saint-Pierre de Beauvais. Il y eut la Tour Eiffel, élevée à plus de 300 m d’altitude en 1889 pour commémorer la prise de la Bastille et le triomphe de l’industrie, d’abord honnie et vilipendée avant d’être plébiscitée et d’être aujourd’hui fréquentée par 7 millions de visiteurs venus du monde entier. Il y eut ces gratte-ciels, américains d’abord, puis européens, extrême-orientaux, puis aujourd’hui de tous les pays, y compris les plus pauvres comme la Corée du nord. On sait ce qu’il advint du World Trade Center de New York dont la force symbolique attira un jour la folie meurtrière de fanatiques supérieurement organisés. Où est l’orgueil et où est le mal ? Chez les bâtisseurs, chez les employés des sociétés qui y étaient installées ou chez les sinistres auteurs des attentats du 11 septembre ?
2 Le vrai match se joue aujourd’hui entre la Chine et les pays du Golfe, Arabie comprise. La Chine se targue d’avoir élevé le tiers des 66 gratte-ciels de plus de 200 mètres sortis de terre en 2012. Dubaï conserve pour le moment le record du plus haut édifice jamais bâti avec sa Tour Burj Khalifa qui atteint 828 m.
3 2013 sera une année record avec 95 gratte-ciel attendus dans le monde. Jugeons : une tour Mercury City à Moscou, un Gran Torre Santiago au Chili avec 300 mètres de record latino-américain. Le clou est un chantier démarrant pour le compte du milliardaire Al-Walid, un homme triste parce que mal reconnu, venant de se plaindre à Forbes que sa fortune avait été sous-évaluée. Le magnat va faire parler de lui avec une Kingdom Tower qui va s’élever près de Djeddah, au bord de la Mer Rouge, à 1001 m de hauteur ! Si la géologie locale l’avait permis, elle devait d’ailleurs atteindre 1 600 m. Les travaux avancent sous la direction d’Adrian Smith, l’architecte de la tour Burj Khalifa ; la livraison est prévue pour 2018. Et ce n’est sans doute qu’un début.
4 Faut-il s’attrister, voire s’affliger ou s’irriter de telles réalisations ? Chacun est libre de ses jugements. Au fond, elles ne sont rien d’autre que des manifestations, parmi bien d’autres, de la capacité et de la volonté de l’humanité de se dépasser, de se lancer des défis à elle-même. On peut très légitimement penser que certains défis plus proches du sort des plus démunis des terriens seraient plus utiles à relever. Néanmoins, les prouesses techniques ont toujours permis de mieux maîtriser la matière, de mieux comprendre les lois de l’univers, celles de la physique, de la chimie ou de la vie, et donc d’améliorer le sort des humains. Comme la fission nucléaire, les modifications génétiques ou l’argent, les immeubles de grande hauteur ne sont ni bons ni mauvais en eux-mêmes : tout dépend de l’usage que l’on en fait.