Ce qu’on ne sait pas en géographie
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Citer cet article
- PITTE, Jean-Robert,
- Pitte, Jean-Robert.
- Pitte, J.-R.
https://doi.org/10.3917/geo.1546.0066
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- Pitte, J.-R.
- Pitte, Jean-Robert.
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https://doi.org/10.3917/geo.1546.0066
1 Les explorations sont désormais pratiquement achevées, y compris dans la périphérie atmosphérique et stratosphérique de la planète et dans sa structure interne grâce à la géophysique qui rend inutile de tenter un Voyage au centre de la terre. L’imagerie satellitale procure, avec un degré de précision insoupçonnable il y a encore quelques décennies, une connaissance encyclopédique sur chaque parcelle de terre, son paysage, la température et la composition de son atmosphère, son contenu minéral et biologique, les traces des actions humaines qui s’y déploient. On sait donc écrire la terre, conformément à l’étymologie du mot géographie. Mais cet objectif procure une connaissance statique (la situation à un moment donné), à la rigueur rétrospective (l’évolution récente qui aboutit à la situation actuelle), pas une explication. Pourquoi ici et pas là ? Tel est le champ de la géographie, si vaste que bien des questions qu’elle se pose demeurent pendantes.
2 Au fond, malgré les imprécateurs, on ne sait pas grand chose du changement climatique trop souvent envisagé de manière globale, péremptoire et pessimiste. Les géographes climatologues commencent à peine à investir le champ. Eux seuls pourront débrouiller l’écheveau des situations locales et peut-être un jour mieux faire la part des facteurs naturels et anthropiques. Même ignorance à propos de la biodiversité, déclinante ici, mais en progrès ailleurs. Pourquoi ? Les études des géographes combinant l’analyse biologique et le poids des actions humaines passées et présentes éclaireront cette épineuse question. La vie des terriens, seuls ou en société, comporte une infinité de choix spatiaux : où produire, où habiter, où circuler, où rêver, étudier, élever son âme, prendre du loisir, etc. ? On ne sait presque rien des ressorts de la créativité qui s’exprime différemment d’un lieu à l’autre, d’une culture à l’autre et façonne le visage de la terre, en dehors de toute nécessité. Un exemple d’apparence futile : pourquoi les coiffes féminines alsacienne et du pays bigouden sont des petits bonnets très comparables en 1800 et sont devenues en 1900, l’une un nœud géant et l’autre un long menhir de dentelle perché sur un chignon ? Volontés identitaires, d’accord, mais quels fantasmes cachent-elles ? Oui, il y a des régularités, mais elles sont voulues par les sociétés à un moment donné de l’histoire et dans un espace limité. Il faut chercher à comprendre pourquoi se durcissent les fondamentalismes religieux dans certains territoires du monde et pas dans d’autres, quels sont les ressorts profonds de la montée en puissance des pays émergeants (BRIICs), ou sur des thématiques plus légères, les raisons pour lesquelles on aime beaucoup le vert en Allemagne et le rouge en Italie, le goût sucré de plus en plus et partout dans le monde, mais l’amertume dans les pays méditerranéens.