Article de revue
« Ténèbres au Paradis »
Les Africaines des Grands Lacs selon Titouan Lamazou
- Par Titouan Lamazou
Pages 34 à 35
Citer cet article
- LAMAZOU, Titouan,
- Lamazou, Titouan.
- Lamazou, T.
https://doi.org/10.3917/geo.1543.0034
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- Lamazou, T.
- Lamazou, Titouan.
- LAMAZOU, Titouan,
https://doi.org/10.3917/geo.1543.0034
1 « Titouan Lamazou séjourne à Kinshasa en l’an 2000 pour dresser le portrait en mouvement de la riche scène artistique kinoise. En 2005, il retourne dans l’est de la RDC pour son grand projet Zoé-Zoé, Femmes du Monde. Il en rapporte d’émouvants portraits de femmes, victimes ou activistes qui racontent les conflits et les déplacements de population dans l’est du pays. »
2 Voici le portrait de Pascaline, distillatrice de manioc à Walikale centre, Nord-Kivu, 2011.
Mon mari ! Sa vie n’est que boisson, boire… Je fais de mon mieux pour qu’on vive ensemble, que nous vivions bien, que les enfants ne manquent de rien, mais lui, c’est que de l’ivrognerie, c’est un soûlard, comme la plupart. C’est comme s’il était confit, sa tête ne fonctionne plus bien. Ce sont les femmes qui travaillent. Ma mère vient m’aider, ma cousine. Eux, ils passeraient leur temps à boire la production ! Ah, on ne manque pas de clients ! Nous n’avons pas assez de terres pour faire vivre la famille, alors j’achète la poussière de manioc, de maïs, je la pile, je la malaxe et puis je mets tout ça dans ce tonneau. Je couvre et ça fermente là-dessous. Après trois jours, je viens ouvrir et puis je touille encore, je tamise, j’enlève le mauvais. Quand c’est prêt, je le fais bouillir dans l’autre fût qui est bien étanche avec la boue autour du couvercle. Il faut beaucoup de bois pour le feu et beaucoup d’eau de la rivière pour refroidir les tuyaux de bambou. Il faut attiser le feu et changer l’eau tout le temps. Je viens là au petit jour. Je travaille dans la forêt parce qu’à la maison il n’y a pas d’eau à proximité et je n’ai pas assez de place. Ça va. La vie est devenue mauvaise partout car l’ivrognerie s’accroît. Mais je n’ai pas d’autre travail que de fabriquer la boisson kanianga.