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Compte rendu

Marcel Czermak. Traverser la folie Entretiens avec Hélène L’Heuillet. Paris, Hermann, coll. « Psychanalyse », 2021

Page I

Citer cet article


  • Hergott, S.
(2021). Marcel Czermak. Traverser la folie Entretiens avec Hélène L’Heuillet. Paris, Hermann, coll. « Psychanalyse », 2021. La clinique lacanienne, 33(1), I-I. https://doi.org/10.3917/cla.033.0235a.

  • Hergott, Stéphanie.
« Marcel Czermak. Traverser la folie Entretiens avec Hélène L’Heuillet. Paris, Hermann, coll. “Psychanalyse”, 2021 ». La clinique lacanienne, 2021/1 n° 33, 2021. p.I-I. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-la-clinique-lacanienne-2021-1-page-I?lang=fr.

  • HERGOTT, Stéphanie,
2021. Marcel Czermak. Traverser la folie Entretiens avec Hélène L’Heuillet. Paris, Hermann, coll. « Psychanalyse », 2021. La clinique lacanienne, 2021/1 n° 33, p.I-I. DOI : 10.3917/cla.033.0235a. URL : https://shs.cairn.info/revue-la-clinique-lacanienne-2021-1-page-I?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/cla.033.0235a


Notes

  • [1]
    J.-P. Vernant, La traversée les frontières, Paris, Le Seuil, 2004. Citation de la quatrième de couverture.
Ouvrage

Traverser la folie

Entretiens avec Hélène L'Heuillet

Hermann (2021)

1 « Y a-t-il des liens entre ma lecture de l’épopée homérique et mon action dans la Résistance militaire, avec les risques qu’elle comportait ? À la réflexion, ces liens me sont apparus très clairs, qui ont tissé, entre mon interprétation du monde des héros d’Homère et mon expérience de vie, comme un invisible réseau de correspondances orientant ma lecture “savante” et privilégiant, dans l’œuvre du poète, certains traits : la vie brève, l’idéal héroïque, la belle mort  [1]. »

2 Quelques jours avant le bouclage de ce numéro de La clinique lacanienne dédié à ses travaux, à son enseignement, Marcel Czermak nous a quittés, brutalement.

3 Coïncidence, pure contingence ou nécessité avertie d’une ponctuation conclusive, quelques jours avant son décès paraissait Traverser la folie, ouvrage d’entretiens menés par Hélène L’Heuillet, philosophe et psychanalyste.

4 Ce livre constitue ainsi l’ultime témoignage de ce que fut le travail de Marcel Czermak, son parcours, ses maîtres, ses trouvailles, son enseignement, comment il a fait école et, bien sûr, son style.

5 Pensée avant mais menée essentiellement pendant le premier confinement, cette série de rencontres, chez lui, dans son cabinet, entouré de tous ses objets familiers, retrace son parcours comme jamais il ne l’avait fait.

6 Débutant par des éléments biographiques largement inédits et dont la valeur signifiante participe du tissage constitutif de l’homme, les treize chapitres dressent, selon une adresse simple, sans jargon, directe et accessible à chacun, le panorama de sa traversée de la folie. Traversée à entendre dans toute sa richesse polysémique et associative, métaphorique et réelle, et aussi bien comme l’ayant en son corps, sa livre de chair, traversé, lui, l’homme.

7 Qu’en retenir en quelques lignes ?

8 D’abord, peut-être, le rappel de ce premier devoir du praticien, psychiatre ou psychanalyste : savoir s’orienter dans la structure. La clinique est discipline, son architecture en est réglée formellement, c’est ce que la psychose enseigne à l’encontre de toute psychologie spontanée. Cette primauté de la structure oblige le praticien en son acte, impératif éthique de savoir s’y repérer, faute de quoi c’est le patient qui en paiera le prix ; un mot, on le sait, peut tuer.

9 Pour ce faire, il lui faudra quelques outils, pour certains transmis, pour d’autres polis de ses mains mêmes. Penser autrement, moins bêtement, c’est s’appuyer sur une théorie consistante forgée dans un travail commun. Une école, un enseignement, un compagnonnage, du transfert et du travail, bien sûr, en sont quelques conditions. Et puis, il y faudra – y faudrait – cet alliage précieux et rare de l’érudition, du courage et du tact, mais cela, rien ne vient le garantir, pas même une analyse.

10 Un autre point remarquable du parcours de ce livre est l’accent mis sur le type d’articulation exceptionnelle opérée entre faits cliniques individuels et sociaux.

11 Marcel Czermak a élaboré sa vie durant le fait clinique et ce, concomitamment d’une double prise.

12 D’une part, le repérage cartographique de faits de folie individuels. Clinique inusitée ou l’art de collecter des pièces oubliées, ravalées au rang de vieilleries ou méconnues, et dont la valeur doctrinale majeure viendra remanier et enrichir clinique et doctrine des psychoses, forger une clinique lacanienne des psychoses. Pour n’en évoquer que quelques-unes, rappelons l’hypocondrie, les syndromes de Cotard et de Fregoli. Il aura su réinterpréter aussi d’autres faits cliniques ou les déplacer, nous pensons à ses travaux dans les champs du transsexualisme, de la manie, de l’automatisme mental, des faits de déspécification pulsionnelle… À cet égard, la discipline du trait du cas à partir du dispositif des présentations de malades reprend, pour ses élèves, la rigueur de sa démarche.

13 D’autre part, il a opéré, dans notre social, en sa modernité, une lecture structurelle similaire. Cette série d’entretiens déplie ainsi nombre de faits contemporains relevant soit de l’actualité la plus immédiate – mouvements sociaux, pandémie de Sars-Cov 2, féminisation de la langue –, soit de la montée en puissances de tendances à l’échelle mondiale – écologie, populismes, place de la science –, et surtout du dépliement des remaniements à l’œuvre dans la vie publique et dans la vie des groupes – dénigrement de l’autorité au profit d’un autoritarisme soft, inflation réglementaire et administrative, protocolisation et évaluation de nos vies, société de la transparence, climat de suspicion généralisée…

14 Ces traits regroupés sous l’articulation du couple conceptuel de psychose sociale et de perversion généralisée viennent ainsi rendre compte d’un type de détricotage de notre vie publique et du contrat social autorisant sa relative pacification, détricotage affine de celui prévalant dans le champ des grandes folies.

15 Ils viennent aussi rendre compte de l’emprise sur les parlêtres du discours courant. La fonction de l’analyse n’est ici pas dénonciatrice mais d’ouverture à une autre lecture, intelligente étymologiquement, bref à nous rendre un peu moins bête, humus.

16 Enfin, la vie, la mort, questions éminentes dans le travail de Marcel Czermak, sont ici plus insistantes encore. Qu’est-ce que la vie, qu’est ce qui l’autorise ou a contrario l’enraye ? Vaste débat sur la fonction et sur la dénaturation, irréparable, du sujet humain, en son corps, par le langage. C’est le courage de cette question qui aura, semble-t-il, le plus travaillé Marcel Czermak en ses dernières années.

17 Ce livre est son dernier cadeau, alors lisons-le.

18 Stéphanie Hergott


Date de mise en ligne : 30/09/2021

https://doi.org/10.3917/cla.033.0235a